Lors de la découverte, en Août 2003, du programme nucléaire clandestin mené
par l’Iran, le Président d’alors, le réformateur Mohammed Khatami, apparaissait
comme un interlocuteur disposé à négocier et avec qui un accord signé
présenterait des garanties suffisantes pour la communauté internationale. Le
régime iranien d’alors s’employait même à trouver des solutions qui lui
permette de renouer des relations diplomatiques avec Washington. L’Iran
n’était-elle pas, malgré quelques alliances cachées avec la nébuleuse
terroriste, la seule puissance régionale sur laquelle devaient s’appuyer les
Etats-Unis et l’Europe pour parvenir à une stabilisation durable du
Moyen-Orient ? Après Mohammed Khatami, les Etats-Unis et l’Europe comptaient
sur Ali Akbar Hachémi-Rafsjandjani, candidat préféré des chancelleries
occidentales aux élections présidentielles de Juin 2005, pour trouver un
compromis sur le programme nucléaire iranien et réintroduire l’Iran dans la
communauté internationale.
Le nouveau Président élu en Juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, ultra-islamiste
populiste et dur parmi les durs du régime, n’a quant à lui aucune considération
pour les accords internationaux et encore moins pour un dialogue avec le "
Grand Satan ". Avec la crise nucléaire et ses déclarations fracassantes sur
Israël il a même, en très peu de temps, mis fin à toute velléité de négociation
ou de rapprochement et réussi l’exploit de rassembler dans la surenchère les
plus hauts caciques du régime des mollahs avec qui il dispute pourtant un
pouvoir contesté.
La rupture des négociations avec la troïka européenne (France, Allemagne,
Royaume-Uni) et la reprise du programme de recherche nucléaire iranien
ouvrent-elles pour autant de nouvelles options, sanctions internationales ou
escalade militaire, à la communauté internationale qui ne peut en aucun cas
envisager l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad doté d’armes nucléaires ?
L’option sanctions, ou le baril à 100$
La menace de saisine du Conseil de Sécurité n’a eu aucun effet sur la
position iranienne dans les négociations engagées avec la troïka européenne et
la rupture de ces négociations, comme l’intention ferme de saisine du Conseil
de Sécurité ne semblent pas plus ébranler Téhéran. Mahmoud Ahmadinejad, le
nouveau Président, s’est même fait menaçant : " Vous avez besoin de nous plus
que nous avons besoin de vous… Si vous voulez dénier nos droits, nous avons les
moyens de sécuriser ces droits ". L'Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême
qui a le dernier mot sur les affaires de l'Etat, vient, lui aussi, de confirmer
la position iranienne : " La République islamique, forte de ses principes et
sans crainte de l'agitation, poursuivra sur la voie de ses développements
scientifiques et le monde ne peut influer sur la détermination du peuple
iranien … Nous ne cherchons pas à nous doter d'armes nucléaires et l'Occident
le sait parfaitement, parce que ce serait contraire aux intérêts politiques et
économiques du pays et contraire aux préceptes de l'islam ". Avant lui, Ali
Akbar Hachémi-Rafsjandjani, ex-candidat préféré des chancelleries occidentales
nommé à la tête du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du
régime par l'Ayatollah Ali Khamenei pour contrer Mahmoud Ahmadinejad, avait été
encore plus clair : "La politique coloniale traditionnelle de l’Ouest a été de
maintenir le tiers-monde et le monde islamique plusieurs pas derrière… Même
s’ils détruisent nos scientifiques, leurs successeurs continueront le travail…
Il ne sera pas facile pour eux de résoudre le problème en imposant des
sanctions… S’ils provoquent un quelconque trouble, ils le regretteront ".
