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Tag - Programme nucléaire

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jeudi 13 décembre 2007

Repères 13/12/07 - La bombe tombe sur la tête des néoconservateurs

Repères 13/12/07 - La bombe tombe sur la tête des néoconservateurs

Les plus durs des néoconservateurs américains, comme Michael Ledeen, Norman Podhoretz, John Bolton, Kenneth R. TimmermanBret Stephens, William Kristol, Patrick Clawson, n'en finissent pas de se déchainer contre le NIE (National Intelligence Estimate) qui affirme que les iraniens ont abandonné en 2003 leur programme nucléaire militaire.

Dans ou entre leurs lignes, on peut cependant lire les lamentations de ceux qui savent que le coup porté contre eux est décisif.

Ils savent maintenant, comme Dick Cheney ou Robert Kagan avec son retentissant "Time to Talk to Iran", que la partie est perdue pour eux et qu'une guerre contre l'Iran semble dorénavant impossible à lancer avant que George W. Bush ne quitte le pouvoir.

 

lundi 3 décembre 2007

La phrase du jour 03/12/07 - Les services de renseignement américains

La phrase du jour 03/12/07 - Les services de renseignement américains

"We judge with high confidence that in fall 2003, Tehran halted its nuclear weapons program; we also assess with moderate-to-high confidence that Tehran at a minimum is keeping open the option to develop nuclear weapons."

 

"Nous estimons avec un degré de certitude élevé qu'à l'automne 2003, Téhéran a mis fin à son programme d'armes nucléaires. Nous affirmons aussi avec un degré de certitude moyen à élevé que Téhéran laisse au minimum ouverte la possibilité de mettre au point des armes atomique."

National Intelligence Estimate Key Judgments: Iran: Nuclear Intentions and Capabilities - US National Intelligence Estimate 11/07

 

vendredi 22 septembre 2006

Analyse 21/09/06 - Guerre contre la terreur et distorsions de réalité

Analyse 21/09/06 - Guerre contre la terreur et distorsions de réalité

Au cinquième anniversaire des attentats du 11 Septembre 2001, le discours de George W. Bush pouvait difficilement faire état de progrès décisifs et de victoires engrangées dans la lutte contre le terrorisme et le verbe s’est donc évertué à distiller la crainte et à ancrer l’action de l’orateur dans l’imaginaire des héros de l’histoire américaine : " La menace [est] encore devant nous " et les dangers de la " guerre contre la terreur " doivent être comparés à ceux de la " guerre froide "… Les Etats-Unis, une " nation en guerre ", ne peuvent aspirer qu’à une " victoire complète " de la " civilisation " sur l’ " ennemi ".

La rhétorique avait déjà permis la réélection du " Commandant en chef " au mois de Novembre dernier et l’augmentation des prérogatives et du pouvoir de l’exécutif à un niveau jamais atteint dans le passé par aucun des prédécesseurs de l’actuel Président des Etats-Unis. Elle procède cependant d’une distorsion complète de la réalité.

Guerre froide ? Comment un Président des Etats-Unis peut-il comparer la menace d’une possible nouvelle attaque terroriste, même nucléaire dans le pire des cas virtualistes, avec celle de l’arsenal soviétique d’hier ! Comment un Président des Etats-Unis peut-il mettre à même échelle et comparer l’ " ennemi " militaire surarmé d’hier avec la menace diffuse, asymétrique de groupes extrémistes fantômes ! Comment un Président des Etats-Unis peut-il mettre à même échelle et comparer les forces stratégiques soviétiques d’alors avec la possible future menace nucléaire des Mollahs d’Iran dont les experts s’accordent à penser qu’elle n’est certainement pas immédiate !

Qu’on nous comprenne bien, il ne s’agit pas ici de minimiser la menace terroriste. Les criminels engagés sous la bannière islamiste cherchent à tuer, en masse et sans discrimination. Le risque biologique, voire nucléaire, est bien réel et, le jour même où George W. Bush l’invoquait, ce 11 Septembre, en provoquant délibérément la crainte des américains, un article d’Hamid Mir, le journaliste pakistanais qui a interviewé plusieurs fois Osama Bin Laden, faisait état (al-Arabiya) d’informations lui indiquant l’accumulation par Al Qaeda d’explosifs et de matières nucléaires au cœur même des Etats-Unis via la frontière mexicaine en vue de la confection d’une " bombe sale ".

