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Tag - Néo-conservateurs

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jeudi 13 décembre 2007

Repères 13/12/07 - La bombe tombe sur la tête des néoconservateurs

Repères 13/12/07 - La bombe tombe sur la tête des néoconservateurs

Les plus durs des néoconservateurs américains, comme Michael Ledeen, Norman Podhoretz, John Bolton, Kenneth R. TimmermanBret Stephens, William Kristol, Patrick Clawson, n'en finissent pas de se déchainer contre le NIE (National Intelligence Estimate) qui affirme que les iraniens ont abandonné en 2003 leur programme nucléaire militaire.

Dans ou entre leurs lignes, on peut cependant lire les lamentations de ceux qui savent que le coup porté contre eux est décisif.

Ils savent maintenant, comme Dick Cheney ou Robert Kagan avec son retentissant "Time to Talk to Iran", que la partie est perdue pour eux et qu'une guerre contre l'Iran semble dorénavant impossible à lancer avant que George W. Bush ne quitte le pouvoir.

 

vendredi 11 mai 2007

Repères 11/05/07 - Sarkozy and the World

Repères 11/05/07 - Sarkozy and the World

Sarkozy and the World
Council on Foreign Relations May 7, 2007

"...In the United States, at least, the optimism that Sarkozy somehow will reinvigorate French foreign policy and vastly improve ties with Washington appears to be based on pundits’ estimates of his character rather than any concrete policy changes in the offing..."


Lire également des opinions néoconservatrices (!) :

The Sarkozy Revolution: Five Recommendations for the New French President
by Nile Gardiner, Ph.D. Margaret Thatcher Center for Freedom, May 9, 2007

"The victory of Nicolas Sarkozy in the French presidential election presents the best hope for French political reform since the publication of Alexis De Tocqueville's L'Ancien Régime in 1856. Sarkozy, the son of a Hungarian immigrant, has vowed to transform France from a backward-looking, outdated, rapidly declining country into a modern, globally focused nation. In almost messianic terms, he has pledged a break with the past and a new era for the French people.

Arrayed against him, however, is a powerful coalition of vested interests, from the communist-dominated trade unions to the elites who dominate the civil service, not least the French Ministry of Foreign Affairs, the Quai d'Orsay. In addition, the new French president must contend with long-term civil unrest in the immigrant-dominated suburbs of France's major cities, where mobs of largely Muslim youths are already rioting against the new regime. Out of all European Union countries, France is by far the most resistant to change, with the deepest entrenched vestiges of socialism and hostility to the free market.

If Sarkozy is serious about transforming France, he will have to lead a Herculean effort. On the domestic front, he must confront the biggest elephants in the room: the 35-hour workweek and job protection laws that have contributed to a 20 percent unemployment rate among young people. In Europe, Mr. Sarkozy must show that he is serious about reforming the European Union's Common Agricultural Policy (CAP), the largest protectionist racket in the world, and bring an end to French bullying within the EU. On the world stage, France must become serious about confronting the biggest threats of the day, from the rise of a nuclear-armed Iran to global terrorism. It is in the U.S. interest to have a France that is firmly anchored to the transatlantic alliance and looks to Washington and London, not just Brussels, to advance its foreign policy agenda..."


Au Revoir
by Laurent Murawiec, From the May 8, 2007 National Review Online

"Good news for the French, good news for us: Nicolas Sarkozy’s impressive victory in this weekend’s French presidential election sounds the death knell of key components of French political exceptionalism.

GAULLISM AT HOME…
First, the Gaullist exception in both the domestic field and in international affairs has finally been done away with..."

"…AND ABROAD
In international affairs, de Gaulle repeatedly broke ranks with Atlantic solidarity; he tried to sunder NATO and flirted with Moscow. De Gaulle foolishly France, with him at it head, as the leader of an international “third way” in which the “non-aligned” and the Soviet bloc would join him. The Islamic world, Latin America, and Asia would heed his anti-American call. De Gaulle’s successors kept up that tradition, though with partial exceptions: President Pompidou improved relations with Richard Nixon somewhat; Socialist president Mitterrand supported Reagan’s deployment of the “euro-missiles” (but furiously opposed missile defense).

Jacques Chirac turned out to be the most virulent hater of America, ready to go to almost any length to harm the U.S.

Sarkozy’s very first statement upon being elected pointedly emphasized a strong alliance with and friendliness toward the United States. This is an enormous change: For the first time since the strongly Atlantic-oriented Fourth Republic, Paris will not be anti-American. This does not mean that Sarkozy’s France will be “aligned” with, or a mere appendix of, American diplomacy — in his speech, Sarkozy first underlined that he was “a good European” and favorable to a stronger Europe. Rather, it means that Sarkozy’s France will stop trying to berate, harass, and scoff at the United States at every opportunity; that Sarkozy’s France will stop trying to lead a worldwide anti-American coalition, as was the case under the bumbling but tenaciously noxious stewardship of Jacques Chirac. The professional America-loathers at the French foreign ministry, the Quai d’Orsay, will have to watch their step. Israel will be able to count on a more level playing field and less Islamophilia. Washington can do business with Nicolas Sarkozy, whereas Chirac only wanted to do injury to America. The European Union can again envision a center-right French-German leadership that is not intent on pitting the EU against America..."

