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dimanche 25 octobre 2015

Georges Bush et Tony Blair, criminels de guerre…

Dans une interview à CNN qui doit être diffusée demain lundi 26 octobre, l’ex-premier ministre britannique Tony Blair présente « des excuses » pour l’invasion de l’Irak en 2003, durant laquelle il fut le principal allié de Georges W. Bush. M. Blair reconnaît également une part de responsabilité dans la montée actuelle de l’organisation Etat islamique (Daech) en Irak et en Syrie voisine.

« Je présente des excuses pour le fait que le renseignement était faux. »

Cette référence à des « renseignements faux » semble être une évocation des supposées armes de destruction massive de Saddam Hussein, prétendue menace qui a légitimé l’invasion de l’Irak dans les opinions britannique et américaine et qui s’est avérée inexistante. Pour mémoire, Le 5 février 2003, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell prononçait à l'ONU un discours devenu célèbre dans lequel il énonçait des « preuves » sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, preuves qui se sont révélées totalement « inventées » par les services secrets américains et britanniques pour justifier une intervention en Irak. Trois ans plus tard, Lawrence Wilkerson, l'ancien bras-droit de Colin Powell, traitait de « canular » les preuves avancées et, dix ans plus tard, Colin Powell écrivait lui-même dans un livre que ce discours restait une « tache » dans sa carrière, un grand nombre d'informations qui lui avaient été fournies par la CIA étant inexactes.

Preuve par l’absurde de la désinformation américaine pour justifier l’intervention américaine et britannique en Irak, désinformation qui ne pouvait être ignorée de l'ancien président américain Georges Bush et de Tony Blair, Lawrence Wilkerson affirmait dans une déclaration datée du 24 mars 2010 et publiée dans le quotidien britannique The Times du vendredi 9 avril, que la majorité des « terroristes » détenus à Guantanamo étaient innocents. Selon lui, ils auraient été détenus pour des raisons politiques et parmi les 742 prisonniers que le camp de détention comptait en 2002, « la plupart n'avaient pas été arrêtés par les forces américaines » mais vendus 5.000 dollars par tête aux Etats-Unis. Et de souligner « qu'aucun élément à charge n'accompagnait le prisonnier », et « qu'il n'y avait pas de moyen de savoir pour quelle raison il avait été arrêté au départ ». La déclaration de Lawrence Wilkerson visait également plusieurs personnalités, comme l'ancien vice-président Dick Cheney et l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. D'après l'ancien bras droit de Colin Powell, ils savaient tous les deux que la majorité des personnes détenues sur la base étaient innocentes mais qu'il était « impossible politiquement de les relâcher ». Les deux hommes n'auraient pas voulu relâcher les « innocents » car cela aurait « révélé la confusion incroyable » qui entourait les conditions à Guantanamo, ajoutait -il.

Et Lawrence Wilkerson de mettre directement en cause l'ancien président américain Georges Bush. « J'ai parlé au secrétaire Powell des détenus de Guantanamo. J'ai appris qu'il était d'avis que ce n'était pas seulement le vice-président Dick Cheney et l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, mais également le président Bush qui était impliqué dans tout le processus de décision concernant Guantanamo », indiquait Lawrence Wilkerson dans sa déclaration.

Cette déclaration du colonel a reçu l'appui du général Powell, qui avait quitté l'administration Bush en 2005, selon The Times. Selon Lawrence Wilkerson, celui-ci était soucieux de constater que certains détenus de Guantanamo avaient été arrêtés « à l'âge de 12 ou 13 ans », ou « à 92 ou 93 ans ».

« Je présente également des excuses, au passage, pour certaines erreurs de planification et, certainement, pour notre erreur dans la compréhension de ce qui arriverait une fois que nous aurions renversé le régime [ de Saddam Hussein ] ».