Programme nucléaire exclusivement civil ? Téhéran aurait alors le droit
international à ses côtés puisque le Traité de non-prolifération nucléaire
donne à ses signataires, dont l’Iran, un " droit inaliénable ", sous contrôle,
de développer recherche, production et utilisation de l’énergie nucléaire à des
fins pacifiques. Mais les occidentaux, bien qu’aucune preuve n’ait été avancée,
sont au contraire tout à fait persuadés que le programme nucléaire iranien a
des ambitions plus militaires que civiles et que l’Iran veut se doter de l’arme
nucléaire et des capacités balistiques d’atteindre l’Europe, surtout depuis
l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad. Nombre d’experts pensent
d’ailleurs que Téhéran a utilisé, dans ses négociations avec la troïka
européenne, une stratégie délibérée, chaque pas de l’Iran étant destiné à
jauger les réactions occidentales, puis, en cas de non-réaction ou de
non-punition, le considérer comme acquis et sauter au pas suivant. L’Iran
pouvait espérer ainsi faire durer les négociations au fur et à mesure de ses
avancées dans ses ambitions nucléaires… jusqu’au fait accompli, sachant que les
membres du Conseil de Sécurité, une fois saisis, mettraient encore énormément
de temps à se mettre d’accord sur d’éventuelles sanctions. Après la rupture des
négociations avec la troïka européenne Téhéran prétends d’ailleurs vouloir
encore " dissiper par la discussion et la négociation les ambiguïtés actuelles
au sujet de son programme nucléaire pacifique ".
Saisine du Conseil de Sécurité ? Sanctions ? Bien que Téhéran espère
toujours un veto de la Russie, dont la position se rapproche pourtant de plus
en plus de celle des occidentaux, et semble croire fermement en celui de la
Chine qui appelle à l’apaisement malgré les pressions, la saisine effective du
Conseil de Sécurité et la mise en place de sanctions auront-elles un quelconque
effet sur les ambitions du pouvoir iranien ? C’est très peu probable même si la
Secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, déclarait récemment " il y a
une variété d’options, une variété d’outils à la disposition de la communauté
internationale à partir du moment où [le dossier] est soumis au Conseil de
Sécurité ".
Renforcer les pouvoirs de contrôle de l’Agence Internationale pour l’Energie
Atomique ? Interdire les dignitaires du pouvoir iranien de tout déplacement ?
Mettre en place un embargo économique (et donc pétrolier) ? Sans attendre une
encore très hypothétique décision de sanctions, l’Iran a déjà commencé à
distiller des menaces à peine voilées par la voix de son Ministre de
l’économie, Davoud Danesh-Jaafari : " Toute perturbation dans la situation
économique et politique du pays peut mettre en crise la situation régionale et
faire augmenter le prix du pétrole au delà de ce qu'attendent les occidentaux
". Nul doute, en effet, que la communauté internationale appréhende les
conséquences de l’arme des sanctions qui pourrait être à double tranchant.
L’Ayatollah Ali Khamenei ne déclarait-il pas déjà, en 2002, que " si l’occident
ne reçoit plus de pétrole, ses usines vont grincer jusqu’à l’arrêt et ceci
pourrait ébranler le Monde ".
L’Iran est hautement dépendant des pétrodollars, ses exportations étant
constituées à 80% de gaz et de pétrole, et ses revenus pétroliers ont atteint
40 milliards de dollars en 2005, en croissance de 25% sur l’année précédente.
