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Tag - Mahmoud Ahmadinejad

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mardi 8 janvier 2008

Repères 08/01/08 - Mauvais temps pour Mahmoud Ahmadinejad ?

Repères 08/01/08 - Mauvais temps pour Mahmoud Ahmadinejad ?

A President’s Defender Keeps His Distance
New York Times January 8, 2008

"A rift is emerging between President Mahmoud Ahmadinejad and Iran’s supreme religious leader, Ayatollah Ali Khamenei, suggesting that the president no longer enjoys the ayatollah’s full backing, as he did in the years after his election in 2005...

...There are numerous possible reasons for Mr. Ahmadinejad’s loss of support, but analysts here all point to one overriding factor: the United States National Intelligence Estimate last month, which said Iran had suspended its nuclear weapons program in 2003 in response to international pressure. The intelligence estimate sharply reduced the threat of a military strike against Iran, allowing the Iranian authorities to focus on domestic issues, with important parliamentary elections looming in March...

...Relations between the United States and Iran will always be difficult — as the encounter between Iranian speed boats and three United States Navy warships in the Strait of Hormuz on Monday made clear — but perhaps not impossible, many here are saying.

Liberal commentators, here and abroad, have long argued that hard-line policies in the West only strengthen hard-line politicians in Iran, and conversely that lowering the threat level enhances the position of moderates. With conservative politicians who supported Mr. Ahmadinejad in 2005 increasingly turning into his fiercest critics, and with Ayatollah Khamenei saying recently that Iran’s lack of contacts with the United States “does not mean that we will not have relations indefinitely,” the pundits would seem, for now, to be on the right track.


Lire également :

Analyses 28/10/07 - Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin - Par Jean-Philippe Miginiac 28 octobre 2007

 

dimanche 28 octobre 2007

Analyses 28/10/07 - Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin

Analyses 28/10/07 -  Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin 

Il faut, sur l'Iran et à quelques jours d'une visite de Nicolas Sarkozy à Washington, écouter et ré-écouter Dominique de Villepin.

Riposte 16/09/07 : Dominique de Villepin sur l'Iran

 

En quelques mots, tout est dit de l'impasse des négociations sur le nucléaire iranien, de la responsabilité de l'administration Bush et de la montée des tensions dans laquelle la France semble se livrer pieds et poings liés.

En 2003, L’ambassadeur Suisse en Iran informait le Département d'État américain que les Iraniens faisaient une offre de négociation sans restrictions, et que celle-ci avait l’approbation du "guide suprême" iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, ainsi que du Président d'alors, Mohammad Khatami.

"J’ai la nette impression qu’il y a une volonté forte de la part du régime de résoudre tous les problèmes avec les USA en ce moment, et que ce document est un essai pour y parvenir", écrivait M. Tim Guldimann dans la lettre d’une page qu’il avait faxé au Département d’État le 4 mai 2003. Il y joignait un document iranien nommé "Feuille de Route" listant les objectifs de la négociation.

Parmi ceux-ci, la lutte anti-terroriste, et la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël.

Il n'y eut aucune réponse des américains.

Tim Guldimann a raconté les conversations engagées à l’époque avec Sadegh Kharrazi, l’ambassadeur d’Iran à Paris, qui lui avait affirmé que le "guide suprême", l’Ayatollah Khamenei et le président Mohammad Khatami étaient engagés sur chaque mot de la proposition iranienne.

Interrogée en février dernier par le sénat, Condolezza Rice affirmait n’avoir aucun souvenir de ce document (elle dirigeait alors le Conseil National de Sécurité), niant même son existence : "si un document avait mentionné la reconnaissance d’Israël je m’en souviendrais" (Washington Post 8 février 2007).

Flint Leverett, employé au Conseil National de Sécurité lorsqu’il était dirigé par Condolezza Rice, avait à l’époque considéré la proposition Iranienne comme étant d’une importance comparable à celle de l’offre Chinoise de 1972 qui avait conduit à la reprise des relations entre Pékin et Washington. Pour lui, il est certain que ce document a été vu par Condolezza Rice et Colin Powell, alors à la tête du Département d'État. Flint Leverett rapporte une discussion qu’il aurait eu avec Colin Powell, ou celui ci affirmait qu’il ne "pouvait pas 'vendre' cette offre à la maison Blanche", preuve selon lui que ce document avait bien été discuté au Département d’État. S’exprimant devant l’auditoire d’une conférence organisée par la New America Foundation, il déclarait : "L’administration Bush, jusque et y compris Mme Rice trompent le Congrès et les américains au sujet de cette proposition iranienne".