Le nombre exact de victimes civiles de la guerre en Irak est inconnu ! il varie selon les estimations entre 100.000 et 1,2 millions de morts. L'Organisation mondiale de la santé en Irak a ainsi estimé que le nombre de civils morts de façon violente durant les trois premières années de l'occupation américaine et britannique (avril 2003 à juin 2006) était compris entre 104.000 et 230.000. Une autre enquête sur le taux de mortalité en Irak pendant la guerre, publiée en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, a estimé qu'entre avril 2003 et juin 2006, plus de 600.000 Irakiens étaient morts de façon violente. La dernière étude en date, menée pendant l'été 2007 par l'institut de sondage britannique Opinion Research Business, confirme l'ampleur du taux de mortalité en Irak pendant la guerre et suggère même que le bilan pourrait être encore plus lourd. Selon l'institut, 16 % des Irakiens interrogés affirment avoir perdu un membre de leur famille de façon violente depuis 2003, 5 % déplorant deux décès. Et plus d'un million de civils, sur une population légèrement supérieure à 26 millions d'habitants, auraient ainsi trouvé la mort dans les quatre premières années de la guerre. Les études d’un groupe de recherche britannique indépendant, l'Iraq Body Count, suggèrent par ailleurs que les Américains ont tué quatre fois plus de civils que les insurgés durant les deux premières années de la guerre, et ce alors que les médias se sont exclusivement intéressés aux attentats-suicides. Début 2008, certains estimaient le nombre de blessés parmi la population civile irakienne à au moins 250.000 personnes.

A ces bilans il faut ajouter le nombre d’exilés et les conséquences humanitaires des déplacements de populations entraînés par ces guerres. Selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus d'un millions d'afghans se sont exilés après les attentats de septembre 2001 et le début de la guerre, et, en avril 2006, presque 2,5 millions d'Irakiens (soit un irakien sur huit) avaient fui leur pays en raison des violences.

« Bien sûr, vous ne pouvez pas dire que ceux qui ont renversé Saddam en 2003 n’ont aucune responsabilité dans la situation en 2015. »

L’invasion américaine et britannique et la décision du principal administrateur américain, l’envoyé présidentiel Paul Bremer, de dissoudre le parti Baas sunnite de Saddam Hussein et d’interdire à ses hauts responsables d’exercer une fonction au sein du nouvel Etat irakien a, entre autres erreurs stratégiques, précipité la chute du pays dans la guerre civile. Conséquence, l’alliance d’anciens militaires et agents du renseignement baasistes et de djihadistes sunnites va être une spécificité de la branche d’Al-Qaeda en Irak, et devenir la matrice de l'État islamique (Daech).

Georges Bush et Tony Blair portent la totale responsabilité de ces erreurs stratégiques initiales et de leur poursuite pour avoir installé et soutenu l'ex-Premier ministre chiite Nouri al-Maliki dont le premier objectif a été de discriminer les sunnites qui constituent 20 % de la population et qui sont devenus après la chute de Saddam Hussein des citoyens de seconde zone. Ce sont d'ailleurs ces sunnites, dont les manifestations pacifiques dans le nord de l'Irak pour réclamer le départ de Nouri al-Maliki ont été violemment réprimées (en avril 2013, près de 240 manifestants ont péri à Houweijah), qui ont accueilli en « libérateurs » les combattants de l'État islamique (Daech) ! Et l'État islamique est parvenu à conclure de précieuses alliances avec d'influentes tribus sunnites qui n'ont pas été intégrées à l'appareil d'État irakien, mais également avec d'anciens officiers baasistes de Saddam Hussein ! Et malgré le spectaculaire revirement d'importantes tribus sunnites de la province d'al-Anbar après la démission du Premier ministre Nouri al-Maliki en août 2014, le nouveau gouvernement, où ne résident que des élites corrompues opposées à tout renouvellement politique, ne répond toujours pas aux attentes des sunnites et le problème de fond en Irak reste l'absence de réconciliation entre chiites et sunnites.

Sans l'intervention unilatérale américaine et britannique en 2003, il n'y aurait pas eu en Irak et en Syrie d’avènement de la branche d’Al-Qaeda en Irak et de l'État islamique (Daech). Et il n’y aurait pas eu l’exode massif des civils syriens qui viennent aujourd’hui frapper aux portes de l’Europe.