 

mercredi 28 février 2007

Analyse 28/02/07 - Les néo-conservateurs contre Ségolène Royal

Analyse 28/02/07 - Les néo-conservateurs contre Ségolène Royal

Est-ce un signe d’irritation, d’inquiétude ou d’endoctrinement béat ? Les deux principaux Think tanks néo-conservateurs des Etats-Unis ont donné brutalement de la voix, ces jours derniers, pour attaquer la candidate aux élections présidentielles française.

Le premier d’entre eux, l’American Entreprise Institute, s’est inquiété, dans un article intitulé " Ségolène la Socialiste? (1)" des germes socialistes qui, selon lui, repousseraient à foison dans le programme économique " décevant " et complètement " en dehors des tendances économiques modernes et de la globalisation " de Ségolène Royal, présentée comme un véritable diable qui voudrait encore étendre en France le champ de l’action gouvernementale! Même Lionel Jospin, rappelle le Temple des néo-conservateurs, avait privatisé plus que ses prédécesseurs, et les autres récents ténors de la gauche européenne, Gerhard Schroeder, Tony Blair ou Romano Prodi, ont tous " engrangé un impressionnant tableau de réformes ". Suit la menace contre une Ségolène Royale élue : " les forces financières la forceront rapidement à changer… et c’est pour la France une situation qu’il vaut mieux éviter ".

Bigre ! Certains auraient-ils confondu, à Washington, les programmes d’Arlette Laguillier ou d’Olivier Besancenot avec celui de Ségolène Royal ? Ne seraient-ils pas informés que nombre d’éléphants et leurs troupeaux classent encore, en France, la candidate socialiste comme trop libérale ? Ou la moindre petite dissonance française menacerait-elle à ce point ce qui reste des doctrinaires de l’empire et de la chevauchée bancale de l’hyper-puissance ?

C’est ce qui ressort en tous cas d’un mémo (2) intitulé " Ségolène Royal and the Future of Franco–American Relations " du très engagé et conservateur Heritage Foundation qui s’alarme, lui, de l’ " esprit gaulliste " [sic] de notre Ségolène nationale et pour qui les politiques européennes et étrangères que celle-ci s’apprêterait à mener si elle était élue menaceraient gravement les relations franco-américaines ! Pour preuve, selon l’Heritage Foundation, les critiques de la candidate à la présidentielle française sur le voyage " couronné de succès " de son rival, Nicolas Sarkozy, aux Etats-Unis en Septembre dernier, son parti pris d’un retrait des forces américaines d’Irak et par conséquent son " implicite critique de l’implication américaine dans la région ", sa confirmation " des divisions causées par l’opposition française à la guerre en Irak " et son commentaire " grossier " sur le fait qu’elle ne voulait pas confondre l’Amérique de Bush avec le peuple américain !

Pour preuve également, selon l’auteur du mémo, la vision " gaulliste " de Ségolène Royal d’une Europe " rivale " et non " partenaire " des Etats-Unis, qui fasse contrepoids à la puissance américaine, et l’appel lancé, dans son programme, à la construction d’une Europe politique et à un nouveau vote français sur une Constitution européenne améliorée " incluant ces éléments inamicaux aux intérêts stratégiques américains, tels une politique étrangère et de sécurité européenne commune, un Ministre des Affaires étrangères européen et une politique d’approvisionnement militaire indépendante ".

Pour preuve enfin, toujours selon l’auteur du mémo, les étonnantes déclarations de Gilles Savary, conseiller de Ségolène Royal, qui, interviewé par le Daily Telegraph en Novembre dernier (3), avait affirmé au nom de la candidate que les britanniques devraient choisir entre " être des vassaux des Etats-Unis ou être pleinement intégrés comme membre de l’Union Européenne ".

Et le pourfendeur de Ségolène Royal de poursuivre que l’agenda européen de la candidate représenterait pas moins qu’ " une menace stratégique pour les Etats-Unis " et que sa vision d’une Europe profondément intégrée sur les plans des politiques étrangères et de défense (et donc une véritable " Europe-puissance ") constituerait " une menace majeure " pour les futures constitutions de coalitions par les américains (et donc en premier lieu pour l’alliance privilégiée avec les britanniques).

L’auteur du mémo, Sally McNamara, est analyste spécialiste des Affaires européennes au sein du Margaret Thatcher Center for Freedom, lui même intégré dans la Heritage Foundation à Washington, et dont le Directeur est Nile Gardiner, un ancien conseiller de Margaret Thatcher. Dans une précédente étude de Décembre 2006 (4), Sally McNamara expliquait déjà, avec luxe de détails et de recommandations au Gouvernement US, les conséquences très néfastes, pour la puissance américaine, d’une relance de la Constitution européenne " dont une grande partie est appliquée malgré le rejet de 2005 ", par exemple l’Agence de Défense Européenne " qui continue à décrire ses objectifs et son rôle dans les termes exacts de la Constitution rejetée… ce qui ne peut que considérablement exacerber les inclinations anti-américaines de la politique d’approvisionnement actuelle ".

Et Sally McNamara d’identifier la principale menace pour les Etats-Unis : " La résurrection de la Constitution européenne pose une grave menace pour les intérêts américains de sécurité en Europe. Au cœur du document est le concept d’une ‘personnalité légale’ formelle pour l’Union européenne, lui permettant de ‘parler d’une seule voix’ sur la scène internationale à la place des Etats membres individuels. La Constitution créerait un puissant Ministre des Affaires étrangères européen et un système dans lequel les Etats-Unis seraient forcés de négocier avec un pouvoir européen unique au lieu de former des coalitions ad hoc avec des Etats souverains et ses alliés traditionnels. Dans une Union européenne où l’hostilité envers le pouvoir et les intérêts américains domine, ceci représente un danger clair et actuel pour la construction d’alliances américaines en Europe ".