Le Président Mohammad Khatami, réformiste, prônait alors la détente et le "dialogue des civilisations" et Téhéran agréait à l'extension des inspections de l'IAEA (International Atomic Energy Agency) et à la suspension de l'enrichissement de l'uranium. Les ministres des Affaires Étrangères britannique, Allemand et Français se rendaient à Téhéran en Octobre 2003 et, pour la première fois dans l'histoire de la République Islamique, le terrain était prêt pour des négociations d'ouverture avec l'Ouest. Même s'ils estimaient que l'enrichissement de l'uranium était un "droit naturel" du peuple iranien, les réformistes pensaient en effet ne pas devoir engager un bras de fer avec l'ouest, bras de fer qui aurait pu mettre en péril leur sécurité et leur développement économique. Pour eux, l'enrichissement de l'uranium pouvait être réalisé dans le cadre d'un processus de négociation et de construction de rapports de confiance avec l'Ouest.

Exit Mohammad Khatami. L’ancien président réformateur ne s’est pas représenté à l’élection Présidentielle de Juin 2005, laissant le conservateur "pragmatique" Ali Akbar Rafsandjani, à qui il avait lui même succédé en 1997, apparaître comme réformateur face à l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui sera élu à la surprise des occidentaux. Mahmoud Ahmadinejad, ultra-islamiste populiste et dur parmi les durs du régime, n’avait quant à lui aucune considération pour les accords internationaux et encore moins pour un dialogue avec le "Grand Satan". Avec la crise nucléaire et ses déclarations fracassantes sur Israël il a même, en très peu de temps, mis fin à toute velléité iranienne de négociation ou de rapprochement et réussi l’exploit de rassembler dans la surenchère les plus hauts caciques du régime des mollahs avec qui il dispute pourtant un pouvoir contesté (voir Guerres de palais à Téhéran).

La rupture des négociations avec la troïka européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni) et la reprise du programme de recherche nucléaire iranien ouvraient-elles pour autant un boulevard obligé vers la guerre ? (voir Quelles options sur l'Iran ?).

En Octobre 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei étendait les pouvoirs d’Ali Akbar Rafsandjani, président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime (appelé aussi le Conseil de Discernement), qui avait été largement battu par Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles. Le conseil supervisait désormais la politique du régime. Ali Akbar Rafsandjani devenait ainsi, malgré sa défaite, le numéro deux du régime iranien et en supervisait trois des quatre branches. L’Ayatollah Ali Khamenei et Ali Akbar Rafsandjani soutenait dorénavant la position "ultra" de Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce qu’ils ne pouvaient apparaître comme moins nationalistes que lui, mais l’une des premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une fois ses pouvoirs renforcés, a été de nommer le président sortant, le réformateur Mohammad Khatami, comme principal conseiller du Conseil, le ramenant ainsi sur le devant de la scène. Tous deux ont cherché à adoucir les propos tenus par Mahmoud Ahmadinejad sur Israël (voir Guerres de palais à Téhéran).

Au cours de l'année 2006, une nouvelle opportunité d'engager des négociations directes entre Téhéran et Washington est apparue. Ali Akbar Rafsandjani, numéro deux du régime, Ali Larijani, qui présidait alors le Conseil National de Sécurité iranien et était connu pour être très proche du "guide suprême", l’Ayatollah Ali Khamenei, tout comme le Dr Hasan Rowhani, autre membre du Conseil de Sécurité iranien également nommé par l’Ayatollah Ali Khameini, ou Javad Zarif, représentant iranien à l'ONU, ont multiplié les signaux indiquant que l’Ayatollah Ali Khameini souhaitait des négociations directes avec Washington sur le dossier nucléaire (voir Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad).

Ali Larijani, dorénavant chargé des négociations sur le nucléaire avec la troïka européenne, s'était immédiatement fait remarquer par ses reproches à l'équipe de négociation précédente, sous le mandat de l'ex-Président Mohammad Khatami, l'accusant d'être trop conciliante et d'être prête à céder "la perle" nucléaire contre "le bonbon" proposé par les Européens, c'est-à-dire une coopération nucléaire civile, économique et politique. Au cours des négociations il s'est en fait montré plus conciliant et ses rencontres avec Javier Solana, le porte-parole de la diplomatie européenne, et Mohammed El Baradei, le directeur de l'AIEA, l'ont révélé ouvert au dialogue. Le 16 Mars 2006, il annonçait que Téhéran était prêt à des discussions avec les Etats-Unis, suggérant que les deux pays travaillent à surmonter leur mutuelle défiance (voir Négociations USA-Iran : Trop tard pour les pragmatiques ?).