Crimes de guerre

Outre le mensonge sur les prétendues armes de destruction massives, on sait aujourd’hui que Tony Blair a multiplié les mensonges. On a récemment découvert un mémo top secret du 23 mars 2002 écrit par Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain à l’époque, au président Bush. «Blair est avec nous » sur l’Irak, assure l'ex-général, alors que la Maison Blanche prépare déjà la guerre qui sera déclenchée un an plus tard. A l’époque, Blair jure les grands Dieux qu’il cherche une solution diplomatique à la crise – alors qu’en secret il a déjà décidé d’intervenir militairement aux côtés des Américains. Le journal londonien The Independent a révélé en 2014 qu’un document « accablant » de deux cent cinquante pages, intitulé « The Responsibility of UK Officials for War Crimes Involving Systematic Detainee Abuse in Iraq from 2003-2008 », a été « soumis à la Cour pénale internationale (CPI) et pourrait entraîner des poursuites judiciaires à l’encontre de certains dirigeants britanniques de la défense pour cause de crimes de guerre «systématiques ». Le dossier allègue que « les principaux responsables » des crimes de guerre présumés « incluent des personnalités en poste aux plus hauts niveaux » de l’armée et du système politique britanniques. Selon le journal The Independent, le dossier mentionne notamment deux anciens pontes du ministère de la Défense, Geoff Hoon et Adam Ingram, qui occupaient respectivement les postes de secrétaire d’État à la Défense et de secrétaire d’État en charge des forces armées au cours du mandat de Tony Blair lors de la planification et de l’invasion de l’Iraq et pendant la majeure partie de l’occupation britannique. Le général Peter Wall, chef de l’armée britannique, est également cité. Des allégations choquantes ont été compilées à partir du témoignage de quatre cents Iraquiens et représentent « des milliers de témoignages de mauvais traitements assimilables à des crimes de guerre, actes de torture ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Ce n’est pas dans les médias que Tony Blair devrait présenter ses excuses ! C’est devant la Cour pénale internationale, en compagnie de Georges W. Bush et en réponse à un dossier d’accusation de crimes de guerre !

Jean-Philippe Miginiac 

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En Occident, la barbarie n'est pas faite d'intolérance et d'obscurantisme, mais d'arrogance et d'insensibilité. L'armée américaine déboule dans l'antique Mésopotamie comme un hippopotame dans un champs de tulipes. Au nom de la liberté, de la démocratie, de la légitime défense et des droits de l'homme, on maltraite, on on démolit, on tue. Sept cent mille morts plus tard, on se retirera avec un vague mot d'excuse - Amin Maalouf, « Le Dérèglement du monde » 

L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf a été élu à l'Académie française pour succéder à l'anthropologue Claude Lévi-Strauss 

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Pour mémoire, mon ouvrage « Pour en finir avec George W. Bush » qui réuni plusieurs de mes articles publiés entre 2005 et 2009, en France, aux Etats-Unis et au Proche-Orient. 

http://www.unegalerie.fr/geopolitiques/geopolitiques.htm

dimanche 12 juillet 2015

15/09/2014 - Nous n'avons rien à faire en Irak sauf...

Nous n'avons rien à faire en Irak sauf à y intervenir avec l'ONU pour sécuriser des couloirs humanitaires qui permettent aux civils et aux minorités menacées de fuir les zones de combats. Nous n'avons rien à faire en Irak sauf à y frapper éventuellement des vecteurs d'armes chimiques, si elles devaient être utilisées. 

 

Nous n'avons rien à faire dans une coalition rassemblée par les Etats-Unis pour une troisième guerre en Irak ! La situation actuelle résulte des échecs des précédentes interventions militaires et les Etats-Unis en portent une totale responsabilité pour avoir installé et soutenu l'ex-Premier ministre chiite Nouri al-Maliki dont le premier objectif a été de discréminer les sunnites qui constituent 20 % de la population et qui sont devenus après la chute de Saddam Hussein des citoyens de seconde zone. Ce sont d'ailleurs ces sunnites, dont les manifestations pacifiques dans le nord de l'Irak pour réclamer le départ de Nouri al-Maliki ont été violemment réprimées (en avril 2013, près de 240 manifestants ont périt à Houweijah), qui ont accueilli en "libérateurs" les combattants de l'État islamique (EI) ! Et l'État islamique est parvenu à conclure de précieuses alliances avec d'influentes tribus sunnites qui n'ont pas été intégrées à l'appareil d'État irakien, mais également avec d'anciens officiers baasistes de Saddam Hussein ! Et malgré le spectaculaire revirement d'importantes tribus sunnites de la province d'al-Anbar après la démission du Premier ministre Nouri al-Maliki en août, le nouveau gouvernement, où ne résident que des élites corrompues opposées à tout renouvellement politique, ne répond toujours pas aux attentes des sunnites et le problème de fond en Irak reste l'absence de réconciliation entre chiites et sunnites.

 

La situation actuelle est aussi l’expression d’un conflit régional plus large, à la fois stratégique et religieux, qui oppose la majorité sunnite du monde arabe et sa minorité chiite qu’appuie la puissance de l’Iran. Les Etats-Unis ont refusé d'inclure l'Iran dans la coalition qu'ils forment mais y ont accepté les états sunnites du Qatar et de l'Arabie Saoudite dont on sait pourtant qu'ils soutiennent et financent l'État islamique en Syrie ! La nouvelle guerre pourrait se transformer rapidement en un véritable chaos moyen-oriental si l'Iran décidait de renforcer encore son soutien aux Alaouites de Syrie et aux Chiites d'Irak !