La première des recommandations faite par Sally McNamara au Gouvernement des Etats-Unis est de " reconnaître la menace que le projet de Constitution européenne pose aux intérêts stratégiques, diplomatiques, judiciaire et militaires des Etats-Unis " et, notamment, " d’encourager l’expansion et la visée globale de l’OTAN et de s’opposer à la militarisation de l’Union européenne qui dupliquerait et minerait les structures de l’OTAN ".

Sur le fond il existe, en effet, une nette divergence entre Washington et Paris sur le problème de l’expansion et de la transformation de l’OTAN, en relation avec la sécurité européenne, expansion et transformation qui ont constitué les thèmes essentiels du sommet de Riga (Lettonie) en Novembre dernier. Certains dirigeants et experts américains, surtout néo-conservateurs, souhaitent la fin du confinement de l’OTAN sur le théâtre purement européen au profit d’une agence de sécurité à vocation " globale " et réclament, en conséquence, un élargissement de l’OTAN à des membres non européens, tels l’Australie, le Japon ou l’Inde. Cette conception d’une " Agence globale " est liée à la volonté américaine actuelle de promotion " forcée " de la démocratie dans le monde, en liaison le plus souvent avec la lutte contre le terrorisme, et certains y voient même un " concert des démocraties " engagé dans une " guerre des civilisations ", l’Alliance ayant vocation à remplacer l’ONU pour légitimer les interventions extérieures de ses membres.

Paris et plusieurs autres Etats européens estiment au contraire que l’OTAN n’a pas vocation à tout faire, et certainement pas de remplacer à terme l’ONU, s’inquiètent du risque de voir l’OTAN impliquée dans des conflits étrangers aux préoccupations européennes et souhaitent un meilleur partage des tâches avec l’Union Européenne qu’ils veulent voir engagée dans un développement d’une défense propre commune distincte et partenaire de l’OTAN. Mais surtout, la France redoute qu’une " Alliance des démocraties " sous direction américaine ne renforce, partout dans le monde le sentiment que l’Occident est engagé dans une " croisade " et cherche à imposer par les armes sa civilisation au reste du monde. La France, avec Jacques Chirac, estime qu’il est donc essentiel que l’OTAN se borne à des objectifs plus modestes sans pour autant être hostile à la conclusion ou au renforcement de partenariats ponctuels avec des pays non membres de l’Alliance. L’OTAN doit cependant demeurer une organisation euro-atlantique et la légitimité internationale ne peut appartenir qu’à l’ONU et à elle seule (5).

Jacques Chirac a eu l’occasion de marteler cette position française au plus fort des combats de la guerre entre Israël et Hezbollah, l’été 2006, en s’opposant vigoureusement aux propositions de John Bolton, Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU (l’Ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU avait déclaré qu’il était aussi membre " secret " de sa propre équipe (6) ), qui souhaitait voir placée une force d’interposition (essentiellement française) sous l’étendard et le contrôle de l’OTAN. Jacques Chirac a rappelé cette position au sommet de Riga (7).

L’attaque portée contre Ségolène Royal est donc sans doute légitime dans l’optique d’une vision américaine actuelle très différente de celle portée par la candidate, vision qui, elle, parait se confondre avec celle de la France. L’énigme vient par contre du sort beaucoup plus clément réservé à Nicolas Sarkozy qui partage pourtant, semble t-il et au moins depuis son intronisation le 14 Janvier dernier comme candidat de l’UMP à la présidence française, une large identité de vue avec Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy veut en effet lui aussi relancer la Constitution européenne et le traité simplifié qu’il veut voir voté rapidement par le Parlement français inclut un Ministère des Affaires étrangères européen doté des prérogatives prévues par le texte de la Constitution européenne. Nicolas Sarkozy estime qu’il " n’y a pas à choisir entre l’Europe de la défense et l’OTAN " et marque ses distances avec la vision américaine en affirmant que l’Alliance atlantique " n’a pas vocation à se transformer en une organisation concurrente de l’ONU ", Ségolène Royal appelant quant à elle à " refuser une OTAN qui jouerait au gendarme du monde et se substituerait à l’ONU ". Tous deux appellent aussi à accélérer la construction de l’Europe de la Défense, Ségolène Royal affirmant que " la clé de tout, c’est d’avancer plus vite et plus fort " tandis que pour Nicolas Sarkozy, " la défense peut être à la fois la condition et le levier de la relance de l’Europe politique " (8).

Sally McNamara avait déjà elle même répondu, au moins en partie, à notre interrogation en esquissant, peu après le voyage de Nicolas Sarkozy à Washington en Septembre 2006 (9), un vibrant hommage au futur candidat " pro-américain " porteur d’une nouvelle politique étrangère française " indépendante de la ligne gaulliste traditionnelle ", relevant que " c’est un secret de polichinelle que Sarkozy avait critiqué l’opposition de Chirac à la guerre en Irak en 2003 ", que " la position de Sarkozy sur la guerre israélo-libanaise représentait une autre rupture avec la politique étrangère française " et que " les Etats-Unis pourraient avoir [en cas de victoire de Sarkozy] un partenaire plus amical en Europe et au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU ". Sur l’Europe cependant Sally McNamara relevait " qu’une administration Sarkozy ne changerait probablement pas significativement la politique française envers Bruxelles " et qu’au final " les Etats-Unis ne devaient pas espérer une vague de changements immédiats de la politique étrangère française si Sarkozy arrivait au pouvoir. Il aurait à faire face à l’opposition de puissants intérêts acquis au sein de l’establishment politique français qui résisterait à des changements fondamentaux dans l’approche de Paris vis à vis de Washington ".

