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Tag - Mahmoud Ahmadinejad

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vendredi 16 juin 2006

Repères 16/06/06 - La lutte de pouvoir s'intensifie en Iran

AN INTENSIFYING LEADERSHIP STRUGGLE

With elections for Iran's powerful Assembly of Experts just months away - and with the post of Supreme Leader potentially hanging in the balance - the political jockeying between the contenders is heating up. During an early-June speech in the Iranian center of Qom, Expediency Council chairman (and former president) Ali Akbar Hashemi Rafsanjani was publicly heckled by supporters of the Ayatollah Mohammad Taghi Mesbah-Yazdi. The disruption, which resulted in the arrest of several of Mesbah-Yazdi's followers, appears to have everything to do with politics; observers say that Mesbah-Yazdi, the spiritual mentor of Iranian president Mahmoud Ahmadinejad, could be positioning himself for a power grab in the Assembly elections.

Mesbah-Yazdi may be in for a serious fight, however. In a thinly-veiled threat against the firebrand cleric, the Jomhiuri Islami newspaper, which is affiliated with the regime's security forces, has warned that unless he is careful Mesbah-Yazdi could end up meeting the same fate as previous political opponents of the regime, such as the Ayatollahs Shariatmadari and Montazeri. (Tehran Rooz, June 15, 2006)

 

dimanche 30 avril 2006

Analyse 30/04/06 - Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad

Analyse 30/04/06 - Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad

Les paroles incendiaires et définitives du Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, font depuis bientôt un an la une de la presse internationale et leur rhétorique rythme les comptes-rendus journalistiques et académiques des confrontations Iran-Europe et Iran-Etats-Unis sur le dossier nucléaire. Mahmoud Ahmadinejad n’est pourtant pas en charge des politiques étrangères, de sécurité et nucléaire de l’Iran et ses paroles extrêmes ne doivent pas masquer les positions plus nuancées des véritables pouvoirs encore en charge à Téhéran.

C’est en effet le « Guide suprême » iranien, l’Ayatollah Ali Khameini, qui prends les décisions ultimes en matière de sécurité et de politique étrangère, incluant la politique nucléaire iranienne, étant toutefois lié au consensus du « Conseil Suprême de Sécurité Nationale » qui détermine les politiques de sécurité et de défense nationale dans le cadre fixé par le Guide Suprême et dont le Secrétaire, Ali Larijani, est nommé par le Guide Suprême et ne réponds qu’à lui. C’est d’ailleurs Ali Larijani qui est en charge des négociations avec la communauté internationale concernant le dossier nucléaire, et non Mahmoud Ahmadinejad, et ce dernier ne dispose pas de la majorité des voix des douze membres du Conseil de Sécurité iranien.

Ali Akbar Rafsandjani, numéro deux du régime, Ali Larijani, tout comme le Dr Hasan Rowhani, autre membre du Conseil de Sécurité iranien également nommé par l’Ayatollah Ali Khameini, ou Javad Zarif, représentant iranien à l'ONU, ont récemment multiplié les signaux indiquant que l’Ayatollah Ali Khameini souhaitait des négociations directes avec Washington sur le dossier nucléaire. Le Président « élu » Mahmoud Ahmadinejad n’a donc certainement pas les pouvoirs de ses menaces et il n’est, pour s’en convaincre,  que de rappeler que le système institutionnel iranien combine les éléments d’une théocratie islamique, dont n’est pas Mahmoud Ahmadinejad, avec un semblant de démocratie. Un réseau d’institutions non-élues, dominé par le pouvoir tout puissant d’un « Guide Suprême » est contrebalancé par un Président et un Parlement élus par le peuple mais dont les pouvoirs sont fortement limités.

A la tête de l’Etat est en effet le « Guide suprême », membre premier de la théocratie islamique et des institutions élues ou non élues qui dirigent l’Iran. Son rôle constitutionnel est fondé sur les idées de l’Ayatollah Khomeini qui l’a placé au sommet de la structure du pouvoir. Le Guide Suprême, actuellement l’Ayatollah Ali Khameini, désigne et nomme les membres du « Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime » (appelé aussi le Conseil de discernement ou Expediency Council), la tête du « Pouvoir Judiciaire », six des membres du très puissant « Conseil des Gardiens », le Secrétaire du « Conseil Suprême de Sécurité Nationale », les Commandants de l’ensemble des « Forces Armées », les Chefs de la Prière du Vendredi et les Dirigeants de la Radio et de la Télévision. Il confirme également le Président élu. Le Guide Suprême est choisi par le « Conseil des Experts » parmi ses membres.

Le « Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime » est un corps consultatif pour le Guide Suprême avec un pouvoir de décision ultime en cas de désaccord sur la législation entre le Parlement et le Conseil des Gardiens. Le Guide Suprême désigne et nomme ses membres qui sont d’éminentes personnalité du monde religieux, social ou politique. En Octobre 2005, le Guide Suprême a donné au Conseil des pouvoirs de surveillance sur toutes les branches du Gouvernement, lui déléguant une partie de sa propre autorité et faisant de son chef, l’ancien Président Ali Akbar Rafsandjani (battu aux dernières élections présidentielles par Mahmoud Ahmadinejad), le numéro deux dans la hiérarchie du régime.

Les membres du « Conseil des Gardiens » sont nommés pour six ans et par moitié tous les trois ans. Ils consistent en six théologiens désignés par le Guide Suprême et six juristes désignés par le Pouvoir Judiciaire et approuvés par le Parlement. Le Conseil des Gardiens doit approuver tous les projets de loi votés par le Parlement et a un pouvoir de veto s’il considère qu’ils sont incompatibles avec la constitution et la Loi islamique. Le Conseil des Gardiens peut aussi refuser tout candidat aux élections au Parlement, à la Présidence ou au Conseil des Experts. Le Conseil des Gardiens est actuellement contrôlé par les conservateurs proches du Guide Suprême.

Le « Pouvoir Judiciaire » iranien n’est pas indépendant du politique. Précédemment tenu par le clergé, il a été sécularisé, mais après la révolution la Court Suprême a révoqué toutes les lois précédentes considérées comme non-islamiques. Les nouvelles lois sont basées sur la Sharia. Le Pouvoir Judiciaire s’assure que les lois sont respectées et définit la politique légale. Il désigne et nomme également les six membres juristes du Conseil des Gardiens. La tête du Pouvoir Judiciaire, actuellement l’Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, est désigné et nommé par le Guide Suprême et ne répond que du Guide Suprême auquel il rapporte.