La " Guerre contre la terreur " justifie t-elle pour autant de prêcher la peur des américains (à quelques semaines des élections de mi-mandat) ? Le rapport du potentiel de destruction est lointain entre une " bombe sale " d’Al Qaeda et l’arsenal de bombes H soviétiques. Et si 45 kilos d’uranium hautement enrichi suffiraient à la confection d’une vraie, quoique sommaire, bombe nucléaire, que fait vraiment George W. Bush devant l’urgence absolue de sécurisation totale des sites de production ou de stockage de matières fissiles là où le danger est réel, c’est à dire dans l’ancienne Union Soviétique, au Pakistan, ou en Corée du Nord ? Comment croire en effet que des terroristes pourraient s’approvisionner aujourd’hui en Iran quand la communauté américaine du renseignement estime elle-même clairement qu’une bombe iranienne est encore loin de voir le jour, que la menace ne saurait prospérer avant dix ans et qu’elle n’a rien d’inéluctable si la diplomatie est capable d’apporter quelques garanties sécuritaires au régime des Mollahs.

Et la propagande des néocons ne saurait suffire à donner quelque crédibilité que ce soit à une affirmation contraire. L’Agence Internationale pour l’Energie Atomique vient de le rappeler en critiquant très violemment, le qualifiant de " scandaleux ", " malhonnête ", " inexact " et " trompeur ", un rapport au Congrès du Republican-led House Intelligence Committee intitulé " Reconnaître l’Iran comme une menace stratégique " et publié le 23 Août dernier. Dans ce rapport, quelques faucons proches du Vice-Président Dick Cheney n’hésitaient pas à affirmer que le programme d’enrichissement de Téhéran était plus avancé que ne l’affirmaient l’IAEA et les services de renseignement américains et que l’Iran enrichissait, depuis Avril, de l’uranium de qualité militaire en utilisant 164 centrifugeuses en cascade dans la centrale de Natanz.

Comme l’a rappelé l’Agence, les 164 centrifugeuses de la centrale de Natanz sont sous sa surveillance et ont pour le moment produit de l’uranium enrichi à 3,6% alors que la qualité militaire nécessaire à la production d’une bombe suppose un enrichissement à au moins 90%. L’Iran a certes des plans pour doubler le nombre de centrifugeuses en service à Natanz mais les nouvelles centrifugeuses n’étaient pas, selon l’IAEA, encore en service en Août dernier alors que les experts estiment que 1.500 à 1.800 centrifugeuses en cascade seront nécessaires pour produire au bout d’un an d’enrichissement continu la quantité de matériaux de qualité militaire nécessaire à la construction d’une seule bombe A grossière.

Si George W. Bush fait monter la crainte de la " Guerre contre la terreur ", la guerre froide n’a pas, elle, fait peur au peuple américain. Une attaque nucléaire soviétique pouvait pourtant, à chaque instant, tuer 150 à 200 millions de personnes en moins de vingt-quatre heures. Les Présidents des Etats-Unis d’alors se sont pourtant efforcés de ne jamais porter le danger au cœur de leurs discours pour que la crainte ne distille pas dans les veines du peuple et affaiblisse le moral de la nation. Ils n’ont jamais prétexté du péril pour corrompre libertés individuelles et droits civils.

Les Présidents américains d’alors ont patiemment construit, malgré des échecs mais souvent avec succès, des politiques destinées à unir leurs amis et diviser leurs ennemis, réussissant chaque jour un peu plus, jusqu’à la victoire, à justifier leur combat et à diaboliser celui de l’ennemi. Le Président américain d’aujourd’hui semble, lui, exceller dans des politiques inverses. En confondant dans un même creuset stratégique lutte contre Al Qaeda, messianisme, guerre des civilisations, guerre contre les ennemis d’Israël, et guerre pour le pétrole, il ne réussit qu’à diviser ses amis et à unir ses ennemis, à détruire une à une les valeurs qu’il prétend défendre, et à élever de vulgaires criminels au statut de héros de la civilisation musulmane et de grandes figures de la troisième guerre mondiale !