L’American Enterprise Institute avait lui aussi salué le pro-américanisme de Nicolas Sarkozy qui, en Septembre 2006 à Washington " a adopté la rhétorique des Etats-Unis d’une manière inimaginable pour un gaulliste convaincu (10) " et notait que " la France pourrait bien être déjà à la pointe d’une transformation majeure et positive, au moins pour ce qui concerne la politique étrangère ".

Nile Gardiner, le " patron " de Sally McNamara au Margaret Thatcher Center for Freedom, croit lui aussi en Nicolas Sarkozy et affirme que " l'ascendant de Sarkozy est considéré comme très positif par Washington (11) ". Il estime lui aussi que l’Union européenne " défie de plus en plus l’hégémonie US (12) " et qu’ " une politique étrangère et de sécurité européenne commune n’est pas dans l’intérêt US (13) ". Il donne d’ailleurs volontiers pour exemple que si une telle politique européenne commune avait existé en 2003, elle aurait interdit au Royaume-Uni, à la Pologne, à l’Italie et à l’Espagne d’aider les Etats-Unis en Irak, et que si elle devait exister demain, les britanniques ne pourraient plus se tenir aux côtés des Etats-Unis " qui devraient faire leurs prochaines guerres importantes tous seuls, sans allié militaire important ". Il plaide donc sans relâche à Washington pour que l’Administration américaine s’attache à tout prix à préserver l’Alliance atlantique et ses " relations spéciales " avec le Royaume-Uni, et à soutenir une intégration européenne dans laquelle chaque Etat individuel aurait la plus grande liberté quant à son niveau d’intégration (14).

Nile Gardiner est lui-même très engagé dans cette idée d’expansion de l’OTAN à qui il voudrait voir confier un rôle " mondial " de défense des démocraties et de lutte contre le terrorisme islamiste (15). Après les attentats de Madrid, il avait déjà demandé à ce que l’OTAN prenne le commandement des troupes coalisées en Irak (16) (avec intervention obligée des armées européennes non encore engagées). Il a vigoureusement défendu le maintien de son grand ami néo-conservateur John Bolton, porteur des mêmes idées, comme Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU (17) (il a d’ailleurs mené avec John Bolton un combat permanent de sape de Koffi Annan et de projet de réforme de l’ONU au profit des seuls intérêts américains (18) ). Il défend également avec force, et parmi les premiers, l’idée d’une adhésion d’Israël à l’OTAN (19).

L’idée de faire d’Israël un véritable " membre " de l’OTAN a été avancée pour la première fois en Octobre 2004 par le Général américain Joseph Ralston, appelé dans l’alliance pour nouer des liens entre OTAN et Etats du Moyen Orient. Le débat pris corps en Février 2005 quand deux éminents supporters de l’OTAN, Ronald Asmus (20), Directeur du Transatlantic Center (21) et du German Marshall Fund of the United States (22), et Bruce Jackson, ancien patron du U.S. Committee to Expand NATO (23) (dans lequel ont siégé Paul Wolfowith, Richard Perle et Stephan Hadley), tous deux ténors du lobbying atlantiste, publièrent un article dans Policy Review qui appelait explicitement à accorder à Israël un plein statut de " membre " de l’Alliance Atlantique (24). Depuis 2005 un cœur croissant de voix enthousiastes (surtout américaines et néo-conservatrices) soutiennent cette initiative (25), rejoints par le très néo-conservateur européen Jose Maria Aznar (26), ex-premier ministre espagnol, et plus récemment par d’autres rares dirigeants européens (27).

La majorité des 26 membres de l’OTAN, et en premier lieu la France, est opposée à ce que Israël devienne membre à part entière de l’Alliance Atlantique, n’imaginant pas un seul instant que leurs armées puissent être juridiquement obligées d’intervenir " automatiquement " en cas de guerre entre Israël et l’un quelconque de ses voisins. En Israël, même, nombre de leaders hésitent, habitués à ce que Israël ne compte que sur lui-même et sur les Etats-Unis, et ont du mal à imaginer faire confiance, pour leur sécurité, à certains pays européens " pro-arabes ". Quand ils adhèrent à l’idée de voir Israël devenir membre à part entière de l’OTAN, sa sécurité renforcée par les forces européennes, ils voudraient bien ne pas être eux-mêmes obligés d’intervenir pour défendre un pays européen attaqué de l’extérieur. " Je ne suis pas contre " a déclaré Oded Eran, Ambassadeur israélien à Bruxelles, " mais je pense que l’OTAN n’est pas encore prête pour que Israël en devienne membre. Je préfère une voie progressive (28) ".