Le « Conseil Suprême de Sécurité Nationale » détermine les politiques de sécurité et de défense nationale dans le cadre fixé par le Guide Suprême, coordonne les activités politiques, de renseignement, sociales, culturelles et économiques en relation avec les politiques de sécurité et de défense nationale, et exploite les ressources matérielles et non-matérielles du pays pour faire face aux menaces internes et externes. Il est composé d’une douzaine de membres parmi lesquels deux représentants nommés directement par le Guide Suprême et les chefs des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le Secrétaire du Conseil Suprême de Sécurité Nationale est nommé par le Guide Suprême et ne répond qu’à lui.

Les « Forces Armées » comprennent les Gardiens de la Révolution et les Forces Régulières, tous deux étant sous commandement unifié. Tous les officiers dirigeants sont désignés et nommés par le Guide Suprême et ne répondent qu’à lui. Les Gardiens de la Révolution ont été créés après la révolution pour protéger les nouvelles institutions et leurs chefs et pour combattre tous les opposants à la révolution. Ils ont un pouvoir très puissant au sein des autres institutions et contrôlent les milices (Basij) présentes dans chaque ville. Mahmoud Ahmadinejad est un ancien officier des Gardiens de la Révolution et un ancien leader des Basij.

Le « Président », actuellement Mahmoud Ahmadinejad, est élu pour quatre ans et ne peut rester en fonction plus de deux termes consécutifs. Il est à la tête de la branche exécutive du pouvoir et a la responsabilité d’assurer l’application de la Constitution. En pratique, cependant, ses pouvoirs sont circonscrits par le Clergé et par l’autorité du Guide Suprême. C’est le Guide Suprême, et non le Président, qui contrôle les forces armées et prends toutes décisions en matière de sécurité de défense et de politique étrangère. Tous les candidats à l’élection présidentielle doivent obtenir l’assentiment du Conseil des Gardiens. Les membres du « Cabinet », ou Conseil des Ministres, sont désignés par le Président. Ils doivent être approuvés par le Parlement. Le Parlement peut aussi mettre en accusation les Ministres. Le Cabinet est dirigé par le Président ou son premier vice-Président qui est responsable pour les affaires du Cabinet.

Les 290 membres du « Majlis », ou « Parlement », sont élus tous les quatre ans par le peuple. Le Parlement a pouvoir de présenter et voter les Lois et de convoquer ou mettre en accusation les Ministres et le Président. Cependant, toutes les Lois votées par le Parlement doivent être approuvées par le Conseil des Gardiens.

Le « Conseil des Experts » a pour responsabilité de nommer le Guide Suprême, de contrôler ses performances et de le renvoyer si il est considéré comme incapable d’assumer ses devoirs. L’élection directe des 86 membres du Conseil des Experts se tient tous les huit ans, la prochaine ayant lieu en Octobre 2006. Ses membres sont élus pour huit ans et seul un membre du Clergé peut être élu, les candidats pouvant être rejetés par le Conseil des Gardiens. Le Conseil est actuellement dominé par les conservateurs tels son Président, l'Ayatollah Ali Meshkini, et son adjoint, Akbar Hashemi-Rafsanjani (par ailleurs Président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime).

La prochaîne élection du Conseil des Experts sera cruciale car les ultra-conservateurs proches du Président Mahmoud Ahmadinejad pourraient renouveler leur succès des dernières élections présidentielles et faire élire un nouveau Guide suprême beaucoup plus proche de Mahmoud Ahmadinejad. Le Conseil des Experts est la véritable clé de voûte du système dont un ministre décrivait ainsi la circularité : « c’est un cercle… le peuple élit le Conseil des Experts mais seuls les religieux peuvent concourir. Le Conseil des Experts élit le Guide Suprême. Le Guide Suprême élit le Conseil des Gardiens. Le Conseil des Gardiens filtre les candidats aux élections présidentielles et parlementaires [et au Conseil des Experts] et le peuple croit qu’il peut élire n’importe qui ».


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lundi 17 avril 2006

Analyse 17/04/06 - Guerres de palais à Téhéran

Analyse 17/04/06 - Guerres de palais à Téhéran

En révélant aux iraniens, le 10 Avril, qu’il leur annoncerait une " bonne nouvelle " nucléaire d’ici quelques jours, le Président Mahmoud Ahmadinejad ne s’attendait peut-être pas à être doublé par son rival des dernières élections présidentielles ! C’est effectivement celui-ci, Ali Akbar Rafsandjani, qui, dès le lendemain et le premier, diffusera l’information selon laquelle l’Iran avait successivement enrichi de l’uranium, dans une interview donnée à Téhéran à la Kuwait News Agency. Quelques heures plus tard, Mahmoud Ahmadinejad emphatisera la même annonce dans un discours télévisé prononcé dans la ville sainte de Mashad en déclarant " que l’Iran a rejoint le club des puissances nucléaires ".

Le quotidien ultra-conservateur Kayhan, a titré sa une d’un retentissant " Echec et mat à l'Occident ", félicitant le Président comme les autres journaux conservateurs. Les journaux réformateurs, quant à eux, dénoncent la récupération et insistent sur le rôle des gouvernements passés et notamment sur celui du précédent Président, le réformateur Mohammad Khatami " qui est à l'origine de cette bonne nouvelle pour notre pays, mais l'homme a toujours fait preuve d'humilité et de sagesse. Il ne se met pas en avant pour souligner que c'est lui qui a mis ces programmes en œuvre " (quotidien réformateur Aftab-e Yazd). L’ancien président réformateur ne s’était pas représenté à l’élection Présidentielle de Juin 2005, laissant le conservateur " pragmatique " Ali Akbar Rafsandjani, à qui il avait lui même succédé en 1997, apparaître comme réformateur face à l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui sera élu à la surprise des occidentaux.

Mohammad Khatami, le réformateur, et Ali Akbar Rafsandjani, le conservateur, ont eu ces derniers temps des relations de plus en plus tendues avec Mahmoud Ahmadinejad, l’ultra-conservateur, notamment depuis que du matériel d’écoute a été découvert dans plusieurs bureaux très proches du Président, dans plusieurs Ministères dont ceux de l’Intérieur et des Affaires étrangères (la nouvelle est parue le 22 Mars dans le très conservateur hebdomadaire Tehran Ya Lesarat ol-Hoseyn et n’a pas encore filtré dans la presse internationale). Depuis la chasse est ouverte à Téhéran avec la recherche effrénée d’autres micros cachés et de ceux qui ont commandité leur installation. Les premières pistes semblent remonter à la rue Somayyeh qui mène aussi bien à l’Hôtel Marmar, un des lieux de rencontre préféré entre les dignitaires du régime et leurs informateurs, à une des prisons secrètes du Ministère de l’Information et de la Sécurité et surtout au siège du Mosharekat, le parti réformateur de Mohammad Khatami.