Le Président américain d’aujourd’hui ne voit aucun des périls qu’il sème lui-même en abondance. La " Guerre contre la terreur " justifie t-elle que le terme " terroriste " soit de plus en plus indiscriminé et cible aujourd’hui des minorités (souvent musulmanes) ou des origines ethniques dans la répression de leurs droits, prétextant suspicions, arrestations arbitraires, humiliations, voire torture et  détentions illimitées sans charges ni procès ? La " Guerre contre la terreur " justifie t-elle que des lois nouvelles érodent chaque jour un peu plus les droits civils, offrant ainsi aux terroristes une victoire sur nos valeurs qu’ils seraient bien incapables d’obtenir par eux-mêmes ?

La " Guerre contre la terreur " justifie t-elle, alors que les bombes pleuvaient sur des enfants du Liban, qu’un cessez-le-feu n’ait pour George W. Bush aucun caractère d’urgence, son Secrétaire d’Etat qualifiant même les victimes civiles libanaises de " tourments de l’accouchement d’un nouveau Moyen-Orient " et son représentant à l’ONU retardant au delà de l’insoutenable la décision du Conseil de Sécurité imposant la fin des hostilités ? Le Président des Etats-Unis d’aujourd’hui a t-il entendu son ami, Fuad Siniora, premier ministre libanais, lui crier : " la valeur des droits de l’homme au Liban est-elle moindre qu’ailleurs… Une larme israélienne a t-elle plus de valeur qu’une goutte de sang libanais ? ".

La " Guerre contre la terreur " justifie t-elle, alors que sont justement et dignement célébrées les 2.700 victimes civiles des attentats du 11 Septembre, que le seul qualificatif de " dommages collatéraux " soit attribué aux 60 à 100.000 victimes civiles des guerres d’Afghanistan et d’Irak ? Plus de 6.500 civils irakiens ont encore perdu la vie au cours des deux derniers mois. Le Président des Etats-Unis d’aujourd’hui a t-il pour autant entendu ses amis leaders arabes stigmatiser, par la voix de Kofi Annan, le " désastre " de la guerre d’Irak et de la politique de leur protecteur d’outre-Atlantique. A t-il entendu leurs alertes, estimant tous que la région était aujourd’hui profondément déstabilisée ?

Le Président des Etats-Unis a t-il une vision claire du chaos que sa " Guerre contre la terreur " ne cesse de provoquer et la moindre perception de la confusion de ses discours ou déclarations successives ? Il semble en tous cas incapable de résoudre dans sa propre pensée le conflit qui mine son gouvernement, oscillant en permanence entre une politique unilatérale de guerre étendue et permanente, souhaitée par les néocons les plus acharnés réunis autour du Vice-Président Dick Cheney, et une politique multilatérale de résolution diplomatique des confrontations, voulue par des conseillers un peu plus réalistes, réunis autour du Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice. Il semble même de plus en plus évident qu’il laisse se dérouler, librement et sans aucune coordination, la course inexorable de deux stratégies et de deux politiques incompatibles, donnant dans le même temps des gages aux modérés tout en inclinant par nature et messianisme aux extrêmes.

Victoire complète " de la " civilisation " sur l’ " ennemi " ? Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de sécurité nationale du président Carter et l’un des plus prestigieux stratèges du pouvoir américain, affirmait récemment : " les prescriptions des néocons et leurs équivalents israéliens sont mortels pour l’Amérique et en fin de compte pour Israël. Elles retourneront totalement une majorité écrasante de la population du Moyen-Orient contre les Etats-Unis. Les leçons d’Irak parlent pour elles mêmes. Si les politiques des néocons continuent à être poursuivies, les Etats-Unis seront expulsés de la région et ce sera le commencement de la fin pour Israël ".

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samedi 11 mars 2006

Analyse 11/03/06 - L’Arabie Saoudite regarde à l’Est (II) La tentation nucléaire

Analyse 11/03/06 - L’Arabie Saoudite regarde à l’Est (II) La tentation nucléaire

En Janvier dernier, le Ministre saoudien des Affaires Etrangères, le Prince Saud al-Faisal, pressait l’Iran « d’accepter la position que nous avons prise de faire du Golfe… [une région] libre du nucléaire et libre d’armes de destruction massive », ajoutant immédiatement : « nous espérons qu’ils nous rejoindront dans cette politique et assureront qu’aucune nouvelle menace de course aux armements ne se produira dans cette région ». Le Prince blâmait aussi la duplicité de l’Ouest, « personne ne mentionne qu’Israël a 100 armes nucléaires en stock », et assurait cependant que, même si l’Iran devait acquérir une capacité nucléaire militaire, l’Arabie Saoudite n’avait, elle, aucune intention de développer une capacité de dissuasion . Plus récemment, d’autres officiels saoudiens s’exprimaient dans le même sens , traduisant en fait la grande inquiétude de l’Arabie Saoudite à voir l’Iran progresser vers la capacité nucléaire militaire au moment même où l’influence chiite et iranienne s’impose en Irak, pays qui auparavant faisait tampon entre le royaume et l’Iran, et risque de pénétrer encore plus les communautés chiites d’Arabie Saoudite et des autres états du Golfe.