En Israël un homme, Uzi Arad, porte le débat. Ancien dirigeant du Mossad, ancien conseiller aux Affaires étrangères du leader néo-conservateur Benjamin Netanyahu lorsqu’il était Premier ministre, il dirige aujourd’hui l’Institute for Policy and Strategy, IDC Herzliya, et a créé en son sein le Atlantic Forum of Israel. Il est très proche de Ronald Asmus et, pour lui, " la seule chose qui serait pire qu’un Israël devenant membre de l’OTAN pourrait être un Israël ne devenant pas membre de l’OTAN (29)". En fait Uzi Arad voudrait bien qu’Israël profite des deux dernières années de la présidence Bush pour signer un véritable pacte de défense avec les Etats-Unis, et qu’en même temps Israël adopte un véritable pacte multilatéral avec l’Alliance Atlantique (30) !

Uzi Arad connaît bien Nicolas Sarkozy. Il a été le premier à lui offrir une véritable audience internationale en l’invitant à prendre la parole (31), le 16 Décembre 2004, à la 5ième Conférence Herzliya (32), Conférence où justement les représentants de l’OTAN appelèrent Israël à renforcer ses relations avec l’alliance (33). Les " Herzliya Conferences on The Balance of Israel’s National Security (34) " sont devenu le sommet annuel où se réunissent dirigeants israéliens et dirigeants internationaux pour y discuter des problèmes de la sécurité d’Israël. Uzi Arad a aussi organisé à Herzliya, juste avant le sommet de Riga, une conférence sur " les transformations de l’OTAN, le dialogue méditerranéen et les relations entre l’OTAN et Israël ". Essentiel intervenant, aux côtés notamment du Ministre Israélien des Affaires étrangères, Ronald Asmus a commencé son intervention en remerciant l’organisateur de la conférence et en rappelant qu’il était présent au tout premier dîner au cours duquel Uzi Arad avait évoqué, le premier, l’idée qu’Israël pourrait rejoindre l’OTAN. Ronald Asmus a ensuite rappelé comment les évènements du 11 Septembre avaient fait démarrer le débat " l’OTAN doit-il se réinventer lui-même encore une fois ". Ronald Asmus a ensuite martelé que la réponse devait être " oui " et que face aux conséquences, " Israël devait en être… Ce fut une erreur que l’OTAN ne soit pas engagé dans l’UNIFIL [forces de l’ONU au Liban]... L’OTAN fonctionne uniquement quand l’Amérique dirige les européens dans le droit chemin. Ceci doit nécessiter pour nous de prendre les décisions fondamentales pour faire cette transformation… Pourquoi cela n’arrive t-il pas ? Un, L’OTAN fonctionne uniquement quand l’Amérique dirige les européens dans le droit chemin. Cela n’est pas arrivé au cours des dernières années. Deux, la France est aujourd’hui opposée à tout ce que j’ai mentionné. Mais nous allons avoir des élections et le nouveau Président pourrait avoir une position différente, surtout si Sarkozy devient le Président… (35) ".

Aujourd’hui 28 Février 2007, Conférence de presse de Nicolas Sarkozy sur le thème de la politique étrangère de la France. L’énigme perdure : " l’action de Jacques Chirac a été à bien des aspects exemplaire… J’approuve l’action menée depuis 12 ans par le Président de la République… les Français savent aussi qu’ils doivent beaucoup à la lucidité de Jacques Chirac de ne pas les avoir entraînés dans une entreprise incertaine, celle d’une guerre en Irak qui était une erreur historique… ". Nicolas Sarkozy s'est réaffirmé favorable à un nouveau " traité simplifié " pour l'Union européenne, afin que " les institutions européennes ... se remettent à fonctionner ". Pour lui, ce nouveau traité devrait être caractérisé par la définition d'une présidence stable du Conseil européen, la présence d'un ministre européen des Affaires étrangères, l'extension du domaine de la majorité qualifiée, l'extension des domaines d'intervention du Parlement européen... " Le temps presse si on ne veut pas que l'avenir de la construction européenne ne soit pas définitivement compromis ", a-t-il ajouté. Nicolas Sarkozy a par ailleurs estimé que l'Alliance atlantique et l'Europe de la défense devaient être " complémentaires ", sans être " substituables" et que " le renforcement de la défense européenne doit donc être pour nous une absolue priorité… "." L'OTAN n'a pas vocation à mes yeux à devenir une organisation concurrente de l'ONU ", a-t-il précisé.

Les " nouvelles " idées du candidat vont donc totalement à l’encontre de ce qu’imaginent Sally McNamara, Nile Gardiner, Uzi Arad, Ronald Asmus… et tous ses amis ! Ceux-ci devraient donc s’inquiéter, comme beaucoup en France mais sans doute pas pour les mêmes raisons, des " ruptures " que Nicolas Sarkozy semble avoir infligé récemment à ses propres idées. Ils devraient surtout rompre, eux mêmes, avec leurs visions doctrinaires et se rappeler que le ou l’un des plus atlantiste des dirigeants européens actuels, Angela Merkel, est très déterminée, comme Ségolène Royal et, semble t-il, Nicolas Sarkozy, à relancer la Constitution et l’intégration politique européenne. Ils devraient se rappeler aussi qu’historiquement Washington a toujours appuyé l’intégration politique européenne et qu’au lendemain de l’échec du référendum du 29 Mai 2005 en France, Condoleezza Rice se disait elle même très préoccupée que l’Europe politique puisse échouer.

Inutile par conséquent d’aller plus loin dans l’analyse ! Il faut renvoyer d’urgence les Think Tanks néo-conservateurs à leurs chères études !

