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Tag - George W. Bush

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dimanche 25 octobre 2015

Georges Bush et Tony Blair, criminels de guerre…

Dans une interview à CNN qui doit être diffusée demain lundi 26 octobre, l’ex-premier ministre britannique Tony Blair présente « des excuses » pour l’invasion de l’Irak en 2003, durant laquelle il fut le principal allié de Georges W. Bush. M. Blair reconnaît également une part de responsabilité dans la montée actuelle de l’organisation Etat islamique (Daech) en Irak et en Syrie voisine.

« Je présente des excuses pour le fait que le renseignement était faux. »

Cette référence à des « renseignements faux » semble être une évocation des supposées armes de destruction massive de Saddam Hussein, prétendue menace qui a légitimé l’invasion de l’Irak dans les opinions britannique et américaine et qui s’est avérée inexistante. Pour mémoire, Le 5 février 2003, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell prononçait à l'ONU un discours devenu célèbre dans lequel il énonçait des « preuves » sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, preuves qui se sont révélées totalement « inventées » par les services secrets américains et britanniques pour justifier une intervention en Irak. Trois ans plus tard, Lawrence Wilkerson, l'ancien bras-droit de Colin Powell, traitait de « canular » les preuves avancées et, dix ans plus tard, Colin Powell écrivait lui-même dans un livre que ce discours restait une « tache » dans sa carrière, un grand nombre d'informations qui lui avaient été fournies par la CIA étant inexactes.

Preuve par l’absurde de la désinformation américaine pour justifier l’intervention américaine et britannique en Irak, désinformation qui ne pouvait être ignorée de l'ancien président américain Georges Bush et de Tony Blair, Lawrence Wilkerson affirmait dans une déclaration datée du 24 mars 2010 et publiée dans le quotidien britannique The Times du vendredi 9 avril, que la majorité des « terroristes » détenus à Guantanamo étaient innocents. Selon lui, ils auraient été détenus pour des raisons politiques et parmi les 742 prisonniers que le camp de détention comptait en 2002, « la plupart n'avaient pas été arrêtés par les forces américaines » mais vendus 5.000 dollars par tête aux Etats-Unis. Et de souligner « qu'aucun élément à charge n'accompagnait le prisonnier », et « qu'il n'y avait pas de moyen de savoir pour quelle raison il avait été arrêté au départ ». La déclaration de Lawrence Wilkerson visait également plusieurs personnalités, comme l'ancien vice-président Dick Cheney et l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. D'après l'ancien bras droit de Colin Powell, ils savaient tous les deux que la majorité des personnes détenues sur la base étaient innocentes mais qu'il était « impossible politiquement de les relâcher ». Les deux hommes n'auraient pas voulu relâcher les « innocents » car cela aurait « révélé la confusion incroyable » qui entourait les conditions à Guantanamo, ajoutait -il.

Et Lawrence Wilkerson de mettre directement en cause l'ancien président américain Georges Bush. « J'ai parlé au secrétaire Powell des détenus de Guantanamo. J'ai appris qu'il était d'avis que ce n'était pas seulement le vice-président Dick Cheney et l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, mais également le président Bush qui était impliqué dans tout le processus de décision concernant Guantanamo », indiquait Lawrence Wilkerson dans sa déclaration.

Cette déclaration du colonel a reçu l'appui du général Powell, qui avait quitté l'administration Bush en 2005, selon The Times. Selon Lawrence Wilkerson, celui-ci était soucieux de constater que certains détenus de Guantanamo avaient été arrêtés « à l'âge de 12 ou 13 ans », ou « à 92 ou 93 ans ».

« Je présente également des excuses, au passage, pour certaines erreurs de planification et, certainement, pour notre erreur dans la compréhension de ce qui arriverait une fois que nous aurions renversé le régime [ de Saddam Hussein ] ».