La théocratie iranienne se livre en effet, derrière son apparence monolithique, à une véritable guerre des clans, des pouvoirs et des palais. Après l’élection de l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, le Guide suprême, l’Ayatollah conservateur Ali Khamenei, a voulu soutenir le nouveau Président, sans doute pour contrer le très puissant Ali Akbar Rafsandjani, conservateur trop proche des réformateurs, qui, bien que sévèrement battu par Mahmoud Ahmadinejad, restait un des piliers du régime des mollahs et qui, disait-on dans les cercles du pouvoir, envisageait peut-être de succéder lui-même à l’Ayatollah Ali Khamenei. Conservateurs et ultra-conservateurs ne devaient-ils pas rester alliés contre les " traîtres " conservateurs-réformateurs qui avaient déjà failli, sous la Présidence de Mohammad Khatami, miner la révolution islamique de l’intérieur en montrant une trop grande tolérance envers les dissidents !

Mais à peine élu, le nouveau Président, théoriquement numéro deux du régime, décide d’ordonner un audit des finances publiques et menace d’en révéler les résultats qui indiqueraient que 120 des 600 milliards de dollars de revenus pétroliers encaissés par l’Iran depuis le début de la révolution islamique de 1979 n’auraient " pas été correctement comptabilisés ". Le nouveau Président fait également savoir que les mollahs du régime sont compromis et qu’ayant ainsi exploité le système pour devenir richissimes ils ne peuvent plus partager les aspirations révolutionnaires des masses pauvres.

Le nouveau Président veut aussi augmenter considérablement les dépenses de l’Etat, notamment au profit des Gardiens de la Révolution, dont il est un des anciens officiers, et du Basij (mouvement de jeunesse semi-militaire), dont il est un des anciens leaders. Il se livre à de véritables purges au sein du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère des Finances pour y placer des proches, tous anciens des Gardes de la Révolution ou des services de renseignement. Mahmoud Ahmadinejad veut également remplacer vingt-neuf des trente Gouverneurs Généraux des Provinces, la moitié des Gouverneurs et la plupart des hauts fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur par des proches, tous issus des services de sécurité ou de renseignement.

Mahmoud Ahmadinejad, enfin, déclare vouloir que le régime revienne aux sources de la révolution khomeyniste et adopte le pacte qu’il a, dit-il, lui-même signé avec le Mahdi, l’Himam caché, l’attendu douzième Himam de la religion chiite dont le retour, toujours d’après Mahmoud Ahmadinejad, serait imminent pour apporter la justice dans le monde. Exit le pouvoir des Mollahs ! Exit le pouvoir du peuple ! Comme le dira plus tard l’Ayatollah Taqi Mesbah, un des proches de Mahmoud Ahmadinejad, " le gouvernement requiers uniquement l’approbation de Dieu ".

" L’ Ayatollah Mesbah est un extrémiste " dira un des proches de l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême, qui craint dorénavant lui-même de se voir remplacé par le mentor de Mahmoud Ahmadinejad, l’Ayatollah Mesbah Yazdi. L’Ayatollah Mesbah Yazdi est la personnalité religieuse dominante du groupe ultra-conservateur militariste fondamentaliste qui détient aujourd’hui la Présidence et regroupe les membres de la sécurité, notamment les Gardiens de la Révolution, le Basij (mouvement de jeunesse semi-militaire) et les services de renseignement. C’est lui qui a fait le résultat de l’élection à la présidence en émettant une fatwa ordonnant aux supposés 20 millions de membres des Basij de voter pour Mahmoud Ahmadinejad. Il voudrait mettre en place " l’Islam réel ", tel qu’il le voit, dans un " kelafat " (califat). Il proclame lui aussi être en lien direct avec le Madhi et être capable de convertir toute l’Amérique au chiisme. L’Ayatollah Mesbah Yazdi dirige notamment l’" Institut d’Education et de Recherche de l’Imam Khomeini ", une très influente école théologique (hawza) de la ville sainte de Qom, et est un des fondateurs de l’influent " Institut religieux Haghani " qui a formé nombre de Ministres et collaborateurs de Mahmoud Ahmadinejad. Outre Mahmoud Ahmadinejad, l’Ayatollah Mesbah Yazdi a ainsi pour disciples Mojtaba Hashemi Samareh, un des plus proches conseiller du Président au Ministère des Affaires Etrangères, ancien Garde de la Révolution comme lui et ancien des services de renseignement, et plusieurs anciens ou actuels dirigeants du Ministère du Renseignement et de la Sécurité, tels Ali Fallahian, Ali Younesi, et Gholam Hossein Mohseni Ezhei.

Le Guide Suprême n’a pas tardé à réagir (ou à accepter de réagir) et, corrigeant son erreur, à se rapprocher d’Ali Akbar Rafsandjani pour réduire l’influence du groupe ultra-conservateur militariste fondamentaliste. Il a ainsi étendu en Octobre 2005 les pouvoirs d’Ali Akbar Rafsandjani, président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime (appelé aussi le Conseil de Discernement). Le Conseil supervise désormais la politique du régime et Ali Akbar Rafsandjani en est ainsi devenu le numéro deux et en supervise trois des quatre branches : sur le plan hiérarchique, il se trouve maintenant au-dessus du nouveau Président Mahmoud Ahmadinejad, du Président du Majlis (Parlement), Gholam-Ali Hadad-Adel, et de l’Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, qui dirige le système judiciaire (le seul à rester au-dessus de Ali Akbar Rafsandjani est, bien sûr, l’Ayatollah Ali Khamenei lui-même, Guide suprême et chef de l’Etat).

Une des premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une fois ses pouvoirs renforcés à la tête du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime, a été de nommer le président sortant, le réformateur Mohammed Khatami, à la tête du " Conseil Suprême du Centre d’Etudes Stratégiques du Conseil de Discernement ", le ramenant ainsi sur le devant de la scène. Dans l’ombre, Ali Akbar Rafsandjani a également mis tout son poids politique et économique dans l’opposition du Majlis (Parlement) qui a défié le nouveau Président sur nombre de ses nominations, rejetant notamment trois de ses candidats successifs au poste de Ministre du Pétrole, et sur son budget, ne le votant qu’après de violentes critiques. La bataille fait encore rage au sein du Majlis sur les nominations de Mahmoud Ahmadinejad dans les Provinces iraniennes, nominations dont certains relèvent qu’elles créent une " nouvelle élite " non-cléricale qui pourrait influencer les prochaines élections.