Jean-Philippe Miginiac 28/02/07



Notes & références

1 - Ségolène la Socialiste?, Par Jurgen Reinhoudt, American Entreprise Institute 22/02/2007

2 - Ségolène Royal and the Future of Franco–American Relations, by Sally McNamara, Heritage Foundation WebMemo #1368, February 23, 2007

3 - Segolene urges Britain to choose between European and America, The Daily Telegraph, November 20, 2006

4 - The EU Constitution: Will Europe Force a Way Forward?, by Sally McNamara, Heritage Foundation Backgrounder #1991 , December 14, 2006

5 - Voir par exemple : L’OTAN et l’avenir de la sécurité européenne, Quentin Perret,Fondation Robert Schuman 04 décembre 2006

6 - " But Ambassador Dan Gillerman, addressing a New York meeting of B'nai B'rith International, a Jewish humanitarian organization, heaped praise on U.S. Ambassador John Bolton, jokingly describing him at one point as a secret member of Israel's own team at the United Nations ", voir Strategic-Road.com, Repères & Sources Semaine du 29 Mai au 04 Juin 2006

7 - Conférence de presse de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'issue du sommet de l'OTAN, Riga - Lettonie, mercredi 29 novembre 2006

8 - Sur la Défense, Royal et Sarkozy partagent une large identité de vues, AFP vendredi 26 janvier 2007

9 - Regime Change in Paris: How Nicolas Sarkozy Could Reinvigorate U.S.-French Relations, by Sally McNamara, Heritage Foundation WebMemo #1241, October 31, 2006

10 - A Post-Gaullist, Pro-American France?, By Gary J. Schmitt, Reuel Marc GerechtAmerican Enterprise Institute Monday, December 11, 2006

11 - USA-GB-France: des dirigeants en fin de mandat face à un monde en crise, Stephen COLLINSON, Cyberpresse 20 nov 2006

12 - Could EU's global sway be rising as U.S. clout ebbs?, Associated Press January 16, 2007

13 - The Bush Administration Should Not Back the European Constitution, by Nile Gardiner, Ph.D., and John Hulsman, Ph.D. , Heritage Foundation WebMemo #668, February 16, 2005

14 - A Conservative Vision for U.S. Policy Toward Europe, by John C. Hulsman, Ph.D., and Nile Gardiner, Ph.D., Heritage Foundation Backgrounder #1803, October 4, 2004

15 - The NATO Riga Summit: Time for Backbone in the Alliance, by Nile Gardiner, Ph.D. , Heritage Foundation WebMemo #1261, November 27, 2006

16 - An Historic Moment for NATO, by Nile Gardiner, Ph.D., and John Hulsman, Ph.D., Heritage Foundation WebMemo #465 April 1, 2004

Voir aussi : After Madrid: Preserving the Alliance Against Terrorism, by Nile Gardiner, Ph.D., and John Hulsman, Ph.D., Heritage Foundation Backgrounder #1743 April 9, 2004

17 - John Bolton: An Effective Force for U.S. Interests at the United Nations, by Nile Gardiner, Ph.D. and Brett D. Schaefer , Heritage Foundation WebMemo #1258, November 17, 2006

Voir aussi : John Bolton: A Powerful Voice for America at the United Nations, by Nile Gardiner, Ph.D. and Brett D. Schaefer , Heritage Foundation WebMemo #1179, July 26, 2006

18 - The Decline and Fall of the United Nations: Why the U.N. Has Failed and How It Can Be Reformed, by Nile Gardiner, Ph.D, Heritage Foundation Lecture #991, October 13, 2006

Voir aussi : Kofi Annan's Legacy of Failure, by Nile Gardiner, Ph.D, Heritage Foundation WebMemo #1283, December 11, 2006

19 - Confounding the Mullahs of Iran: It's Time for Israel to Join NATO
by John Hulsman, Ph.D., and Nile Gardiner, Ph.D., Heritage Foundation WebMemo #966, January 24, 2006

Voir aussi : The NATO Riga Summit, by Nile Gardiner, Ph.D., Heritage Foundation WebMemo #1261November 27, 2006

20 - Contain Iran: Admit Israel to NATO, By Ronald D. Asmus, Washington Post February 21, 2006

21 - Transatlantic Center

22 - German Marshall Fund of the United States

23 - U.S. Committee to Expand NATO profile

24 - Does Israel Belong In the EU and NATO?, Ronald D. Asmus and Bruce P. Jackson, Policy Review March 2005

25 - Israel in NATO? A second look, Richard Rupp, The National Interest Nov 1, 2006

26 - Analysis: Reform or die, Aznar warns NATO, UPI - Gareth Harding - 30 November 2005

Voir aussi : Europe's Response to the Threat of Global Terror, by Jose Maria Aznar, Jerusalem Center for Public Affairs, 27 April 2006.

27 - European leaders suggest Israel join NATO, UPI, January 24, 2007

28 - NATO, Israel Draw Closer - Mideast Tumult Forces Rethinking Of Alliances, but Hurdles Loom, By Frederick Kempe, WSJ February 14, 2006

29 - ibid

30 - Israel en route to defense pact?, Ynet.news 10.25.06

31 - Nicolas Sarkozy, Président de l’UMP, Discours à la Conférence 2004 d’Herzliya le 16 décembre 2004

32 - The 5th Herzliya Conference – 2004

33 - Is Israel headed for NATO?, Uzi Arad, Ynet news 02/01/06

34 - http://www.herzliyaconference.org/Eng/

35 - Les transformations de l’OTAN, le dialogue méditerranéen et les relations entre l’OTAN et Israël, Conference co-organized by: NATO Public Diplomacy Division, Atlantic Forum of Israel, Institute for Policy and Strategy, IDC Herzliya, Daniel Hotel, Herzliya, October 23-24, 2006



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jeudi 9 novembre 2006

Analyse 09/11/06 - Etats-Unis : la période de tous les dangers ?