Un embargo pétrolier aurait donc des conséquences très importantes sur
l’économie iranienne et pourrait plonger le pays dans une cascade de
mécontentements sociaux. L’effet boomerang serait en contrepartie tellement
important sur les marchés du gaz et du pétrole que Téhéran est fondé à penser
disposer d’une assurance tout risque contre un tel embargo. L’Iran pourrait
d’ailleurs avoir largement anticipé l’éventualité de sanctions politiques et
économiques à son encontre en signant ces dernières années de multiples
contrats d’approvisionnement pétroliers et gaziers qui sont aujourd’hui autant
de boucliers contre de telles sanctions. Le Japon absorbe en effet aujourd’hui
18,4% des exportations iraniennes et la Chine 9,7%. L’an dernier un consortium
japonais a signé un accord pour le développement des champs pétroliers iraniens
d’Azadegan qui devraient représenter à terme 6% des importations pétrolière
nippones. Chine et Iran ont signé l’année dernière un accord d’investissement
de 100 milliards de dollars sur 25 ans dans l’industrie pétrolière et gazière
iranienne. L’Iran, qui fournit déjà à la Chine 13,6% de ses importations de
pétrole, exportera chaque année 10 millions de tonnes de gaz naturel vers la
Chine à partir de 2009 et la National Iranian Oil Company a par ailleurs offert
à China Petroleum & Chemical Corporation une participation de 50% dans le
champ pétrolier encore inexploité de Yadavaran, participation qui s’ajoute à
celle, 20%, déjà acquise à China National Petroleum Corporation. Pékin espère
aussi s'associer à un projet d'oléoduc traversant l'Iran jusqu'à la mer
Caspienne (où pourrait ensuite s’établir une connexion avec un autre oléoduc
reliant le Kazakhstan à la Chine occidentale). L'objectif affiché de Téhéran
est de hisser la Chine au rang de premier acheteur de son pétrole et de son
gaz, en lieu et place du Japon, et la Chine, qui estime que ses importations
énergétiques en provenance d’Iran sont essentielles à sa croissance économique,
a déjà annoncé qu’elle s’opposerait à toute décision de sanction par le Conseil
de Sécurité. L’Inde, contre la volonté américaine, renforce également à grand
pas ses liens avec l’Iran, notamment dans un projet de pipeline. L’Iran est par
ailleurs le second plus important producteur de pétrole de l’OPEC, après
l’Arabie Saoudite, et détient environ 10% des réserves pétrolières mondiales.
L’Iran détient aussi les deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel après la
Russie. Dans ces conditions, l’influence de l’Iran sur l’économie mondiale
paraît lui assurer de sérieuses garantie car toute baisse de ses exportations
pétrolières et gazières aurait des conséquences très importante sur le marché
mondial. La simple hypothèse de sanctions économiques contre l’Iran est un des
facteurs qui maintiennent actuellement le prix du baril à environ 65 dollars.
Les cyclones américains de l’automne ont propulsé le prix du baril à 70,85
dollars fin Août dernier, impactant très fortement la crise énergétique. Qu’en
serait-il en cas d’absence de tout ou partie de la production pétrolière
iranienne ? Certains experts n’hésitent pas à estimer que le prix du baril
pourrait dépasser allègrement les 100 dollars en cas d’arrêt des exportations
iraniennes, aucun producteur n’étant actuellement capable de se substituer à
l’offre iranienne. Des études et simulations récentes ont par ailleurs montré
que si les 2,5 millions de barils que l’Iran exporte chaque jour manquaient au
marché, les conséquences en seraient considérables sur l’économie américaine :
le prix de l’essence pourrait doubler tandis qu’un million d’emplois seraient
perdus et que le déficit courant pourrait largement dépasser 1 milliard de
dollars.
Certains analystes notent d’ailleurs que le simple fait de menacer l’Iran de
sanctions pourrait inciter quelques-uns des extrémistes qui la dirigent, dont
au premier chef l’imprévisible Président Mahmoud Ahmadinejad, à une décision
stratégique de rupture pure et simple des exportations pétrolières
iraniennes.
L’option militaire, ou le baril à 500$
En Novembre 2003, Meir Dagan, le chef du Mossad déclarait à des membres du
Parlement israélien que l’Iran " avait atteint le point de non-retour " et que
la possession d’armes nucléaires par l’Iran était la plus grande menace posée à
Israël depuis sa création. Quelques semaines plus tôt, le Mossad avait laissé
filtrer les plans d’une attaque préemptive des installations nucléaires
iraniennes par des F-16 israéliens. Silvan Shalom, le Ministre israélien des
Affaires étrangères, affirmait au même moment que Israël n’avait aucun plan
d’attaque des installations nucléaires iraniennes mais durant une visite aux
Etats-Unis, le Ministre de la Défense israélien, Shaul Mofaz, déclarait qu’ "
en aucune circonstance Israël ne pourrait tolérer que des armes nucléaires
soient en possession iranienne ".