La première réaction officielle du Secrétaire d’Etat américain, Condolezza Rice, aura été de relever, le 17 Mars 2006, que "cela pourrait être utile", notant que l’Ambassadeur US en Irak, Zalmay Khalilzad, avait été autorisé (par elle et par Georges W. Bush) à discuter de l’Irak avec l’Iran depuis la fin de l’année 2005. Un mois auparavant, elle affirmait devant la Commission Budgétaire du Sénat, que l’Iran était "la banque centrale du terrorisme dans le monde", propos réitérés à maintes reprises depuis, ajoutant le 10 Mars, devant le même Sénat, qu’il n’y avait pas pour les Etats-Unis de plus grand défi "que celui de l’Iran dont les agissements mènent à développer un Moyen Orient qui serait à 180 degrés différent du Moyen Orient que nous voulons voir se développer… Nous n’avons pas de problème avec le peuple iranien. Nous voulons que le peuple iranien soit libre. Notre problème est avec le régime iranien".

Le 18 Mars, dès le lendemain de l’appréciation plus que négative de Condolezza Rice sur l'opportunité d'une prochaine ouverture de négociations avec l’Iran, Stephen J. Hadley, Conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, relevait avec force que Zalmay Khalilzad avait été autorisé à discuter avec les iraniens uniquement sur leur ingérence en Irak et sur le fait qu’ils apportent "confort et, dans certains cas, équipement aux terroristes qui tuent des irakiens et qui tuent des membres des forces de la coalition", et s’empressait de dénigrer ces négociations, affirmant qu’elles étaient "simplement un truc des iraniens pour tenter de détourner la pression qu’ils ressentent à New York". Hadley suggérait de plus qu’il n’était aucun besoin de négocier avec l’Iran puisque "nous discutons en permanence : nous faisons des déclarations et ils font des déclarations".

Le même jour, Scott McClellan, attaché de presse de la Maison Blanche, insistait sur le fait que les négociations resteraient cantonnées à la situation en Irak et ne concerneraient pas le programme nucléaire iranien tandis qu’un officiel US de haut niveau, discutant avec des journalistes sous le sceau de l’anonymat, traitait l’offre iranienne de "coup", ajoutant que Washington ne participerait à ces discussions que pour éviter les critiques affirmant que les Etats-Unis ne font pas tout ce qu’ils peuvent pour éviter les sanglantes confrontations entres irakiens. Un autre officiel de la Maison Blanche poursuivait au même moment d’autres journalistes pour leur affirmer que l’offre iranienne était "de la réclame" et Zalmay Khalilzad déclarait au journal Le Monde "Nous sommes prêts à parler avec tous les voisins de l'Irak, l'Iran inclus. Mais, soyons clairs, il ne s'agit pas de négocier l'avenir de l'Irak avec eux. Nous avons quelques soucis concernant la politique qu'ils mènent et le rôle qu'ils entendent jouer en ce qui concerne l'Irak. Nous allons en parler avec eux, nous sommes ouverts à une discussion sur toutes les questions à propos de ce pays. Ils ont les leurs, nous avons les nôtres, nous en parlerons. Vous savez, ce n'est pas la première fois que je fais cela avec les Iraniens, ce n'est pas nouveau pour moi" (voir Négociations USA-Iran : Trop tard pour les pragmatiques ?).

Le parti réformateur de Mohammad Khatami appelait le 20 Mars 2006, à un "gel" du programme nucléaire et à un "dialogue" avec les Etats-Unis. Le même jour, Georges W. Bush confirmait son accord pour des négociations en les limitant au seul cadre irakien, excluant ainsi, de facto, toutes possibilités de négociations directes entre Téhéran et Washington sur le programme nucléaire iranien, sur la guerre contre le terrorisme et sur la sécurité du Moyen-Orient.

Depuis 2003, l'extrémisme de Washington n'a cessé de renforcer l'extrémisme de Téhéran qui n'a cessé lui même de renforcer l'extrémisme de Washington et la montée continue des tensions marque tragiquement les renoncements des occasions définitivement perdues par l'administration Bush et son obstination à refuser toute négociation directe avec l'Iran.