Ali Akbar Rafsandjani et Mohammad Khatami ont également cherché à adoucir les propos tenus par Mahmoud Ahmadinejad sur la prochaine destruction d’Israël. Si ils soutiennent la position " ultra " de Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce que c’est le Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, qui le premier a déclaré que le programme nucléaire iranien était " irréversible " et qu’eux même estiment que l’Iran a droit à développer un programme nucléaire civil, ils craignent que la position inflexible développée par Mahmoud Ahmadinejad en politique étrangère et sur le dossier nucléaire n’isole encore un peu plus l’Iran sur la scène internationale, dans un nationalisme qui ne ferait que renforcer encore le clan ultra-conservateur. Ils craignent également que la position tout aussi inflexible de l’Administration Bush, dont l’objectif reste un " changement de régime " en Iran, ne fasse que renforcer un peu plus l’image de " héros " déjà attribuée à Mahmoud Ahmadinejad. Ali Akbar Rafsandjani ne peut de plus que craindre, comme nombre de Mollahs dont le business est florissant, de perdre beaucoup en cas de sanctions économiques décidées par le Conseil de Sécurité (les investissements internationaux d’Ali Akbar Rafsandjani sont connus pour être nombreux et couvrir la planète entière). Le parti réformateur de Mohammad Khatami n’appelait-il pas, d’ailleurs, le 20 Mars dernier, à un " gel " du programme nucléaire et à un " dialogue " avec les Etats-Unis et l’Ayatollah Ali Khamenei ne dérogeait t-il pas lui-même, le 21 Mars, à un décret de l’Ayatollah Ruhollah Khomeini datant de 1979, interdisant toute négociation directe avec le " Grand Satan ", pour accepter l’ouverture de négociations officielles avec les Etats-Unis sur l’Irak (L’Ayatollah Ali Khamenei avait déjà tenté d’ouvrir, avec les Etats-Unis, des négociations secrètes sur le nucléaire en 2003, négociations avortées par un veto des néocons).

Certains évoquent même l’ombre d’Ali Akbar Rafsandjani dans le possible sabotage d’un avion Falcon qui s’est écrasé le 11 Janvier, entraînant dans la mort onze des plus hauts gradés du Corps des Gardiens de la Révolution tous proches de Mahmoud Ahmadinejad. Mais un autre événement, à la même époque, a également attiré l’attention des observateurs. Lors d’une visite dans la ville de Mashad, le 19 Janvier, Ali Akbar Rafsandjani a soudainement interrompu son voyage pour rentrer de toute urgence à Téhéran et y rencontrer l’Ayatollah Ali Khamenei. Quelques jours après, le 29 Janvier, Ali Akbar Rafsandjani se rendait au cœur du chiisme iranien, à Qom, où il rencontrait successivement 11 des 14 Grands Ayatollahs du régime. Certains y ont vu le signe d’une recherche de consensus pour un changement majeur de politique dans le dossier nucléaire. D’autres ont rapproché l’événement de la prochaine élection, cet été ou à l’automne, qui doit renouveler le " Conseil des Experts "

L’élection est cruciale car c’est le Conseil des Experts qui choisit, contrôle, et peut même renvoyer le tout puissant Guide Suprême. Il est constitué de 86 membres élus au suffrage universel, seuls pouvant se présenter les membres du clergé. C’est la clé de voûte du système dont un ministre décrivait ainsi la circularité : " c’est un cercle… le peuple élit le Conseil des Experts mais seuls les religieux peuvent concourir. le Conseil des Experts élit le Guide Suprême. Le Guide Suprême élit le Conseil des Gardiens. Le Conseil des Gardiens filtre les candidats aux élections présidentielles et parlementaires [et au Conseil des Experts] et le peuple croit qu’il peut élire n’importe qui ".

Le groupe dominant du Conseil des Experts actuel est constitué de mollahs ayant d’importants intérêts dans le business et des liens anciens avec le Guide Suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, et les deux anciens Présidents, Ali Akbar Rafsandjani et Mohammad Khatami. Un changement de majorité pourrait bouleverser la donne actuelle du régime et, en cas de poussée ultra-conservatrice comme lors des dernières élections présidentielles, conduire à la destitution pure et simple du Guide Suprême actuel, l’Ayatollah Ali Khamenei. Par contre, si le Guide Suprême actuel, l’Ayatollah Ali Khamenei, réussit, avec l’aide d’Ali Akbar Rafsandjani et de Mohammad Khatami, à maintenir la majorité actuelle, il serait parfaitement en son pouvoir de démettre le Président Mahmoud Ahmadinejad à la moindre nouvelle incartade !

Et l’Ayatollah Ali Khamenei, comme Ali Akbar Rafsandjani et Mohammad Khatami, ne peut qu’être inquiet car il est maintenant certain que le mentor de Mahmoud Ahmadinejad, l’Ayatollah Mesbah Yazdi, convoite son poste de Guide Suprême. Il a en effet appris que l’Ayatollah Mesbah Yazdi a annulé ses cours habituels du Séminaire Théologique de Qom pour mettre en place des classes spéciales à l’attention de ses disciples pour les préparer à être candidats à l’élection du nouveau Conseil des Experts. Il a aussi appris que l’Ayatollah Mesbah Yazdi a ouvert un programme spécial à cette intention à l’Institut d’Education et de Recherche de l’Imam Khomeini et que Parviz Dawoodi, le premier adjoint de Mahmoud Ahmadinejad, y enseigne l’économie tandis que Mohammad Niazi, patron de l’Inspection de l’Etat et ancien patron des Tribunaux Militaires y enseigne le droit.

l’Ayatollah Ali Khamenei est d’autant plus inquiet qu’il sait que l’Ayatollah Jannati, qui est à la tête du Conseil des Gardiens, est un des plus proches amis et alliés de l’Ayatollah Mesbah Yazdi, l’ayant notamment aidé à fonder l’Institut Religieux Haghani, et que le Conseil des Gardiens a tout pouvoir de veto sur les candidats au Conseil des Experts. L’Ayatollah Jannati pourrait ainsi tenter d’éliminer tous les candidats qui ne seraient pas disposés à élire l’Ayatollah Mesbah Yazdi comme prochain Guide Suprême.

Et l’Ayatollah Ali Khameini craint par dessus tout que l’Ayatollah Mesbah Yazdi n’use de ses pouvoirs religieux pour l’éliminer, en lançant une nouvelle fatwa comme il l’a déjà fait pour favoriser l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. Le coup serait imparable car Ali Khameini n’a pas, quant à lui, ce pouvoir de lancer des fatwas, n’ayant pas un rang assez élevé dans la hiérarchie religieuse chiite. En 1989, à la mort de l’Ayatollah Ruhollah Khomeini, la Constitution de la République Islamique imposait un minimum de conditions religieuses pour postuler au titre de Guide Suprême. Ali Khameini n’était pas " Mujtahed " et ne pouvait donc émettre de fatwas. Et seuls les Ayatollahs pouvant émettre des fatwas pouvaient être élus Guide Suprême. Le Conseil des Experts avait passé outre en attendant une modification de la Constitution et avait élu Ali Khameini.