Le 6 Mai 2004, la Chambre des Représentants américaine votait la Résolution
398, par 376 voix contre 3, appelant le gouvernement de George W. Bush à "
utiliser tous les moyens appropriés pour décourager, dissuader et empêcher
l’Iran d’acquérir des armes nucléaires ". La rumeur de Washington explicitait
déjà le scénario d’une attaque de précision conjointe des Etats-Unis et
d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes de Bushehr, de Natanz
et d’Arak. Si la résolution avait été votée par le Sénat, elle aurait donné au
Président George W. Bush le pouvoir de lancer une attaque préemptive sur les
capacités nucléaires iraniennes dès qu’il l’aurait estimé nécessaire mais ses
conseillers avaient conclu qu’une telle attaque déclencherait immédiatement des
représailles iraniennes majeures propres à déstabiliser complètement l’Irak. Et
George W. Bush n’attaqua pas l’Iran, laissant la troïka européenne explorer les
voies de la négociation.
En Janvier 2005 le journaliste Seymour M. Hersh publiait un article
retentissant dans le New Yorker, révélant que les forces spéciales américaines
effectuaient, au moins depuis l’été 2004, des opérations de reconnaissance au
cœur même du territoire iranien pour y repérer les sites nucléaires. En Février
2005, George W. Bush jugeait " simplement ridicule " les affirmations selon
lesquelles les Etats-Unis auraient des plans d’attaque de l’Iran, ajoutant
cependant immédiatement " toutes les options sont sur la table ". En Mars 2005,
le Times affirmait qu’Israël avait un plan d’attaque combiné air-sol de cibles
en Iran si les négociations en cours n’aboutissaient pas. Israël démentait
aussitôt, le porte parole du Premier Ministre Ariel Sharon, Ra'anan Gissin,
ajoutant qu’ " Israël n’a pas l’intention de lancer une attaque contre l’Iran,
et certainement pas avant que toutes les options diplomatiques aient été
explorées ". En Juillet 2005, c’est Henry Kissinger qui faisait connaître son
opinion : " Je ne recommande pas une action militaire mais je recommande de ne
pas l’exclure ".
Depuis, les médias ne cessent de focaliser sur des rumeurs de préparatifs
supposés d’une attaque militaire de l’Iran par les Etats-Unis et par Israël.
Ces rumeurs et les articles de presse ont cependant culminé à chaque fois que
des tensions ont durcit les négociations entre la troïka européenne et l’Iran,
comme par exemple en Décembre 2005 où, successivement, le Times affirmait
qu’Ariel Sharon avait donné l’ordre à l’armée israélienne de se tenir prête à
frapper l’Iran à partir de fin Mars 2006, information aussitôt démentie par
Israël, et le Spiegel révélait que Washington avait informé ses alliés de
l’Otan, spécialement la Turquie, de se tenir prêts à des attaques aériennes en
2006. En parallèle des sources spécialisées distillaient des informations sur
les cibles de la future attaque aérienne et sur les bases américaines supposées
être en préparation intensive de la future attaque.
La menace militaire a donc constamment appuyé les négociations engagées
entre la troïka européenne et l’Iran, sans faire plier un seul instant Téhéran
qui sait bien que si les armées occidentales se tiennent évidemment prêtes à
répondre à une éventuelle demande politique en planifiant à l’avance et en se
préparant à tous les scénarios d’attaque possible, la décision politique est
quant à elle sans doute très loin d’être prise. L’opération ne présente pas, en
effet, toutes les garanties de succès et les risques stratégiques et
géopolitiques paraissent très lourds.