La révolution islamiste iranienne avait encouragé, en 1979, tous les chiites du Golfe à renverser leurs dirigeants « corrompus », et de violentes émeutes s’en étaient suivies parmi la communauté chiite d’Arabie Saoudite. Celle-ci, estimée entre 1 et 2 millions de personnes parmi 16 millions de saoudiens, est installée au cœur même de la province pétrolière du Hassa qui court sur 550 kilomètres le long du golfe Persique, à l’est des déserts d’Al-Dahna et d’Al-Sulb, et le Hassa est principale source de la richesse du royaume et son cœur économique. Pour les chiites du royaume, la difficulté de se sentir aujourd’hui « saoudites » est d’autant plus marquée qu’ils sont encore discriminés et tenus à l’écart de la fonction publique, malgré les promesses des Rois Fahd et Abdallah à réévaluer leurs droits, et que leur religion est toujours considérée comme une hérésie par les autorités sunnites . Si la guerre intérieure contre Al Qaeda a offert au royaume une chance de combattre le sectarisme en rapprochant, dans l’appel aux réformes, la part non-violente et libérale des deux Islam, la guerre en Irak a poussé dans une direction opposée. Encouragés par l’exemple des chiites irakiens, nombre de chiites saoudiens tentent d’aller plus loin dans la revendication de leurs droits au moment même ou la dominance chiite en Irak accroît et renforce l’inquiétude et la suspicion des sunnites saoudiens. Au cœur même du royaume, le retour en Arabie Saoudite de plusieurs centaines de combattants mujahedin sunnites, partis combattre américains et chiites d’Irak, pourrait bien ouvrir une véritable guerre intérieure contre les chiites.

Le 28 Février dernier, dans un accès inhabituel de franchise devant le Senate Armed Services Committee, John Negroponte, le « grand patron » du renseignement américain, s’inquiétait de voir l’Arabie Saoudite et la Jordanie venir soutenir les factions sunnites d’Irak contre la dominance chiite soutenue par l’Iran . En Septembre dernier, le Ministre saoudien des Affaires Etrangères, le Prince Saud al-Faisal, avait pourtant averti l’administration américaine : « la principale crainte de tous les voisins est que la potentielle désintégration de l’Irak en des états sunnite, chiite et kurde pourrait entraîner les autres pays de la région dans le conflit… C’est une très dangereuse situation, une très menaçante situation » . Avant même l’invasion américaine en Irak, Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue Arabe avait déjà prévenu que la guerre pourrait « ouvrir les portes de l’enfer ». Trois ans après, dans le chaos de l’aventure irakienne de l’administration Bush, les états sunnites de la région ne peuvent que constater que la guerre et le maelström intérieur irakien ont aidé l’Iran chiite à accroître son influence régionale menaçant de plus en plus la sécurité intérieure de ceux, Arabie Saoudite, Oman, Bahrain, Liban, Yémen, Koweït, Syrie, Emirats Arabes Unis, qui abritent une minorité chiite . Pour l’Arabie Saoudite, la puissance potentiellement nucléaire de l’Iran projette en outre une ombre sur ses intérêts de puissance majeure du monde musulman sunnite et sur ses intérêts de puissance régionale au Moyen Orient.