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vendredi 20 janvier 2006

Analyse 20/01/06 - Quelles options sur l’Iran ?

Analyse 20/01/06 - Quelles options sur l’Iran ?

Lors de la découverte, en Août 2003, du programme nucléaire clandestin mené par l’Iran, le Président d’alors, le réformateur Mohammed Khatami, apparaissait comme un interlocuteur disposé à négocier et avec qui un accord signé présenterait des garanties suffisantes pour la communauté internationale. Le régime iranien d’alors s’employait même à trouver des solutions qui lui permette de renouer des relations diplomatiques avec Washington. L’Iran n’était-elle pas, malgré quelques alliances cachées avec la nébuleuse terroriste, la seule puissance régionale sur laquelle devaient s’appuyer les Etats-Unis et l’Europe pour parvenir à une stabilisation durable du Moyen-Orient ? Après Mohammed Khatami, les Etats-Unis et l’Europe comptaient sur Ali Akbar Hachémi-Rafsjandjani, candidat préféré des chancelleries occidentales aux élections présidentielles de Juin 2005, pour trouver un compromis sur le programme nucléaire iranien et réintroduire l’Iran dans la communauté internationale.

Le nouveau Président élu en Juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, ultra-islamiste populiste et dur parmi les durs du régime, n’a quant à lui aucune considération pour les accords internationaux et encore moins pour un dialogue avec le " Grand Satan ". Avec la crise nucléaire et ses déclarations fracassantes sur Israël il a même, en très peu de temps, mis fin à toute velléité de négociation ou de rapprochement et réussi l’exploit de rassembler dans la surenchère les plus hauts caciques du régime des mollahs avec qui il dispute pourtant un pouvoir contesté.

La rupture des négociations avec la troïka européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni) et la reprise du programme de recherche nucléaire iranien ouvrent-elles pour autant de nouvelles options, sanctions internationales ou escalade militaire, à la communauté internationale qui ne peut en aucun cas envisager l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad doté d’armes nucléaires ?


L’option sanctions, ou le baril à 100$

La menace de saisine du Conseil de Sécurité n’a eu aucun effet sur la position iranienne dans les négociations engagées avec la troïka européenne et la rupture de ces négociations, comme l’intention ferme de saisine du Conseil de Sécurité ne semblent pas plus ébranler Téhéran. Mahmoud Ahmadinejad, le nouveau Président, s’est même fait menaçant : " Vous avez besoin de nous plus que nous avons besoin de vous… Si vous voulez dénier nos droits, nous avons les moyens de sécuriser ces droits ". L'Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême qui a le dernier mot sur les affaires de l'Etat, vient, lui aussi, de confirmer la position iranienne : " La République islamique, forte de ses principes et sans crainte de l'agitation, poursuivra sur la voie de ses développements scientifiques et le monde ne peut influer sur la détermination du peuple iranien … Nous ne cherchons pas à nous doter d'armes nucléaires et l'Occident le sait parfaitement, parce que ce serait contraire aux intérêts politiques et économiques du pays et contraire aux préceptes de l'islam ". Avant lui, Ali Akbar Hachémi-Rafsjandjani, ex-candidat préféré des chancelleries occidentales nommé à la tête du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime par l'Ayatollah Ali Khamenei pour contrer Mahmoud Ahmadinejad, avait été encore plus clair : "La politique coloniale traditionnelle de l’Ouest a été de maintenir le tiers-monde et le monde islamique plusieurs pas derrière… Même s’ils détruisent nos scientifiques, leurs successeurs continueront le travail… Il ne sera pas facile pour eux de résoudre le problème en imposant des sanctions… S’ils provoquent un quelconque trouble, ils le regretteront ".

Programme nucléaire exclusivement civil ? Téhéran aurait alors le droit international à ses côtés puisque le Traité de non-prolifération nucléaire donne à ses signataires, dont l’Iran, un " droit inaliénable ", sous contrôle, de développer recherche, production et utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Mais les occidentaux, bien qu’aucune preuve n’ait été avancée, sont au contraire tout à fait persuadés que le programme nucléaire iranien a des ambitions plus militaires que civiles et que l’Iran veut se doter de l’arme nucléaire et des capacités balistiques d’atteindre l’Europe, surtout depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad. Nombre d’experts pensent d’ailleurs que Téhéran a utilisé, dans ses négociations avec la troïka européenne, une stratégie délibérée, chaque pas de l’Iran étant destiné à jauger les réactions occidentales, puis, en cas de non-réaction ou de non-punition, le considérer comme acquis et sauter au pas suivant. L’Iran pouvait espérer ainsi faire durer les négociations au fur et à mesure de ses avancées dans ses ambitions nucléaires… jusqu’au fait accompli, sachant que les membres du Conseil de Sécurité, une fois saisis, mettraient encore énormément de temps à se mettre d’accord sur d’éventuelles sanctions. Après la rupture des négociations avec la troïka européenne Téhéran prétends d’ailleurs vouloir encore " dissiper par la discussion et la négociation les ambiguïtés actuelles au sujet de son programme nucléaire pacifique ".

Saisine du Conseil de Sécurité ? Sanctions ? Bien que Téhéran espère toujours un veto de la Russie, dont la position se rapproche pourtant de plus en plus de celle des occidentaux, et semble croire fermement en celui de la Chine qui appelle à l’apaisement malgré les pressions, la saisine effective du Conseil de Sécurité et la mise en place de sanctions auront-elles un quelconque effet sur les ambitions du pouvoir iranien ? C’est très peu probable même si la Secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, déclarait récemment " il y a une variété d’options, une variété d’outils à la disposition de la communauté internationale à partir du moment où [le dossier] est soumis au Conseil de Sécurité ".

Renforcer les pouvoirs de contrôle de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique ? Interdire les dignitaires du pouvoir iranien de tout déplacement ? Mettre en place un embargo économique (et donc pétrolier) ? Sans attendre une encore très hypothétique décision de sanctions, l’Iran a déjà commencé à distiller des menaces à peine voilées par la voix de son Ministre de l’économie, Davoud Danesh-Jaafari : " Toute perturbation dans la situation économique et politique du pays peut mettre en crise la situation régionale et faire augmenter le prix du pétrole au delà de ce qu'attendent les occidentaux ". Nul doute, en effet, que la communauté internationale appréhende les conséquences de l’arme des sanctions qui pourrait être à double tranchant. L’Ayatollah Ali Khamenei ne déclarait-il pas déjà, en 2002, que " si l’occident ne reçoit plus de pétrole, ses usines vont grincer jusqu’à l’arrêt et ceci pourrait ébranler le Monde ".