Aujourd'hui, cependant, les extrémistes de Téhéran voient de nouveau l'ex-Président Mohammad Khatami comme une menace et la possibilité que les réformistes reviennent au pouvoir semble attiser de plus en plus la peur de l'entourage du Président Mahmoud Ahmadinejad à quelque mois des prochaines élections au Parlement prévues pour Mars 2008 (les prochaines élections présidentielles sont, elles, prévues en 2009). Ali Akbar Rafsandjani, le "conservateur modéré" qui pourrait soutenir les réformistes, a récemment consolidé ses pouvoirs en gagnant les élections à la tête de l'Assemblée des Experts. La démission surprise d'Ali Larijani de ses fonctions de négociateur du dossier nucléaire, immédiatement réintégré comme conseil du "guide suprême", l’Ayatollah Ali Khamenei, témoigne enfin de la persistance d'âpres luttes de pouvoir entre le "guide suprême" et le Président Mahmoud Ahmadinejad et pourrait signifier l'affaiblissement définitif de ce dernier. Il faut d'ailleurs noter la relation évidente entre la visite de Vladimir Poutine, qui semble inviter fermement le pouvoir iranien au compromis tout en essayant de maintenir les "durs" de Washington et de Paris à distance, avec la démission d'Ali Larijani.

A Washington, la récente victoire des Démocrates au Congrès aurait pu ouvrir la brèche du changement stratégique majeur prôné par le rapport Baker (Irak Study Group) qui préconisait notamment un début de retrait majeur des troupes américaines d’Irak dès 2007 et l’ouverture de négociations avec l’Iran et la Syrie (voir Etats-Unis : la période de tous les dangers ?). Après le refus de Georges W. Bush d'appliquer le rapport Baker, la victoire attendue des Démocrates à l'élection Présidentielle de 2008 pourrait changer radicalement, s'il en est encore temps, la stratégie américaine au Moyen-Orient. Beaucoup de responsables politiques, aux Etats-Unis, pensent aujourd'hui qu'un tel revirement stratégique pourrait totalement changer les rapports de force à Téhéran, au profit des conservateurs pragmatiques et des réformistes.

Mohammed El Baradei, lui même, directeur général de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (IAEA) et qui est à ce titre celui qui connaît sans doute le mieux les jeux et enjeux du dossier nucléaire iranien, affirme et ré-affirme qu'il n'existe actuellement aucune preuve d'un quelconque programme nucléaire militaire iranien. Il martèle aussi que la montée des tensions et les menaces américaines ne font que jeter "de l'huile sur le feu" alors qu'il reste, selon lui, du temps et de l'espoir pour la négociation.

La France a donc sans doute choisi le pire moment pour sembler rejoindre et renforcer, sans gloire et sans aucune pression nouvelle sur Téhéran (où sont nos porte-avions ?), le clan des extrémistes de Washington au lieu d'affirmer encore son indépendance, de tenter de convaincre l'ami américain de changer ses obstinations qui ne font que renforcer les extrêmes à Téhéran, et de pousser à de nouvelles opportunités de dialogue direct. Plus qu'une erreur, c'est une véritable faute.

Jean-Philippe Miginiac

 

 

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lundi 25 septembre 2006

Repères 25/09/06 - Dixit Ahmadinejad, l'Amérique n'attaquera pas l'Iran

Repères 25/09/06 - Dixit Ahmadinejad, l'Amérique n'attaquera pas l'Iran

Ahmadinejad's Gauntlet
The U.S. and Iran Need Each Other Too Much Not to Find Accommodation
By David Ignatius, WaPo 24/09/06

"The most telling moment in a conversation here last week with Iranian President Mahmoud Ahmadinejad came when he was asked if America would attack Iran. He quickly answered "no," with a slight cock of his head as if he regarded the very idea of war between the two countries as preposterous..."

"...Over the course of a week's time, I had an unusual chance to sit with both President Bush and President Ahmadinejad and hear their thoughts about Iran. The contrasts were striking: Bush is groping for answers to the Iran problem; you sense him struggling for a viable strategy. When I asked what message he wanted to send the Iranian people, Bush seemed eager for more contact: He spoke of Iran's importance, of its great history and culture, of its legitimate rights. He made similar comments in his speech Tuesday to the U.N. General Assembly.