Au même moment, l’Arabie Saoudite ne peut éluder les scénarios qui verraient sa relation avec les Etats-Unis se dégrader à un point tel que le parapluie américain se transforme en absence totale de protection, voire en menace directe. Qu’arriverait-il, en effet, si un nouvel attentat terroriste frappait les Etats-Unis, perpétué de nouveau par des nationaux saoudiens ?  Comment le royaume saoudien pourrait-il oublier, d’ailleurs, les voix des milieux néo-conservateurs américains qui appelaient à faire de l’Arabie Saoudite la prochaine cible américaine, après l’Irak, en organisant les 6 et 19 Juin 2002, au sein du Think Tank Hudson Institute, des séminaires ou discussions intitulés « L’Arabie Saoudite, amie ou ennemie ? »  et « Le royaume de la haine » , ou les déclarations d’un Laurent Murawiec, alors analyste à la Rand, qui traitait, le 10 Juillet 2002, l’Arabie Saoudite d’ « ennemie » et d’ « essence du diable » lors d’un briefing du Defense Policy Board, dirigé au Pentagone par le néo-conservateur Richard Perle , ou le titre, « Nos ennemis, les saoudiens », d’un article de Commentary Magazine paru au même moment  ! Les mêmes voix appelaient même à démembrer le royaume , en créant notamment une « république chiite » dans le Hassa et étaient relayées par les déclarations de l’ambassadeur américain à Riyad, M. Robert W. Jordan, qui expliquait le 1er Mai 2003 : « Nous ne pensons pas qu’il est correct de discriminer des individus uniquement parce qu’ils sont chiites, pas plus que nous ne trouvons approprié de discriminer qui que ce soit pour ses convictions religieuses. Si les chiites n’ont pas le droit de participer au gouvernement, alors, à mon avis, il y a un problème » .

Le royaume saoudien, malgré ou contre ses propres appels à faire du golfe Persique une région libre de toutes armes de destruction massive, n’a certainement pas pu, par conséquent, faire l’impasse d’une stratégie qui lui permette d’acquérir un potentiel de dissuasion suffisant pour contrer, seul, un Iran nucléaire et contenir à un niveau de confrontation acceptable une dérive de ses relations avec Téhéran.

En ce même mois de Janvier 2006, alors que le Roi Abdallah visitait successivement la Chine, l’Inde, la Malaisie et le Pakistan, la rumeur courait à New Delhi selon laquelle le souverain saoudien avait demandé assistance à Pékin pour lui permettre de développer son propre programme nucléaire, assistance incluant peut-être la fourniture directe d’armes atomiques. Les accords « stratégiques » sino-saoudiens ont sans nul doute, en effet, des extensions militaires. Déjà, dans le milieu des années 80, la Chine avait vendu à Riyad 36 missiles de moyenne portée CSS-22s  pouvant potentiellement porter une charge nucléaire, la fourniture incluant la construction de deux bases de lancement et le déploiement de personnels pour maintenir les systèmes. En 1991, peu après l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays, la Chine aurait assisté le royaume, d’après le Pentagone , dans le développement d’un programme d’armes chimiques. En 2000, le royaume aurait sollicité l’assistance militaire chinoise pour la formation et l’entraînement des troupes saoudiennes aux systèmes de missiles achetés à la Chine . En 2002 et 2005, enfin, certains rapports ont émergé pour indiquer que les saoudiens envisageaient d’acheter à la Chine de nouveaux systèmes de missiles balistiques tels le CSS-6s (DF-15s) .

La Chine ne peut cependant aller trop loin, du moins directement, au risque de mettre en péril sa « bonne » relation avec les Etats-Unis, et c’est sans doute au Pakistan que le Roi Abdallah a évoqué en profondeur la question nucléaire, avec peut-être des accords déjà acquis depuis longtemps. Les rumeurs de « pacte nucléaire secret » entre Islamabad et Riyad émergent en effet régulièrement depuis quelques années et le Pakistan, qui est lui-même de plus en plus inquiet à l’idée de perdre son statut de seul état musulman détenteur de l’arme nucléaire, regarde avec appréhension le développement de relations de coopération entre Inde et Iran.

Les 25 et 26 Juin 2005, le Président pakistanais, le Général Pervez Musharraf, effectuait une visite surprise, non programmée, en Arabie Saoudite. La rumeur des cercles diplomatiques d’Islamabad affirme que le Général est allé se mettre d’accord avec l’Arabie Saoudite sur une stratégie de réponse commune à des investigations à venir de l’ International Atomic Energy Agency (IAEA). L’Arabie Saoudite est en effet sous pression croissante de l’IAEA qui veut la voir ouvrir, pour inspection, ses installations nucléaires depuis que l’IAEA soupçonne qu’un programme nucléaire saoudien pourrait, avec l’aide pakistanaise, avoir atteint un niveau tel qu’il puisse vivement intéresser la communauté internationale.