Analyse 09/11/06 - Etats-Unis : la période de tous les dangers ?

La débâcle de George W. Bush aux élections de Mid-Term devrait, en toute bonne logique démocratique, le convaincre de changer le cap de sa stratégie et de sa politique étrangère. Le peuple américain a en effet mis la guerre en Irak au cœur des justifications de son vote pour signifier à son Président qu’il entendait que soit notamment donnée une nouvelle direction à la stratégie qui lie guerre d’Irak, guerre contre la terreur et invocations de l’ " axe du mal ".

La détermination de la majorité du peuple américain semble ainsi entièrement inscrite dans la formule employée à dessein par Christopher Preble, directeur des études diplomatiques au Cato Institute, qui reprend en l’inversant la détermination préalablement affichée par le Président : " Il n’est plus possible de garder le cap pour Bush, ni stratégiquement, ni politiquement ".

Le nouveau Congrès dispose de moyens importants pour contraindre la Maison Blanche. Les démocrates tiennent ainsi dorénavant les cordons de la bourse et peuvent lancer toute commission d’enquête parlementaire " dure " sur des sujets qui fâchent, tels les mensonges sur les armes de destruction massive, les dépenses du Pentagone, les marchés de reconstruction et la corruption en Irak, ou encore l’affaire Palme. Pour affaiblir l’administration Bush et contraindre le Président, ils pourraient même aller jusqu’à lancer une procédure d’impeachment.

George W. Bush l’a bien compris qui, reconnaissant sa défaite, a immédiatement démissionné Donald Rumsfed, Secrétaire à la Défense qui symbolise plus que tout autre la descente aux enfers des Etats-Unis en Irak, et a annoncé qu’il souhaitait travailler avec le nouveau Congrès à majorité démocrate. Robert Gates, le nouveau patron du Pentagone désigné par le Président, a, et ce n’est sans doute pas une coïncidence, participé aux débats bipartisans sur l'Irak en tant que membre du Groupe d'étude sur l'Irak (Irak Study Group) présidé par l'ancien secrétaire d'Etat républicain James Baker et par le démocrate Lee Hamilton.

L’idée est souvent affichée qu’un compromis pourrait en effet intervenir autour des conclusions attendues pour Janvier de ce Groupe d’étude bipartisan installé par le Congrès avec l’accord de la Maison Blanche, et dont il se dit avec insistance qu’il pourrait préconiser un certain retrait d’Irak, une conférence régionale incluant Syrie et Iran, et un découpage de-facto de l’Irak selon ses composantes sectaires. Joseph Biden, qui va certainement occuper le poste très influent de Président du Foreign Affairs Committee du Sénat estime que le groupe Baker permettra de faire évoluer la stratégie américaine et que George W. Bush acceptera d’autant plus ses propositions qu’elles ne viendront pas des seuls démocrates. Nancy Pelosi, qui va devenir la présidente speaker de la Chambre des représentants et le troisième personnage des Etats-Unis, a déjà fait savoir que les démocrates ne sabreraient pas dans les crédits de guerre pour faire pression sur l'exécutif et Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, s'est quant à lui félicité de la nomination de Robert Gates au Pentagone.

La nomination de Robert Gates pourrait traduire, d’ailleurs, une reprise en main, voire un dictat, de l’entourage du père de George W. Bush, l’ex-Président George H.W. Bush. Robert Gates a été le bras droit, au Conseil National de Sécurité, de Brent Scowcroft, adversaire de l’invasion de l’Irak, et a fait partie d’une task force du Council on Foreign Relations qui a recommandé l’ouverture de pourparlers directs avec l’Iran. Brent Scowcroft travaillait pour le père de George W. Bush quand il était Président tout comme James Baker qui en était le Secrétaire d’Etat.

Flexibilité ? Le vrai signe en aurait été les départs conjoints du Vice-Président Dick Cheney et de Donald Rumsfeld. Croire en effet que, les démocrates tenant le Congrès et Bush père tenant son fils, la stratégie et la politique moyen-orientale de Georges W. Bush vont radicalement " changer de direction " est encore totalement hypothétique. Georges W. Bush l’a d’ailleurs immédiatement réaffirmé, il n’est pas question pour lui que les Etats-Unis se retirent d’Irak avant la " victoire " et Dick Cheney, immédiatement re-confirmé à son poste par le Président, avait déjà lancé, quelques jours avant les élection, un tonitruant " En avant à pleine vitesse… Nous avons la bonne stratégie… " ajoutant : " On ne peut pas construire une politique de sécurité nationale sur la base [des élections]… Ce n’est peut-être pas populaire [mais] cela n’a pas d’importance dans la conscience que nous avons de continuer notre mission et de faire ce que nous pensons être juste ".

La Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, s’est elle même exprimée sur l’Irak au lendemain des élections : " Les électeurs américains ont clairement voté pour un changement, comme le Président l’a dit… Ils n’ont pas voté pour quelque chose de moins qu’un succès en Irak… L’engagement américain aux objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak reste absolument ferme et c’est ce qui est important… Les Etats-Unis se retireront certainement quand les objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak [seront atteints], parce que c’est trop important pour notre propre sécurité. L’Irak doit être un succès pour que l’Amérique soit sécurisée. Et nous maintiendrons cette direction ".

Les démocrates en tant que tels n’ont par ailleurs encore proposé aucune stratégie nouvelle et aucune sortie de crise en Irak. Ils sont en effet eux-mêmes profondément divisés entre ceux, anti-guerre, qui envisagent un retrait rapide des troupes américaines piégées en Irak et ceux, plus ou moins néo-conservateurs bien que démocrates, qui soutenaient sans défaillir la stratégie présidentielle. Le poids de ces derniers est tout sauf négligeable, à l’image des 30 représentants de la " coalition des chiens bleus ", fondée en 1994, qui se positionnent très à droite sur l’échiquier du parti démocrate.

Côté républicains, l’imbroglio est devenu total avec la révélation surprise, sur le site du journal Vanity Fair, des opinions actuelles de certains parmi les plus éminents des néo-conservateurs : Richard Perle, Kenneth Aldeman, David Frum, Frank Gaffney, Michael Leeden, etc… qui étaient, hier, les plus enragés et les plus engagés en faveur des stratégies de guerres préemptives et surtout en faveur de l’invasion de l’Irak. Les mêmes cèdent aujourd’hui, semble t-il, à la panique devant de possibles convocations devant les commissions du Congrès en affirmant juste avant les élections qu’ils n’auraient pas soutenu la guerre si ils avaient su où " une des équipes les plus incompétentes d’un après-guerre " mènerait les Etats-Unis. Le Président lui-même est directement visé par David Frum qui a pourtant rédigé certains de ses discours : " Si le président dit les mots, il ne saisit tout simplement pas les idées ".

Côté républicains, encore, l’échec des tentatives de compromis était déjà patent avant les élections avec l’incapacité des plus pragmatiques à faire changer la politique de George W. Bush. Ainsi le très puissant Président du Senate Armed Service Committee, John Warner, avait-il déclaré clairement que la politique irakienne actuelle ne fonctionnait pas et qu’il fallait en changer, sans réussir pourtant à ébranler la détermination d’un George W. Bush certain de la " victoire ". Obstination ? Bob Woodward n’écrit-il pas, dans son dernier livre " State of Denial ", que le Président aurait déclaré que, même s’il n’était plus soutenu que par sa femme, Laura, et par son chien, Barney, il ne changerait pas de direction sur l’Irak !

Le nouveau Congrès dominé par les démocrates n’entrera en fonction qu’au mois de Janvier 2007 et, d’ici là, Georges W. Bush gardera, avec ses amis républicains, une confortable maîtrise de tout acte législatif et du travail des commissions qui divergeraient par trop de sa propre volonté. Quand le nouveau Congrès entrera en fonction, il disposera encore du droit de veto présidentiel et de " l’executive order " qui lui permet de passer outre le Congrès. Il restera aussi, comme Président, l’arbitre-en-chef de la politique étrangère et de la politique de sécurité nationale et le commandant-en-chef des forces armées.

Une politique d’opposition systématique du nouveau Congrès, utilisant tous ses pouvoirs d’investigations, de citation, d’interrogation et de contrôle direct de l’administration Bush, pourrait d’ailleurs se révéler, comme toute tentative d’impeachment, plus contre-productive que vraiment utile aux intérêts de la nouvelle majorité du Congrès dans une période où démocrates comme républicains vont se focaliser sur la prochaine échéance présidentielle en évitant soigneusement tout risque de discrédit auprès des électeurs.

C’est d’ailleurs ce que laissait entendre au lendemain des élection Robert Kagan, du Carnegie Endowment, qui relevait que pour ce qui concerne la politique étrangère, " le scénario préféré des européens – un Bush entravé – est moins probable que son alternative – un Bush libéré.  Le Président Bush n’a pas le souci d’être élu en 2008 et va apparaître comme ne pensant plus qu’à sa place dans l’histoire. Cela peut l’amener à agir dans la voie que souhaitent les européens, une diplomatie multilatérale vigoureuse sur l’Iran et la Corée du Nord. Mais il peut aussi aller dans une direction qu’ils trouveront inquiétante si cette diplomatie échoue ".

Flexibilité ? Obstination ? L’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder, dans les bonnes pages déjà diffusées de son autobiographie, rappelait il y a peu combien il avait été frappé, lors de ses entretiens avec George W. Bush, de ce que le Président américain affirmait se situer en permanence en symbiose avec une instance divine et semblait ne prendre ses décisions politiques qu’après discussion avec Dieu. Le problème pourrait donc être juste de savoir quelles sont aujourd’hui, entre flexibilité et obstination, les intentions divines !

George W. Bush l’a déjà dit, il ne laissera pas l’Iran au prochain Président des Etats-Unis et solutionnera le problème iranien avant de quitter la présidence. La période à venir pourrait donc s’avérer être celle de tous les dangers avec un Président des Etats-Unis peut-être de plus en plus isolé de la scène politique américaine, toujours persuadé que sa propre intelligence, en symbiose avec celle de Dieu, dépasse celle de tous les experts réunis et n’ayant plus d’autres objectifs que celui de prouver, y compris à son père, qu’il est bien infaillible !

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