
Repères 17/03/09 - Pour mémoire : L'OTAN et la guerre des civilisations
...Sur le fond il existe, en effet, une nette divergence entre Washington et Paris sur le problème de l’expansion et de la transformation de l’OTAN, en relation avec la sécurité européenne, expansion et transformation qui ont constitué les thèmes essentiels du sommet de Riga (Lettonie) en Novembre dernier. Certains dirigeants et experts américains, surtout néo-conservateurs, souhaitent la fin du confinement de l’OTAN sur le théâtre purement européen au profit d’une agence de sécurité à vocation " globale " et réclament, en conséquence, un élargissement de l’OTAN à des membres non européens, tels l’Australie, le Japon ou l’Inde. Cette conception d’une " Agence globale " est liée à la volonté américaine actuelle de promotion " forcée " de la démocratie dans le monde, en liaison le plus souvent avec la lutte contre le terrorisme, et certains y voient même un " concert des démocraties " engagé dans une " guerre des civilisations ", l’Alliance ayant vocation à remplacer l’ONU pour légitimer les interventions extérieures de ses membres.
Paris et plusieurs autres Etats européens estiment au contraire que l’OTAN n’a pas vocation à tout faire, et certainement pas de remplacer à terme l’ONU, s’inquiètent du risque de voir l’OTAN impliquée dans des conflits étrangers aux préoccupations européennes et souhaitent un meilleur partage des tâches avec l’Union Européenne qu’ils veulent voir engagée dans un développement d’une défense propre commune distincte et partenaire de l’OTAN. Mais surtout, la France redoute qu’une " Alliance des démocraties " sous direction américaine ne renforce, partout dans le monde le sentiment que l’Occident est engagé dans une " croisade " et cherche à imposer par les armes sa civilisation au reste du monde. La France, avec Jacques Chirac, estime qu’il est donc essentiel que l’OTAN se borne à des objectifs plus modestes sans pour autant être hostile à la conclusion ou au renforcement de partenariats ponctuels avec des pays non membres de l’Alliance. L’OTAN doit cependant demeurer une organisation euro-atlantique et la légitimité internationale ne peut appartenir qu’à l’ONU et à elle seule.
Jacques Chirac a eu l’occasion de marteler cette position française au plus fort des combats de la guerre entre Israël et Hezbollah, l’été 2006, en s’opposant vigoureusement aux propositions de John Bolton, Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU (l’Ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU avait déclaré qu’il était aussi membre " secret " de sa propre équipe), qui souhaitait voir placée une force d’interposition (essentiellement française) sous l’étendard et le contrôle de l’OTAN. Jacques Chirac a rappelé cette position au sommet de Riga...
in Les néo-conservateurs contre Ségolène Royal
par Jean-Philippe Miginiac - Strategic-Road.com Analysis 28/02/06