C’est un défecteur, Mohammed Khilewi, ancien diplomate saoudien et physicien nucléaire, qui le premier lança la rumeur d’une ambition nucléaire militaire saoudienne. Selon Khilewi, réfugié aux Etats-Unis en 1994, un programme d’armes nucléaires avait été lancé, sous la direction de Prince Sultan, Ministre de la Défense et actuel Prince héritier, dès la défaite arabe de 1973 contre Israël. Le programme aurait était développé au Centre de recherche nucléaire de Al-Kharj, au cœur du complexe militaire d’Al-Sulayyil, où des experts nucléaires étrangers avaient été recrutés pour compiler la littérature scientifique et technique des pays détenteurs de l’arme nucléaire. Les techniciens saoudiens avaient quant à eux été formés dans les installations nucléaires irakiennes et pakistanaises . Le début, à la même époque, du programme nucléaire militaire pakistanais aurait constitué une opportunité d’aider à construire une « bombe islamique » plutôt que d’y faire concurrence et les saoudiens auraient commencé à financer le programme pakistanais à partir de 1975. Selon l’ex analyste de la CIA, Robert Baer, l’Arabie Saoudite aurait ainsi versé, dans les années 1970, plus d’un milliard de dollars de contributions à la « bombe islamique » et, dans les années 1980, encore un milliard de dollars pour permettre au Pakistan d’acheter aux Etats-Unis des F-16 à capacité nucléaire . En Mai 1999, à la suite des premiers essais nucléaires pakistanais, le Prince Sultan aurait visité les usines d’enrichissement et de production de missiles de Kahuta. Il aurait aussi été présent, en Mai 2002, aux essais de lancement du missile nucléaire Ghauri  alors qu’entre temps en Septembre 2000, une délégation pakistanaise conduite par le Dr Abdul Qadir Khan, père de la bombe pakistanaise et tête pensante du marché noir nucléaire, aurait visité l’Arabie Saoudite.

Mohammed Khilewi soutient par ailleurs qu’en échange des financements saoudiens les deux pays auraient signé un accord secret selon lequel les armes nucléaires pakistanaises pourraient être utilisées pour défendre l’Arabie Saoudite contre une agression étrangère. C’est également la thèse de Thomas Woodrow, un ancien officiel de la Defense Intelligence Agency, pour qui l’Arabie Saoudite aurait tout simplement acheté des capacités militaires nucléaires à la Chine via un Etat relais, le Pakistan  et cette thèse a été implicitement soutenue par le Secrétaire Adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, qui déclarait le 24 Octobre 2002, le jour même de la publication des analyses de Thomas Woodrow et alors que des bruits couraient sur un nouvel achat par Riyad de missiles chinois et pakistanais, que les achats saoudiens de CSS-2s à la Chine, dans les années 1980, avaient pris les Etats-Unis complètement par surprise, comparant l’événement à la crise des missiles cubains de 1962 . Le Département d’Etat américain avait par ailleurs lui aussi laissé documenter l’axe nucléaire saudi-pakistanais en publiant, en Juillet 2002, une remarque d’Antony Cordesman, analyste particulièrement bien informé du Center for Strategic and International Studies, qui notait les « conversations » entre de « très hauts officiels saoudiens » et des officiels impliqués dans le programme nucléaire pakistanais .

Autre salve de rumeurs, en Septembre 2003, avec le journal le Guardian qui faisait état d’un « rapport stratégique » circulant dans les plus hautes sphères du royaume saoudien et mettant en avant trois options possibles : 1) acquérir une capacité nucléaire à effet dissuasif, 2) maintenir ou entrer dans une alliance avec un état nucléaire existant qui puisse offrir une protection, 3) essayer d’obtenir un accord régional sur un Moyen Orient libre de toute arme nucléaire . Bien que non citées, les sources du Guardian auraient été un symposium international organisé à l’extérieur d’Oxford par le Oxford Center for Islamic Studies. Parmi les invités se seraient trouvés l’auteur de l’article, trois Princes de la famille royale saoudienne, un ministre du gouvernement saoudien et deux membres du Saudi Consultative Council. Un des participants autre que l’auteur de l’article aurait confirmé que les dires du Guardian étaient un compte rendu exact des dires saoudiens lors d’une des discussions .