Une éventuelle attaque préemptive israélienne, déjà conditionnée par une
très hypothétique autorisation de survol des territoires de la Turquie, de
l’Irak, de l’Arabie Saoudite ou de la Jordanie, devrait viser à la fois, selon
les experts, des cibles " trop éloignées, trop nombreuses et dispersées, et
trop bien protégées ", certaines d’entre elles étant par ailleurs souterraines
ou situées très près de centres urbains civils. Il est donc difficile
d’envisager une attaque des installations nucléaires iraniennes hors une action
directe des Etats-Unis qui disposent, seuls, de l’ensemble des moyens
indispensables au succès d’une telle opération, sans pour autant être garantis
de pouvoir détruire l’ensemble des installations nucléaires iraniennes. l’Iran
a en effet acheté à la Russie et déployé un nombre indéterminé de systèmes
avancés de défense aérienne S-300P (SA-10 Grumble dans l’appellation
occidentale) et très récemment des systèmes anti-missiles Tor M-1 mobile (SA-15
Gauntlet dans l’appellation occidentale) pour protéger ses installations
nucléaires.
Une attaque préemptive des installations nucléaires iraniennes, en l’absence
d’un programme prouvé d’armes nucléaires, aurait par ailleurs pour effet
immédiat de légitimer, aux yeux du pouvoir iranien, la poursuite à marche
forcée d’un programme d’armes nucléaire hors Traité de Non Prolifération et
donc sans aucun contrôle de l’IAEA, et libèrerait toutes les velléités de
poursuite de programmes similaires dans d’ autres pays, même signataires du
Traité. Le programme nucléaire iranien serait certainement retardé mais non
stoppé et serait consacrée la défaite des efforts de non-prolifération déjà
affectés d’une crise profonde avec les frustrations des Etats non-nucléaires à
voir les Etats-Unis déterminés à développer des armes nucléaires nouvelles "
anti-bunkers ", avec les révélations de l’existence de vastes réseaux de
contrebande de matériel nucléaire, avec les doutes croissants sur les
programmes nucléaires de plusieurs des signataires du Traité de
non-prolifération et avec les quasi-échecs de la Conférence de New York en Mai
2005, close sans accord, et du Sommet Mondial de Septembre 2005, qui ne
mentionne même pas le désarmement nucléaire dans son document final.
En Décembre 2003, le Général Seyed Reza Pardis avertissait déjà Israël qu’en
cas d’attaque de l’Iran " Israël creuserait sa propre tombe ". Le 5 Juillet
2004, durant une visite à Hamedan, dans l’Ouest de l’Iran, l’Ayatollah Ali
Khamenei déclarait à la foule massée devant lui : " Les Etats-Unis disent que
nous avons mis en danger leurs intérêts… Si quelqu’un envahit notre nation,
nous mettrons leurs intérêts en danger dans le monde entier ". Il ne fait aucun
doute, en effet, que l’Iran, en cas d’attaque de ses installations nucléaires,
aurait à la fois les moyens, la volonté, et l’ambition de réactions extrêmes à
l’agression.
Parmi les représailles jugées très probables par les experts, une
contre-attaque immédiate par missiles sur Israël et sur les bases américaines
de toute la région, en Irak, dans le Golfe persique et peut-être jusqu’aux
bases US d’Asie Centrale et d’Afghanistan. D’après les sources ouvertes, l’Iran
possèderait 12 à 18 batteries mobiles de missiles balistiques Shehab 1 et 2,
comprenant chacune 48 à 72 missiles d’une portée de 300 à 500 kilomètres et
pouvant emporter chacun une charge de 700 à 985 kg. D’autres missiles seraient
stockés en réserve. Avec ces missiles, l’Iran est capable d’atteindre les bases
US d’Oman, du Katar, du Koweït et d’Irak. L’Iran possèderait aussi trois
batteries, sinon plus, de 12 missiles balistiques Shehab 3 d’une portée de
1.300 à 1.500 km et pouvant emporter une charge de 700 kg. D’autres missiles
seraient stockés en réserve. Avec ces missiles, l’Iran est capable d’atteindre
Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite, et nombre de champs pétroliers. Un
nombre indéterminé de prototypes de missiles balistiques Shehab 4 seraient
aussi en possession de l’Iran et auraient une portée supérieure à 2.000
kilomètres avec une charge utile de 1.000 kg. Des informations des services
secrets occidentaux indiqueraient par ailleurs des achats récents, par l’Iran,
de missiles balistiques Nord Coréens BM-25 d’une portée supérieure à 2.500
kilomètres.