L’Iran est hautement dépendant des pétrodollars, ses exportations étant constituées à 80% de gaz et de pétrole, et ses revenus pétroliers ont atteint 40 milliards de dollars en 2005, en croissance de 25% sur l’année précédente. Un embargo pétrolier aurait donc des conséquences très importantes sur l’économie iranienne et pourrait plonger le pays dans une cascade de mécontentements sociaux. L’effet boomerang serait en contrepartie tellement important sur les marchés du gaz et du pétrole que Téhéran est fondé à penser disposer d’une assurance tout risque contre un tel embargo. L’Iran pourrait d’ailleurs avoir largement anticipé l’éventualité de sanctions politiques et économiques à son encontre en signant ces dernières années de multiples contrats d’approvisionnement pétroliers et gaziers qui sont aujourd’hui autant de boucliers contre de telles sanctions. Le Japon absorbe en effet aujourd’hui 18,4% des exportations iraniennes et la Chine 9,7%. L’an dernier un consortium japonais a signé un accord pour le développement des champs pétroliers iraniens d’Azadegan qui devraient représenter à terme 6% des importations pétrolière nippones. Chine et Iran ont signé l’année dernière un accord d’investissement de 100 milliards de dollars sur 25 ans dans l’industrie pétrolière et gazière iranienne. L’Iran, qui fournit déjà à la Chine 13,6% de ses importations de pétrole, exportera chaque année 10 millions de tonnes de gaz naturel vers la Chine à partir de 2009 et la National Iranian Oil Company a par ailleurs offert à China Petroleum & Chemical Corporation une participation de 50% dans le champ pétrolier encore inexploité de Yadavaran, participation qui s’ajoute à celle, 20%, déjà acquise à China National Petroleum Corporation. Pékin espère aussi s'associer à un projet d'oléoduc traversant l'Iran jusqu'à la mer Caspienne (où pourrait ensuite s’établir une connexion avec un autre oléoduc reliant le Kazakhstan à la Chine occidentale). L'objectif affiché de Téhéran est de hisser la Chine au rang de premier acheteur de son pétrole et de son gaz, en lieu et place du Japon, et la Chine, qui estime que ses importations énergétiques en provenance d’Iran sont essentielles à sa croissance économique, a déjà annoncé qu’elle s’opposerait à toute décision de sanction par le Conseil de Sécurité. L’Inde, contre la volonté américaine, renforce également à grand pas ses liens avec l’Iran, notamment dans un projet de pipeline. L’Iran est par ailleurs le second plus important producteur de pétrole de l’OPEC, après l’Arabie Saoudite, et détient environ 10% des réserves pétrolières mondiales. L’Iran détient aussi les deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel après la Russie. Dans ces conditions, l’influence de l’Iran sur l’économie mondiale paraît lui assurer de sérieuses garantie car toute baisse de ses exportations pétrolières et gazières aurait des conséquences très importante sur le marché mondial. La simple hypothèse de sanctions économiques contre l’Iran est un des facteurs qui maintiennent actuellement le prix du baril à environ 65 dollars. Les cyclones américains de l’automne ont propulsé le prix du baril à 70,85 dollars fin Août dernier, impactant très fortement la crise énergétique. Qu’en serait-il en cas d’absence de tout ou partie de la production pétrolière iranienne ? Certains experts n’hésitent pas à estimer que le prix du baril pourrait dépasser allègrement les 100 dollars en cas d’arrêt des exportations iraniennes, aucun producteur n’étant actuellement capable de se substituer à l’offre iranienne. Des études et simulations récentes ont par ailleurs montré que si les 2,5 millions de barils que l’Iran exporte chaque jour manquaient au marché, les conséquences en seraient considérables sur l’économie américaine : le prix de l’essence pourrait doubler tandis qu’un million d’emplois seraient perdus et que le déficit courant pourrait largement dépasser 1 milliard de dollars.

Certains analystes notent d’ailleurs que le simple fait de menacer l’Iran de sanctions pourrait inciter quelques-uns des extrémistes qui la dirigent, dont au premier chef l’imprévisible Président Mahmoud Ahmadinejad, à une décision stratégique de rupture pure et simple des exportations pétrolières iraniennes.


L’option militaire, ou le baril à 500$

En Novembre 2003, Meir Dagan, le chef du Mossad déclarait à des membres du Parlement israélien que l’Iran " avait atteint le point de non-retour " et que la possession d’armes nucléaires par l’Iran était la plus grande menace posée à Israël depuis sa création. Quelques semaines plus tôt, le Mossad avait laissé filtrer les plans d’une attaque préemptive des installations nucléaires iraniennes par des F-16 israéliens. Silvan Shalom, le Ministre israélien des Affaires étrangères, affirmait au même moment que Israël n’avait aucun plan d’attaque des installations nucléaires iraniennes mais durant une visite aux Etats-Unis, le Ministre de la Défense israélien, Shaul Mofaz, déclarait qu’ " en aucune circonstance Israël ne pourrait tolérer que des armes nucléaires soient en possession iranienne ".

Le 6 Mai 2004, la Chambre des Représentants américaine votait la Résolution 398, par 376 voix contre 3, appelant le gouvernement de George W. Bush à " utiliser tous les moyens appropriés pour décourager, dissuader et empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires ". La rumeur de Washington explicitait déjà le scénario d’une attaque de précision conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes de Bushehr, de Natanz et d’Arak. Si la résolution avait été votée par le Sénat, elle aurait donné au Président George W. Bush le pouvoir de lancer une attaque préemptive sur les capacités nucléaires iraniennes dès qu’il l’aurait estimé nécessaire mais ses conseillers avaient conclu qu’une telle attaque déclencherait immédiatement des représailles iraniennes majeures propres à déstabiliser complètement l’Irak. Et George W. Bush n’attaqua pas l’Iran, laissant la troïka européenne explorer les voies de la négociation.

En Janvier 2005 le journaliste Seymour M. Hersh publiait un article retentissant dans le New Yorker, révélant que les forces spéciales américaines effectuaient, au moins depuis l’été 2004, des opérations de reconnaissance au cœur même du territoire iranien pour y repérer les sites nucléaires. En Février 2005, George W. Bush jugeait " simplement ridicule " les affirmations selon lesquelles les Etats-Unis auraient des plans d’attaque de l’Iran, ajoutant cependant immédiatement " toutes les options sont sur la table ". En Mars 2005, le Times affirmait qu’Israël avait un plan d’attaque combiné air-sol de cibles en Iran si les négociations en cours n’aboutissaient pas. Israël démentait aussitôt, le porte parole du Premier Ministre Ariel Sharon, Ra'anan Gissin, ajoutant qu’ " Israël n’a pas l’intention de lancer une attaque contre l’Iran, et certainement pas avant que toutes les options diplomatiques aient été explorées ". En Juillet 2005, c’est Henry Kissinger qui faisait connaître son opinion : " Je ne recommande pas une action militaire mais je recommande de ne pas l’exclure ".