L’Arabie Saoudite a immédiatement démenti les informations du Guardian par la voix de son Ambassade à Washington : « les rumeurs selon lesquelles l’Arabie Saoudite envisage d’acquérir des armes nucléaires sont sans fondement et totalement fausses » . Bien que certains analystes aient noté que le « rapport stratégique » cité par le Guardian pourrait bien être une fuite volontaire des saoudiens destinée à faire monter la pression sur les Etats-Unis , le 8 Octobre 2003 un éditorial du quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, édité à Londres et propriété du Prince Faisal bin Salman, qui aurait été justement un des trois Princes saoudiens présents au symposium d’Oxford, ramenait la cible directement sur l’Iran : « Si vous voulez jouer aux idiots, alors dites-vous que l’Iran met au point sa bombe atomique pour attaquer Israël. Vous ferez de vous-même des crétins accomplis si vous imaginez que c’est pour attaquer les Etats-Unis. Les Iraniens enrichissent de l’uranium pour produire des armes nucléaires qui visent d’abord ses voisins, et en particulier le Pakistan. Le danger englobe toutefois les autres Etats de la région, comme l’Arabie Saoudite, Oman, l’Irak, l’Afghanistan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan… Nous sommes inquiets des intentions iraniennes… Le danger nucléaire iranien nous menace bien plus qu’il ne menace les Israéliens ou les Américains » .

Les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils avaient prévenu le Pakistan de ne pas fournir d’assistance nucléaire à l’Arabie Saoudite et Georges W. Bush aurait lui-même soulevé la question lors de l’accueil, en Juin 2003, du Président pakistanais Pervez Musharraf dans son ranch au Texas. De nouvelles rumeurs ont pourtant relancé, depuis, les interrogations sur la tentation nucléaire saoudienne. Ainsi les nouvelles révélations, en Janvier 2005, d’un journal pakistanais qui affirme que le Roi Abdallah aurait signé un accord secret et définitif avec le Président pakistanais Pervez Musharraf et le Premier Ministre Mir Zafarullah lors d’une visite au Pakistan du 18 au 20 Octobre 2003. L’accord conduirait à stationner des têtes nucléaires pakistanaises en territoire saoudien, installées sur une nouvelle génération de missiles chinois, sous commandement pakistanais mais avec un certain niveau de contrôle commun entre saoudien et pakistanais. Les missiles balistiques, d’une portée de 4 à 5.000 kilomètres seraient capables d’atteindre des cibles indiennes et européennes, permettant à la fois au Pakistan d’acquérir une capacité de deuxième frappe contre les installations nucléaires indiennes en cas de conflit et à l’Arabie Saoudite d’augmenter sensiblement ses capacités d’influence en Europe . Au lendemain même de la visite du Roi Abdallah à Islamabad, en Octobre 2003, la rumeur d’un accord nucléaire entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan avait déjà émergé des cercles néo-conservateurs américains , rumeur vivement démentie par le Prince Sultan « aucun accord militaire n’a été conclu entre le royaume et le Pakistan durant la visite [du Prince Abdallah] à Islamabad » .

Tentation nucléaire ? Force est de constater que nombre des rumeurs propagées sur un pacte nucléaire « supposé » entre Arabie Saoudite et Pakistan émanent ou sont véhiculées par les mêmes cercles néo-conservateurs qui faisaient il y a peu du royaume un ennemi à abattre. Pourtant, derrière la guerre de l’information de Washington, il semble certain que Riyad adresse un message clair à Téhéran et à Tel Aviv. En Juillet 2004 le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) remarquait fort justement que si l’Arabie Saoudite avait signé le Traité de Non-Prolifération (NPT), la Convention sur les Armes Chimiques (CWC) et la Convention sur les Armes Bactériologiques (BWC), elle se refusait toujours à mettre en place des accords de sauvegarde qui permettent des contrôles rigoureux de l’IAEA et à signer le Traité d’Interdiction des Tests Nucléaires (CTBT), se réservant ainsi toutes options ouvertes pour un futur développement nucléaire militaire . Et même si, depuis, le Royaume saoudien a signé le Protocole sur les Petites Quantités (SQP) il se refuse toujours aux inspections de l’IAEA, arguant qu’il ne les acceptera que si Israël en fait de même. Le message est clair, d’abord pour l’Iran : « si vous avez la bombe, nous aurons la bombe » mais également pour Israël : « sachez que nous avons peut-être nous aussi la bombe ».


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