Ahmadinejad, meanwhile, is sitting back and enjoying the attention. He's not groping for anything; he's waiting for the world to come to him. When you boil down his comments, the message is similar to Bush's: Iran wants a diplomatic solution to the nuclear impasse; Iran wants dialogue; Iran wants more cultural exchanges. At one point, Ahmadinejad even said that "under fair conditions," he would favor a resumption of diplomatic relations with the United States..."

"...The common strand I take away from this week of Iranian-American conversation is that the two countries agree on one central fact: Iran is a powerful nation that should play an important role in the international system. Bush put it to me this way: "I would say to the Iranian people: We respect your history. We respect your culture. . . . I recognize the importance of your sovereignty." Here was Ahmadinejad's formulation, when I asked how Iran could help stabilize Iraq: "A powerful Iran will benefit the region because Iran is a country with a deep culture and has always been a peaceful country."

That's the challenge: Can America and Iran find a formula that will meet each side's security interests, and thereby allow Iran to return fully to the community of nations after 27 years? Iran can't achieve its ambitions as a rising power without an accommodation with America. America can't achieve its interest in stabilizing the Middle East without help from Iran. The potential for war is there, but so is the bedrock of mutual self-interest. The simple fact is that these two countries need each other."

 

mardi 15 août 2006

Analyse 15/08/06 - Stratégie du (ko) chaos

Analyse 15/08/06 - Stratégie du ko chaos

On peut aujourd’hui raisonnablement émettre l’hypothèse qu’au prétexte d’une des nombreuses provocations du Hezbollah libanais Israël ait mis en œuvre une stratégie depuis longtemps préparée, initiée et appuyée par Washington, en prémisse à une possible montée en puissance militaire contre l’Iran.

Détruire les capacités militaires du Hezbollah, et notamment les réseaux souterrains fortifiés de lancement, commande et contrôle de missiles largement mis en place au Liban depuis six ans avec l’aide et l’appui de l’Iran et de la Syrie, permettait d’anticiper et d’annihiler le risque potentiel de représailles sur Israël en cas de déclenchement de frappes aériennes sur les capacités nucléaires iraniennes. Opérer une guerre de bombardements aériens massifs sans invasion terrestre, avec ciblage de ces réseaux souterrains du Hezbollah construits sur le modèle iranien, permettait par ailleurs de tester en grandeur nature un modèle de frappe aérienne potentielle des infrastructures nucléaires iraniennes également enterrées.

Détruire systématiquement les infrastructures de l’Etat libanais, cibler peut-être volontairement des civils, comme l’affirme l’organisation Human Right Watch, et désorganiser l’acheminement des ressources humanitaires sur le terrain, bombarder volontairement les communautés chrétiennes, ex-alliées d’Israël, permettait d’inciter les libanais à se retourner contre le Hezbollah et tenter de provoquer une nouvelle guerre civile. C’était aussi " chauffer à blanc " la Syrie pour provoquer réactions et incidents potentiels de sa part. C’était enfin forcer à l’intervention rapide d’une force multinationale combattante qui se serait retrouvée, sur le terrain, confrontée directement au Hezbollah. Israéliens comme américains auront tout fait pour appeler au piège de l’intervention d’une force militaire européenne " musclée " sans cessez-le-feu et sans accord politique préalable.

S’attaquer à la puissance régionale de l’arc chiite redouté par les pays arabes à majorité sunnite permettait en outre d’aider à la création potentielle d’une coalition d’états, Arabie Saoudite, Jordanie, Egypte, qui auraient pu appuyer Europe et Etats-Unis dans leurs pressions sur les mollahs chiites iraniens et sur les dirigeants syriens à ne plus soutenir le Hezbollah.

Si telle était bien la stratégie des Etats-Unis, elle aura échoué dans toutes ses dimensions et laisse place à une prospective chaotique de la situation au Moyen-Orient.

La guerre israélienne était sensée décimer et anéantir le Hezbollah. Un mois de bombardements massifs de ses capacités militaires n’auront pas réussi à briser une résistance inattendue de la milice armée chiite et à l’empêcher de tirer plus de 4.000 roquettes et missiles sur le Nord d’Israël, dont plus de 300 au cours de la seule dernière journée de combats avant le cessez-le-feu. L’armée israélienne a du changer brutalement de stratégie pour mobiliser tardivement ses réserves et tenter en vain une invasion terrestre du sud-Liban quelques heures seulement avant la fin, peut-être provisoire, des combats. La résistance forcenée de la diplomatie américaine aux efforts de la communauté internationale, et plus particulièrement à ceux de la France, à obtenir un cessez-le-feu protecteur des populations civiles devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies n’aura même pas permis à Israël de gagner le temps suffisant à obtenir, après un mois de guerre, une victoire significative sur le terrain.