Depuis, les médias ne cessent de focaliser sur des rumeurs de préparatifs supposés d’une attaque militaire de l’Iran par les Etats-Unis et par Israël. Ces rumeurs et les articles de presse ont cependant culminé à chaque fois que des tensions ont durcit les négociations entre la troïka européenne et l’Iran, comme par exemple en Décembre 2005 où, successivement, le Times affirmait qu’Ariel Sharon avait donné l’ordre à l’armée israélienne de se tenir prête à frapper l’Iran à partir de fin Mars 2006, information aussitôt démentie par Israël, et le Spiegel révélait que Washington avait informé ses alliés de l’Otan, spécialement la Turquie, de se tenir prêts à des attaques aériennes en 2006. En parallèle des sources spécialisées distillaient des informations sur les cibles de la future attaque aérienne et sur les bases américaines supposées être en préparation intensive de la future attaque.

La menace militaire a donc constamment appuyé les négociations engagées entre la troïka européenne et l’Iran, sans faire plier un seul instant Téhéran qui sait bien que si les armées occidentales se tiennent évidemment prêtes à répondre à une éventuelle demande politique en planifiant à l’avance et en se préparant à tous les scénarios d’attaque possible, la décision politique est quant à elle sans doute très loin d’être prise. L’opération ne présente pas, en effet, toutes les garanties de succès et les risques stratégiques et géopolitiques paraissent très lourds.

Une éventuelle attaque préemptive israélienne, déjà conditionnée par une très hypothétique autorisation de survol des territoires de la Turquie, de l’Irak, de l’Arabie Saoudite ou de la Jordanie, devrait viser à la fois, selon les experts, des cibles " trop éloignées, trop nombreuses et dispersées, et trop bien protégées ", certaines d’entre elles étant par ailleurs souterraines ou situées très près de centres urbains civils. Il est donc difficile d’envisager une attaque des installations nucléaires iraniennes hors une action directe des Etats-Unis qui disposent, seuls, de l’ensemble des moyens indispensables au succès d’une telle opération, sans pour autant être garantis de pouvoir détruire l’ensemble des installations nucléaires iraniennes. l’Iran a en effet acheté à la Russie et déployé un nombre indéterminé de systèmes avancés de défense aérienne S-300P (SA-10 Grumble dans l’appellation occidentale) et très récemment des systèmes anti-missiles Tor M-1 mobile (SA-15 Gauntlet dans l’appellation occidentale) pour protéger ses installations nucléaires.

Une attaque préemptive des installations nucléaires iraniennes, en l’absence d’un programme prouvé d’armes nucléaires, aurait par ailleurs pour effet immédiat de légitimer, aux yeux du pouvoir iranien, la poursuite à marche forcée d’un programme d’armes nucléaire hors Traité de Non Prolifération et donc sans aucun contrôle de l’IAEA, et libèrerait toutes les velléités de poursuite de programmes similaires dans d’ autres pays, même signataires du Traité. Le programme nucléaire iranien serait certainement retardé mais non stoppé et serait consacrée la défaite des efforts de non-prolifération déjà affectés d’une crise profonde avec les frustrations des Etats non-nucléaires à voir les Etats-Unis déterminés à développer des armes nucléaires nouvelles " anti-bunkers ", avec les révélations de l’existence de vastes réseaux de contrebande de matériel nucléaire, avec les doutes croissants sur les programmes nucléaires de plusieurs des signataires du Traité de non-prolifération et avec les quasi-échecs de la Conférence de New York en Mai 2005, close sans accord, et du Sommet Mondial de Septembre 2005, qui ne mentionne même pas le désarmement nucléaire dans son document final.

En Décembre 2003, le Général Seyed Reza Pardis avertissait déjà Israël qu’en cas d’attaque de l’Iran " Israël creuserait sa propre tombe ". Le 5 Juillet 2004, durant une visite à Hamedan, dans l’Ouest de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei déclarait à la foule massée devant lui : " Les Etats-Unis disent que nous avons mis en danger leurs intérêts… Si quelqu’un envahit notre nation, nous mettrons leurs intérêts en danger dans le monde entier ". Il ne fait aucun doute, en effet, que l’Iran, en cas d’attaque de ses installations nucléaires, aurait à la fois les moyens, la volonté, et l’ambition de réactions extrêmes à l’agression.

Parmi les représailles jugées très probables par les experts, une contre-attaque immédiate par missiles sur Israël et sur les bases américaines de toute la région, en Irak, dans le Golfe persique et peut-être jusqu’aux bases US d’Asie Centrale et d’Afghanistan. D’après les sources ouvertes, l’Iran possèderait 12 à 18 batteries mobiles de missiles balistiques Shehab 1 et 2, comprenant chacune 48 à 72 missiles d’une portée de 300 à 500 kilomètres et pouvant emporter chacun une charge de 700 à 985 kg. D’autres missiles seraient stockés en réserve. Avec ces missiles, l’Iran est capable d’atteindre les bases US d’Oman, du Katar, du Koweït et d’Irak. L’Iran possèderait aussi trois batteries, sinon plus, de 12 missiles balistiques Shehab 3 d’une portée de 1.300 à 1.500 km et pouvant emporter une charge de 700 kg. D’autres missiles seraient stockés en réserve. Avec ces missiles, l’Iran est capable d’atteindre Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite, et nombre de champs pétroliers. Un nombre indéterminé de prototypes de missiles balistiques Shehab 4 seraient aussi en possession de l’Iran et auraient une portée supérieure à 2.000 kilomètres avec une charge utile de 1.000 kg. Des informations des services secrets occidentaux indiqueraient par ailleurs des achats récents, par l’Iran, de missiles balistiques Nord Coréens BM-25 d’une portée supérieure à 2.500 kilomètres.

Autres représailles jugées très probables par les experts, une mobilisation immédiate des troupes du Hezbollah, au Liban, une déstabilisation très rapide de la situation en Irak, avec révolte de la majorité chiite pro-iranienne et de ses milices armées contre les troupes américaines, ainsi qu’une déstabilisation de l’Arabie Saoudite et de tous les pays du Golfe comprenant une population chiite significative etc...

Hantise des responsables occidentaux, enfin, la dispersion annoncée des 50.000 combattants suicides, dont 40.000 auraient déjà été recrutés, des " Commandos des Volontaires Martyrs " mis en place par Mohammad-Reza Jaafari, un officier supérieur des Gardes de la Révolution Islamique très lié au nouveau Président Mahmoud Ahmadinejad. Objectif de ces commandos : " opérations suicides contre les cibles occidentales ".