Le nombre exact de victimes civiles de la guerre en Irak est inconnu ! il varie selon les estimations entre 100.000 et 1,2 millions de morts. L'Organisation mondiale de la santé en Irak a ainsi estimé que le nombre de civils morts de façon violente durant les trois premières années de l'occupation américaine et britannique (avril 2003 à juin 2006) était compris entre 104.000 et 230.000. Une autre enquête sur le taux de mortalité en Irak pendant la guerre, publiée en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, a estimé qu'entre avril 2003 et juin 2006, plus de 600.000 Irakiens étaient morts de façon violente. La dernière étude en date, menée pendant l'été 2007 par l'institut de sondage britannique Opinion Research Business, confirme l'ampleur du taux de mortalité en Irak pendant la guerre et suggère même que le bilan pourrait être encore plus lourd. Selon l'institut, 16 % des Irakiens interrogés affirment avoir perdu un membre de leur famille de façon violente depuis 2003, 5 % déplorant deux décès. Et plus d'un million de civils, sur une population légèrement supérieure à 26 millions d'habitants, auraient ainsi trouvé la mort dans les quatre premières années de la guerre. Les études d’un groupe de recherche britannique indépendant, l'Iraq Body Count, suggèrent par ailleurs que les Américains ont tué quatre fois plus de civils que les insurgés durant les deux premières années de la guerre, et ce alors que les médias se sont exclusivement intéressés aux attentats-suicides. Début 2008, certains estimaient le nombre de blessés parmi la population civile irakienne à au moins 250.000 personnes.

A ces bilans il faut ajouter le nombre d’exilés et les conséquences humanitaires des déplacements de populations entraînés par ces guerres. Selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus d'un millions d'afghans se sont exilés après les attentats de septembre 2001 et le début de la guerre, et, en avril 2006, presque 2,5 millions d'Irakiens (soit un irakien sur huit) avaient fui leur pays en raison des violences.

« Bien sûr, vous ne pouvez pas dire que ceux qui ont renversé Saddam en 2003 n’ont aucune responsabilité dans la situation en 2015. »

L’invasion américaine et britannique et la décision du principal administrateur américain, l’envoyé présidentiel Paul Bremer, de dissoudre le parti Baas sunnite de Saddam Hussein et d’interdire à ses hauts responsables d’exercer une fonction au sein du nouvel Etat irakien a, entre autres erreurs stratégiques, précipité la chute du pays dans la guerre civile. Conséquence, l’alliance d’anciens militaires et agents du renseignement baasistes et de djihadistes sunnites va être une spécificité de la branche d’Al-Qaeda en Irak, et devenir la matrice de l'État islamique (Daech).

Georges Bush et Tony Blair portent la totale responsabilité de ces erreurs stratégiques initiales et de leur poursuite pour avoir installé et soutenu l'ex-Premier ministre chiite Nouri al-Maliki dont le premier objectif a été de discriminer les sunnites qui constituent 20 % de la population et qui sont devenus après la chute de Saddam Hussein des citoyens de seconde zone. Ce sont d'ailleurs ces sunnites, dont les manifestations pacifiques dans le nord de l'Irak pour réclamer le départ de Nouri al-Maliki ont été violemment réprimées (en avril 2013, près de 240 manifestants ont péri à Houweijah), qui ont accueilli en « libérateurs » les combattants de l'État islamique (Daech) ! Et l'État islamique est parvenu à conclure de précieuses alliances avec d'influentes tribus sunnites qui n'ont pas été intégrées à l'appareil d'État irakien, mais également avec d'anciens officiers baasistes de Saddam Hussein ! Et malgré le spectaculaire revirement d'importantes tribus sunnites de la province d'al-Anbar après la démission du Premier ministre Nouri al-Maliki en août 2014, le nouveau gouvernement, où ne résident que des élites corrompues opposées à tout renouvellement politique, ne répond toujours pas aux attentes des sunnites et le problème de fond en Irak reste l'absence de réconciliation entre chiites et sunnites.

Sans l'intervention unilatérale américaine et britannique en 2003, il n'y aurait pas eu en Irak et en Syrie d’avènement de la branche d’Al-Qaeda en Irak et de l'État islamique (Daech). Et il n’y aurait pas eu l’exode massif des civils syriens qui viennent aujourd’hui frapper aux portes de l’Europe.