Autres représailles jugées très probables par les experts, une mobilisation
immédiate des troupes du Hezbollah, au Liban, une déstabilisation très rapide
de la situation en Irak, avec révolte de la majorité chiite pro-iranienne et de
ses milices armées contre les troupes américaines, ainsi qu’une déstabilisation
de l’Arabie Saoudite et de tous les pays du Golfe comprenant une population
chiite significative etc...
Hantise des responsables occidentaux, enfin, la dispersion annoncée des
50.000 combattants suicides, dont 40.000 auraient déjà été recrutés, des "
Commandos des Volontaires Martyrs " mis en place par Mohammad-Reza Jaafari, un
officier supérieur des Gardes de la Révolution Islamique très lié au nouveau
Président Mahmoud Ahmadinejad. Objectif de ces commandos : " opérations
suicides contre les cibles occidentales ".
Il est donc particulièrement difficile d’envisager que les Etats-Unis
puissent simplement détruire les installations nucléaires iraniennes au moyen
de frappes aériennes ciblées sans être entraînés eux-mêmes dans une spirale de
déstabilisations qui les obligeraient à une guerre totale contre l’Iran. Après
l’erreur stratégique majeure de l’invasion de l’Irak, dont le coût réel vient
d’être estimé entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars, les Etats-Unis n’ont
plus, aujourd’hui, les moyens financiers d’une telle aventure. Ils n’en ont pas
plus les moyens humains, sauf conscription.
Armageddon ?
La troïka européenne a intégré l’échec des négociations, l’impossibilité des
sanctions et l’illusion des options militaires. L’Iran aura un jour la bombe et
les capacités balistiques de viser l’Europe. Reste la dissuasion. A Paris le
Président français, Jacques Chirac, vient, sans le nommer, d’avertir le pouvoir
iranien : " les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens
terroristes contre nous… [et] ceux qui envisageraient d'utiliser... des armes
de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse
ferme et adaptée de notre part… la flexibilité et la réactivité de nos forces
stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses
centres de pouvoir, sur sa capacité d'agir... Toutes nos forces nucléaires ont
été configurées dans cet esprit et c'est dans ce but par exemple que le nombre
de têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins…
la "garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays
alliés sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger ".
Dès le lendemain, le Général Henri Bentégeat, chef d'état major des armées,
confirmait que Téhéran était dorénavant une des cibles de la dissuasion
française déclarant que l’Iran était " inquiétude majeure pour nous aujourd'hui
" car il " affiche des intentions extrêmement belliqueuses ". Selon le chef
d'état-major des armées, " ce qui a considérablement augmenté ces derniers
temps, davantage que l'utilisation du terrorisme par un Etat, c'est
l'utilisation potentielle par un Etat des armes de destruction massive, des
missiles à longue portée, avec des têtes qui peuvent être nucléaires ou
chimiques ou biologiques… Petit à petit, on voit beaucoup de pays commencer à
s'en équiper, les exemples les plus frappants sont l'Iran et la Corée du nord
".
A Washington les néocons s’agitent encore dans un jusqu’au boutisme
irrationnel. Contre les négociations et la troïka européenne, Richard Perle
déclarait encore il y a peu : " ils seront encore à discuter quand les iraniens
feront exploser leur première bombe ", admettant toutefois que l’aventure
militaire était peu probable : " l’administration [Bush] est devenue paralysée.
Elle a perdu tout sens clair de la direction à prendre sur L’Iran et est trop
contente de ne pas faire face à des décisions difficile ". Le Vice Président
Dick Cheney a peut-être avoué être lui-même contraint à la seule dissuasion en
affirmant, en Janvier 2005, que " les israéliens pourraient bien décider d’agir
en premier et de laisser le reste du monde avec les problèmes d’avoir à
nettoyer le gâchis diplomatique ensuite " et en laissant filtrer en Juillet
2005 une information selon laquelle il avait donné l’ordre à l’United States
Strategic Command (STRATCOM) de préparer un plan de représailles en cas de
nouvelle attaque terroriste sur les Etats-Unis. Le plan inclurait un assaut
aérien de grande amplitude sur 450 cibles iraniennes avec usage d’armes
conventionnelles et nucléaires tactiques. En attendant Armageddon, les faucons
souhaitent voir les Etats-Unis mobiliser une coalition internationale pour
isoler le pouvoir iranien, l’affaiblir avec des sanctions économiques ciblées
et encourager un changement de régime.