Il est donc particulièrement difficile d’envisager que les Etats-Unis puissent simplement détruire les installations nucléaires iraniennes au moyen de frappes aériennes ciblées sans être entraînés eux-mêmes dans une spirale de déstabilisations qui les obligeraient à une guerre totale contre l’Iran. Après l’erreur stratégique majeure de l’invasion de l’Irak, dont le coût réel vient d’être estimé entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars, les Etats-Unis n’ont plus, aujourd’hui, les moyens financiers d’une telle aventure. Ils n’en ont pas plus les moyens humains, sauf conscription.


Armageddon ?

La troïka européenne a intégré l’échec des négociations, l’impossibilité des sanctions et l’illusion des options militaires. L’Iran aura un jour la bombe et les capacités balistiques de viser l’Europe. Reste la dissuasion. A Paris le Président français, Jacques Chirac, vient, sans le nommer, d’avertir le pouvoir iranien : " les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous… [et] ceux qui envisageraient d'utiliser... des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part… la flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité d'agir... Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit et c'est dans ce but par exemple que le nombre de têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins… la "garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger ".

Dès le lendemain, le Général Henri Bentégeat, chef d'état major des armées, confirmait que Téhéran était dorénavant une des cibles de la dissuasion française déclarant que l’Iran était " inquiétude majeure pour nous aujourd'hui " car il " affiche des intentions extrêmement belliqueuses ". Selon le chef d'état-major des armées, " ce qui a considérablement augmenté ces derniers temps, davantage que l'utilisation du terrorisme par un Etat, c'est l'utilisation potentielle par un Etat des armes de destruction massive, des missiles à longue portée, avec des têtes qui peuvent être nucléaires ou chimiques ou biologiques… Petit à petit, on voit beaucoup de pays commencer à s'en équiper, les exemples les plus frappants sont l'Iran et la Corée du nord ".

A Washington les néocons s’agitent encore dans un jusqu’au boutisme irrationnel. Contre les négociations et la troïka européenne, Richard Perle déclarait encore il y a peu : " ils seront encore à discuter quand les iraniens feront exploser leur première bombe ", admettant toutefois que l’aventure militaire était peu probable : " l’administration [Bush] est devenue paralysée. Elle a perdu tout sens clair de la direction à prendre sur L’Iran et est trop contente de ne pas faire face à des décisions difficile ". Le Vice Président Dick Cheney a peut-être avoué être lui-même contraint à la seule dissuasion en affirmant, en Janvier 2005, que " les israéliens pourraient bien décider d’agir en premier et de laisser le reste du monde avec les problèmes d’avoir à nettoyer le gâchis diplomatique ensuite " et en laissant filtrer en Juillet 2005 une information selon laquelle il avait donné l’ordre à l’United States Strategic Command (STRATCOM) de préparer un plan de représailles en cas de nouvelle attaque terroriste sur les Etats-Unis. Le plan inclurait un assaut aérien de grande amplitude sur 450 cibles iraniennes avec usage d’armes conventionnelles et nucléaires tactiques. En attendant Armageddon, les faucons souhaitent voir les Etats-Unis mobiliser une coalition internationale pour isoler le pouvoir iranien, l’affaiblir avec des sanctions économiques ciblées et encourager un changement de régime.

A Téhéran émergent quelques signes de la bataille intense qui se déroule au cœur même du pouvoir iranien avec, peut-être, les prémisses d’une coalition de conservateurs un peu plus pragmatiques qui, alarmés par l’isolation internationale croissante de l’Iran (et les velléités de lutte anti-corruption du nouveau Président), tentent d’éviter la mainmise annoncée du bloc monolithique des conservateurs militaristes fondamentalistes sur tous les centres du pouvoir. En son sein, peut-être, l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême, qui craint de se voir remplacé par le mentor de Mahmoud Ahmadinejad, l’Ayatollah Mesbah Yazdi. L’Ayatollah Mesbah Yazdi est la personnalité religieuse dominante du groupe conservateur militariste fondamentaliste qui détient aujourd’hui la Présidence et regroupe les membres de la sécurité, notamment les Gardiens de la Révolution, le Basij (mouvement de jeunesse semi-militaire) et les services de renseignement. C’est lui qui a fait le résultat de l’élection à la présidence en émettant une fatwa ordonnant aux supposés 20 millions de membres des Basij de voter pour Mahmoud Ahmadinejad.

En Octobre 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei a étendu les pouvoirs d’Ali Akbar Rafsandjani, président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime, qui avait été largement battu par Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles. Le conseil supervise désormais la politique du régime. Ali Akbar Rafsandjani est ainsi devenu le numéro deux du régime iranien et en supervise trois des quatre branches : sur le plan hiérarchique, il se trouve maintenant au-dessus du président Mahmoud Ahmadinejad, du président du Majlis (Parlement), Gholam-Ali Hadad-Adel, et de l’Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, qui dirige le système judiciaire (le seul à rester au-dessus de Ali Akbar Rafsandjani est, bien sûr, l’Ayatollah Ali Khamenei lui-même, Guide suprême et chef de l’Etat). La rumeur affirme que l’Ayatollah Ali Khamenei, parce qu’il refusait de limoger le Président nouvellement élu Mahmoud Ahmadinejad qui réclamait des audits financiers et administratifs des institutions dépendant des Ayatollahs, a été obligé de promouvoir Ali Akbar Rafsandjani à la demande de ces mêmes Ayatollahs.

L’Ayatollah Ali Khamenei et Ali Akbar Rafsandjani ont pour le moment soutenu la position " ultra " de Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce qu’ils ne pouvaient apparaître comme moins nationalistes que lui mais l’une des premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une fois ses pouvoirs renforcés, a été de nommer le président sortant, le réformateur Mohammed Khatami, comme principal conseiller du Conseil, le ramenant ainsi sur le devant de la scène. Tous deux ont cherché à adoucir les propos tenus par Mahmoud Ahmadinejad sur Israël.

Et pendant que le Président Mahmoud Ahmadinejad n’en finit plus de chauffer à blanc les ultras de Tel-Aviv et de Washington, rêvant d’entraîner les occidentaux dans le piège d’une intervention militaire contre l’Iran, un avion Falcon s’écrasait en Iran, entraînant dans la mort onze des plus hauts gradés du Corps des Gardiens de la Révolution proches de Mahmoud Ahmadinejad. Explication officielle du crash : mauvaise météo et mauvais entretien de l’avion, ce qui peut paraître surprenant pour un vol transportant l’élite de l’armée iranienne. D’autres sources révèlent une autre explication : sabotage !


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