Crimes de guerre

Outre le mensonge sur les prétendues armes de destruction massives, on sait aujourd’hui que Tony Blair a multiplié les mensonges. On a récemment découvert un mémo top secret du 23 mars 2002 écrit par Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain à l’époque, au président Bush. «Blair est avec nous » sur l’Irak, assure l'ex-général, alors que la Maison Blanche prépare déjà la guerre qui sera déclenchée un an plus tard. A l’époque, Blair jure les grands Dieux qu’il cherche une solution diplomatique à la crise – alors qu’en secret il a déjà décidé d’intervenir militairement aux côtés des Américains. Le journal londonien The Independent a révélé en 2014 qu’un document « accablant » de deux cent cinquante pages, intitulé « The Responsibility of UK Officials for War Crimes Involving Systematic Detainee Abuse in Iraq from 2003-2008 », a été « soumis à la Cour pénale internationale (CPI) et pourrait entraîner des poursuites judiciaires à l’encontre de certains dirigeants britanniques de la défense pour cause de crimes de guerre «systématiques ». Le dossier allègue que « les principaux responsables » des crimes de guerre présumés « incluent des personnalités en poste aux plus hauts niveaux » de l’armée et du système politique britanniques. Selon le journal The Independent, le dossier mentionne notamment deux anciens pontes du ministère de la Défense, Geoff Hoon et Adam Ingram, qui occupaient respectivement les postes de secrétaire d’État à la Défense et de secrétaire d’État en charge des forces armées au cours du mandat de Tony Blair lors de la planification et de l’invasion de l’Iraq et pendant la majeure partie de l’occupation britannique. Le général Peter Wall, chef de l’armée britannique, est également cité. Des allégations choquantes ont été compilées à partir du témoignage de quatre cents Iraquiens et représentent « des milliers de témoignages de mauvais traitements assimilables à des crimes de guerre, actes de torture ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Ce n’est pas dans les médias que Tony Blair devrait présenter ses excuses ! C’est devant la Cour pénale internationale, en compagnie de Georges W. Bush et en réponse à un dossier d’accusation de crimes de guerre !

Jean-Philippe Miginiac 

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En Occident, la barbarie n'est pas faite d'intolérance et d'obscurantisme, mais d'arrogance et d'insensibilité. L'armée américaine déboule dans l'antique Mésopotamie comme un hippopotame dans un champs de tulipes. Au nom de la liberté, de la démocratie, de la légitime défense et des droits de l'homme, on maltraite, on on démolit, on tue. Sept cent mille morts plus tard, on se retirera avec un vague mot d'excuse - Amin Maalouf, « Le Dérèglement du monde » 

L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf a été élu à l'Académie française pour succéder à l'anthropologue Claude Lévi-Strauss 

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Pour mémoire, mon ouvrage « Pour en finir avec George W. Bush » qui réuni plusieurs de mes articles publiés entre 2005 et 2009, en France, aux Etats-Unis et au Proche-Orient. 

http://www.unegalerie.fr/geopolitiques/geopolitiques.htm

jeudi 22 octobre 2009

Repères 22/10/09 - Pour en finir avec George W. Bush (suite)

Repères 22/10/09 - Pour en finir avec George W. Bush (suite)

«Torture made in USA», une enquête exclusive
Mediapart 19/10/2009

A Guantanamo comme en Irak ou en Afghanistan, l'administration Bush a institutionnalisé la torture. Ses juristes ont tout fait pour s'exonérer des conventions de Genève et du droit de la guerre. Du 19 octobre au 19 décembre, Mediapart diffuse, en partenariat avec ACAT-France, Amnesty International et Human Rights Watch, l'enquête exclusive de la journaliste Marie-Monique Robin. Un documentaire de 85 minutes que vous n'avez pas pu voir à la télévision.

Pour mémoire notre analyse du 18/04/09 :

Analyse 18/04/09 - Pour en finir avec George W. Bush


samedi 18 avril 2009

Analyse 18/04/09 - Pour en finir avec George W. Bush

Analyse 18/04/09 - Pour en finir avec George W. Bush

On pourrait appeler celà de la déconstruction. Le nouveau Président des Etats-Unis déconstruit, horreur après horreur, les affres de l’ère Bush.

En décidant tranquillement, au premier jour de sa présidence, de la fermeture du camp de Guantanamo et des prisons de la CIA à l'étranger, en décidant que les Etats-Unis se conformeront dorénavant, dans le traitement des prisonniers, aux Conventions de Genève, et en décidant d'interdire dorénavant la torture et les écoutes extrajudiciaires, le Président des Etats-Unis avait déjà fait beaucoup plus que respecter ses promesses électorales. Il est pourtant condamné à aller encore plus loin.