L’armée israélienne aura pourtant sérieusement amoindri la puissance militaire du Hezbollah, détruisant la plupart de ses missiles de plus longue portée Zelzal et tuant plus de 500 de ses combattants dont nombre d’officiers supérieurs. Mais, confrontée à une organisation de guérilla très organisée et entraînée, Tsahal a aussi montré ses vulnérabilités et a perdu sa réputation d’invincibilité. Le Hezbollah a emporté la guerre de l’information, réussissant à donner l’image de la victoire à sa forte résistance et au maintien de capacités de riposte sur le territoire même d’Israël alors que l’objectif premier de la guerre israélienne était justement de détruire ces capacités. Le Hezbollah a aussi emporté la guerre des images, les victimes civiles libanaises occultant largement celles des victimes civiles israéliennes des tirs aveugles du Hezbollah. Les conséquences en sont déjà considérables dans l’opinion arabe et peuvent renforcer, partout dans ces pays, l’opposition à tout accord avec Israël, influant ainsi gravement sur la stabilité à court et à moyen terme du Moyen-Orient.

Sensée affaiblir l’Iran en vainquant, par guerre israélienne interposée, un de ses bras armés le Hezbollah, et contraindre, peut-être, les mollahs à reculer sur le front nucléaire, la stratégie américaine, dans son échec, place pour la première fois un pays non-arabe à la tête de la résistance " anti-sioniste " et le confirme, de facto, comme puissance à vocation régionale. Ce n’est plus le nationalisme arabe qui enflamme les foules mais l’Islam chiite radical d’Iran, d’Irak et du Liban et c’est le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui remplace dorénavant Nasser dans l’imaginaire guerrier des populations des pays sunnites dont Washington attendait une modération de leur critiques publiques à l’égard d’Israël et un blâme net des actions du Hezbollah. Sur la scène régionale c’est aussi le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui symbolise de plus en plus la résistance " anti-américaine " et la perte d’influence des Etats-Unis, obligeant encore les mollahs plus modérés à le suivre dans la surenchère et rendant de plus en plus improbable une solution négociée du problème nucléaire iranien.

Israël n’aura pas plus réussi, au moins pour le temps de la guerre, à diviser les communautés libanaises dont le ressentiment envers l’" agresseur israélien " n’aura cessé de se renforcer au fur et à mesure des destructions et des victimes civiles au Liban. Il faut donc s’attendre, aujourd’hui, à ce que le Hezbollah tente de capitaliser sa victoire politique et prenne l’ascendant sur la scène libanaise, aux dépens du Gouvernement Siniora actuellement en place. Hassan Nasrallah, sans doute assuré d’un soutien populaire encore plus important que celui dont bénéficiait son organisation au début de la crise, affirme d’ailleurs déjà que " la force militaire de Hezbollah constitue le fondement d'un Etat libanais fort ", se posant ainsi en leader politique national et rendant hypothétique tout désarmement accéléré de sa milice.

La force internationale en cours de constitution pour renforcer les forces de l’ONU déjà en place au sud-Liban, sous l’égide de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité imposant le cessez-le-feu, n’a pas, aux termes même de la résolution, mandat de désarmer le Hezbollah mais d’ " assister " l’armée libanaise à qui la mission de rétablissement de souveraineté et de désarmement des milices est entièrement dévolue. La perspective d’un conflit ouvert entre l’armée libanaise, mal équipée et mal entraînée, et le Hezbollah est donc entièrement inscrite dans la sortie de crise et seul un afflux massif d’aide militaire américaine et française pourrait changer le rapport de force actuel si un Etat libanais multi-communautaire voulait enfin affirmer sa volonté de souveraineté et d’indépendance totale tant à l’égard d’Israël, de la Syrie et de l’Iran.

Un accord politique et diplomatique global avec Damas et Téhéran a en effet peu de chance de voir le jour sous les administrations iraniennes et américaines actuelles et on pourrait, au contraire, assister très vite à de nouveaux épisodes de la guerre déjà engagée entre les Etats-Unis et l’Iran.

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