 

L’Etat islamique que l'on veut combattre en Irak est certes un mouvement terroriste puissant, porteur d’une idéologie totalitaire et ne reculant devant aucune violence et aucune terreur que l'on se complait à médiatiser ! Mais qui relève qu'en Arabie Saoudite, qui serait donc notre alliée dans cette nouvelle guerre, plus de 2.000 personnes souvent innocentes ont été mises à mort entre 1985 et 2013, la plupart du temps par décapitation au sabre et en public à l'image exacte des décapitations de l'État islamique, et qu'au moins 22 personnes ont été exécutées pour la seule période comprise entre les 4 et 22 août 2014, soit plus d'une par jour !

 

Beaucoup plus qu'une intervention militaire qui ne peut que nous entraîner dans un conflit religieux où nous n'avons rien à faire, la France doit prendre la tête d'un investissement diplomatique massif dans le cadre de l'ONU pour forcer Bagdad à faire la paix avec ses minorités, pour mettre un terme à la tragédie syrienne, et pour obliger les puissances régionales à forcer les antagonismes à la paix et à la coexistance religieuse ! Les guerres n'en finiront plus sinon de se succéder et les foyers de terrorisme de se multiplier !

  

Jean-Philippe Miginiac 15/09/14

mardi 18 mars 2008

Repères 18/03/08 - Carnage et désespoir, l'Irak cinq ans après

Repères 18/03/08 - Carnage et désespoir, l'Irak cinq ans après

Carnage and despair: Iraq five years on
Amnesty International Report 03/08

"Five years after the US-led invasion that toppled Saddam Hussain, Iraq is one of the most dangerous countries in the world. Hundreds of people are being killed every month in the pervasive violence, while countless lives are threatened every day by poverty, cuts to power and water supplies, food and medical shortages, and rising violence against women and girls. Sectarian hatred has torn apart families and neighbourhoods that once lived together in harmony.

Despite the heavy US and Iraqi military and police presence, law and order remain a distant prospect. The US-led Multinational Force (MNF) and the Iraqi government formed from political parties that gained from or emerged out of the 2003 invasion have failed to institute the rule of law, uphold human rights, bring peace and security, or end impunity..."

 

dimanche 16 mars 2008

Repères 16/03/08 - Dr Conrad, l'historien qui avait prévu ce qui s'est passé en Irak

Repères 16/03/08 - Dr Conrad, l'historien qui avait prévu ce qui s'est passé en Irak

The Army Monograph that Predicted Just About Everything that's Happened in Iraq
History News Network 10/03/08

"...Dr. Conrad Crane is sometimes referred to as the historian who predicted what would happen in Iraq. In point of fact a lot of historians warned that we were headed into a mess. But Crane, Director of the U. S. Army Military History Institute at Carlisle Barracks, PA, bravely issued his warning from his perch at the Strategic Studies Institute of the U.S. Army War College. His monograph, co-authored with Dr. Terrill, was published in February 2003, a month before we went to war. Excerpts appear below...

...Rebuilding Iraq will require a considerable commitment of American resources, but the longer U.S. presence is maintained, the more likely violent resistance will develop...

...To be successful, an occupation such as that contemplated after any hostilities in Iraq requires much detailed interagency planning, many forces, multi-year military commitment, and a national commitment to nation-building.

Recent American experiences with post-conflict operations have generally featured poor planning, problems with relevant military force structure, and difficulties with a handover from military to civilian responsibility.

To conduct their share of the essential tasks that must be accomplished to reconstruct an Iraqi state, military forces will be severely taxed in military police, civil affairs, engineer, and transportation units, in addition to possible severe security difficulties.

The administration of an Iraqi occupation will be complicated by deep religious, ethnic, and tribal differences which dominate Iraqi society.

U.S. forces may have to manage and adjudicate conflicts among Iraqis that they can barely comprehend.

An exit strategy will require the establishment of political stability, which will be difficult to achieve given Iraq’s fragmented population, weak political institutions, and propensity for rule by violence..."

 

Voir :

RECONSTRUCTING IRAQ: INSIGHTS, CHALLENGES, AND MISSIONS FOR MILITARY FORCES IN A POST-CONFLICT SCENARIO
Conrad C. Crane, W. Andrew Terrill, February 2003