La revue "New York Review of Books" publiait en effet, dans son édition du 15 Mars, un très long article de Marl Danner, le seul journaliste qui avait eu accès au rapport secret de la Croix Rouge sur les techniques d'interrogatoires utilisées par la CIA à Guantanamo et dans ses "sites noirs" éparpillés dans huit pays du monde - rapport écrit en 2007 et dont il n'existait que sept copies (1).

Pour la Croix Rouge il n'y avait aucun doute: la CIA pratiquait bien la "torture", et "des traitements cruels, inhumains et dégradants" contraires aux conventions internationales(2). Le rapport secret se basait sur les conclusions de responsables de la Croix Rouge qui avaient pu rencontrer des détenus de la CIA après leur transfert en 2006 dans le camp de prisonniers de Guantanamo, sur l'île de Cuba. Les 14 détenus interrogés par la Croix Rouge avaient indiqué avoir subi des mauvais traitements, tels que des coups, une privation de sommeil, des températures extrêmes et, dans certains cas, des simulations de noyade.

Le rapport indiquait également que les personnes détenues dans les prisons secrètes de la CIA avaient été régulièrement frappées, arrosées à l'eau froide et projetées la tête la première contre des murs. Entre les interrogatoires, ils étaient dépouillés de leurs habits, soumis à un volume très élevé de musique, privés de sommeil et de nourriture consistante pendant plusieurs jours. Certains détenus avaient indiqué avoir été contraints de rester debout pendant plusieurs jours, les mains attachés dans le dos et portant uniquement une couche.

La puissante Association américaine de défense des libertés publiques - ACLU(3) - ayant obtenu devant les tribunaux la promesse de la publication des mémos secrets concernant ces pratiques, l’Administration de Barack Obama a donc publié le 16 Avril dernier quatre de ces mémos, en partie expurgés, rédigés par les avocats du département de la Justice Jay Bybee en 2002 et Steven Bradbury en 2005. Ces mémos, consultables(4) sur le site Internet du New York Times qui dresse en outre un tableau(5) très complet de ces différentes pratiques, confirment le rapport de la Croix rouge et détaillent avec une précision quasi-scientifique les techniques d'interrogatoire relevant de la torture utilisées pendant l'ère de George W. Bush :

TECHNIQUE DU MUR : La technique du mur (walling) consiste à placer la personne interrogée contre un mur flexible. L'enquêteur tire la personne vers lui, puis la repousse violemment contre le mur.

GIFLE : Vient ensuite la frappe au visage "avec les doigts légèrement écartés", recommande le texte. Son but est de "provoquer la surprise et/ou l'humiliation".

CONFINEMENT : Le confinement est également recommandé: "pas plus de deux heures" quand le détenu peut seulement être assis et "jusqu'à 18 heures" quand il est dans un espace plus grand lui permettant de se tenir debout.

FATIGUE MUSCULAIRE : Le prisonnier "est placé de 1,20 à 1,50 mètre d'un mur" et il lui est ordonné de ne pas bouger.

PRIVATION DE SOMMEIL : La privation de sommeil constitue une étape supérieure. Selon un mémo de mai 2005, elle a été utilisée jusqu'à 96 heures d'affilée, bien que 180 heures constitue la durée maximale autorisée.

INSECTES : L'utilisation d'insectes est recommandée dès le premier mémo de 2002, dans lequel les enquêteurs sont encouragés à dire à un détenu, en l'occurence le Palestinien Abou Zubaida, qu'il s'agit d'un "insecte qui pique". En réalité, l'utilisation d'un insecte inoffensif comme la chenille est conseillée.

SIMULATION DE NOYADE : La simulation de noyade (waterboarding) vient couronner la liste. "L'individu est attaché à un banc incliné", ses pieds sont généralement surélevés. Un linge est placé "sur son front et ses yeux" et de l'eau est versée sur le linge qui est tiré sur le nez et la bouche au cours de l'opération. La respiration du détenu est "légèrement entravée pendant 20 à 40 secondes", précise le mémo. Le linge est ensuite retiré et l'opération peut recommencer après trois ou quatre inspirations. Au total, cela ne doit pas durer plus de 20 minutes, selon le mémo secret.

NUDITE : Les trois mémos de mai 2005 apportent davantage de précisions. Il est par exemple indiqué dans un document du 30 mai que "la nudité est utilisée pour provoquer un inconfort psychologique, et aussi parce que cela permet à l'enquêteur de récompenser immédiatement le détenu en lui rendant ses vêtements en cas de coopération".