A Téhéran émergent quelques signes de la bataille intense qui se déroule au
cœur même du pouvoir iranien avec, peut-être, les prémisses d’une coalition de
conservateurs un peu plus pragmatiques qui, alarmés par l’isolation
internationale croissante de l’Iran (et les velléités de lutte anti-corruption
du nouveau Président), tentent d’éviter la mainmise annoncée du bloc
monolithique des conservateurs militaristes fondamentalistes sur tous les
centres du pouvoir. En son sein, peut-être, l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide
Suprême, qui craint de se voir remplacé par le mentor de Mahmoud Ahmadinejad,
l’Ayatollah Mesbah Yazdi. L’Ayatollah Mesbah Yazdi est la personnalité
religieuse dominante du groupe conservateur militariste fondamentaliste qui
détient aujourd’hui la Présidence et regroupe les membres de la sécurité,
notamment les Gardiens de la Révolution, le Basij (mouvement de jeunesse
semi-militaire) et les services de renseignement. C’est lui qui a fait le
résultat de l’élection à la présidence en émettant une fatwa ordonnant aux
supposés 20 millions de membres des Basij de voter pour Mahmoud
Ahmadinejad.
En Octobre 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei a étendu les pouvoirs d’Ali Akbar
Rafsandjani, président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts
supérieurs du régime, qui avait été largement battu par Mahmoud Ahmadinejad aux
élections présidentielles. Le conseil supervise désormais la politique du
régime. Ali Akbar Rafsandjani est ainsi devenu le numéro deux du régime iranien
et en supervise trois des quatre branches : sur le plan hiérarchique, il se
trouve maintenant au-dessus du président Mahmoud Ahmadinejad, du président du
Majlis (Parlement), Gholam-Ali Hadad-Adel, et de l’Ayatollah Mahmoud Hashemi
Shahroudi, qui dirige le système judiciaire (le seul à rester au-dessus de Ali
Akbar Rafsandjani est, bien sûr, l’Ayatollah Ali Khamenei lui-même, Guide
suprême et chef de l’Etat). La rumeur affirme que l’Ayatollah Ali Khamenei,
parce qu’il refusait de limoger le Président nouvellement élu Mahmoud
Ahmadinejad qui réclamait des audits financiers et administratifs des
institutions dépendant des Ayatollahs, a été obligé de promouvoir Ali Akbar
Rafsandjani à la demande de ces mêmes Ayatollahs.
L’Ayatollah Ali Khamenei et Ali Akbar Rafsandjani ont pour le moment soutenu
la position " ultra " de Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce
qu’ils ne pouvaient apparaître comme moins nationalistes que lui mais l’une des
premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une fois ses pouvoirs
renforcés, a été de nommer le président sortant, le réformateur Mohammed
Khatami, comme principal conseiller du Conseil, le ramenant ainsi sur le devant
de la scène. Tous deux ont cherché à adoucir les propos tenus par Mahmoud
Ahmadinejad sur Israël.
Et pendant que le Président Mahmoud Ahmadinejad n’en finit plus de chauffer
à blanc les ultras de Tel-Aviv et de Washington, rêvant d’entraîner les
occidentaux dans le piège d’une intervention militaire contre l’Iran, un avion
Falcon s’écrasait en Iran, entraînant dans la mort onze des plus hauts gradés
du Corps des Gardiens de la Révolution proches de Mahmoud Ahmadinejad.
Explication officielle du crash : mauvaise météo et mauvais entretien de
l’avion, ce qui peut paraître surprenant pour un vol transportant l’élite de
l’armée iranienne. D’autres sources révèlent une autre explication : sabotage
!
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