MANIPULATION DIETETIQUE : La "manipulation diététique", ou remplacement du repas habituel par un "liquide fade", peut également être utilisée."

Barack Obama a convenu dans un communiqué (6) rendu public jeudi 16 Avril que les Etats-Unis avaient traversé "un chapitre noir et douloureux" de leur histoire. Il a toutefois stipulé que les personnels de la CIA ayant participé à ces interrogatoires assimilables à de la torture dans le cadre de consignes secrètes de l'agence ne seront pas poursuivis. "Ceux qui ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la justice ne seront pas poursuivis", a-t-il indiqué. "Le moment est venu de la réflexion, pas du châtiment". Le ministre de la justice a précisé qu'il fournirait des défenseurs à ces personnels s'ils venaient à être interrogés par un tribunal.

Si la publication des mémos de la CIA a été unanimement saluée, la décision du président américain de n'engager aucune poursuite judiciaire a elle été contestée, l'Union Américaine pour les Libertés Civiles a ainsi regretté l'absence de poursuites, estimant que ces mémos fournissent la preuve irréfutable que des responsables de l'administration Bush ont autorisé et donné leur bénédiction légale à des actes de torture qui violent les lois internationales et nationales. le Center for Constitutional Rights – CCR(7) et Amnesty International(8) ont également contesté l'absence de poursuites.

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Manfred Nowak, a pourtant demandé récemment au nouveau gouvernement des États-Unis d'engager des poursuites judiciaires contre l'ex-président George W. Bush et son ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, pour torture et mauvais traitements de prisonniers à la prison de Guantanamo(9). Selon Manfred Nowak il est juridiquement du devoir des États-Unis d'engager ses poursuites. Le rapporteur spécial de l'ONU, lui-même auteur d'un rapport d'enquête sur la prison de Guantanamo, a expliqué que les États-Unis étant signataires de la Convention de l'ONU contre la torture, ils devaient s'y conformer. Manfred Nowak a d'ailleurs rappelé que le libellé de ce texte oblige ses signataires à recourir "à tous les moyens, en particulier ceux du droit pénal", pour poursuivre les coupables de tels actes. "Nous avons tous ces documents, aujourd'hui d'accès public, qui prouvent que ces méthodes d'interrogatoire ont été expressément ordonnées par monsieur Rumsfeld. Mais évidemment, les plus hautes autorités des États-Unis étaient au courant", a déclaré Manfred Nowak.

Le rapporteur spécial de l'ONU n'est pas le premier à préconiser des poursuites contre les membres de l'administration Bush. Plusieurs procédures judiciaires pour torture ont en effet été intentées contre Donald Rumsfeld par des groupes de défense des droits de l'homme français, allemands et américains. Dans un rapport du Sénat américain, Donald Rumsfeld figure d'ailleurs parmi les personnes désignées comme étant responsables des mauvais traitements sur des détenus dans les prisons américaines. Selon ce même rapport, l'ex-secrétaire à la Défense aurait autorisé en novembre 2002 l'utilisation de techniques d'interrogatoire musclées à la prison de Guantanamo pour faire parler les détenus. L'ex-président George W. Bush aurait également lui-même signé un document le 7 février 2002, autorisant le recours à des méthodes d'interrogatoire coercitives contre de présumés terroristes détenus à Guantanamo.

Le nouveau Président des Etats-Unis semble hélas ne pas avoir encore compris qu'il est impossible de demander l'application de telle ou telle règle de droit international à un pays, sans s'appliquer cette même règle à soi-même. Comment dès lors réaffirmer la prédominance du droit international si, aux Etats-Unis, aucune poursuite n’était engagée contre George W. Bush et Donald Rumsfeld ? S’il veut redonner un crédit moral à la première puissance mondiale et insuffler une nouvelle crédibilité et une grande force à la diplomatie américaine, Barack Obama n’a d’autre choix que de tirer toutes les conséquences de sa déconstruction et faire engager des poursuites judiciaires contre George W. Bush et Donald Rumsfeld.


Jean-Philippe Miginiac

 


Notes

(1) US Torture: Voices from the Black Sites, By Mark Danner, New York Review of Books April 9, 2009

(2) Red Cross Described 'Torture' at CIA Jails
Secret Report Implies That U.S. Violated International Law
By Joby Warrick, Peter Finn and Julie Tate, Washington Post March 16, 2009

(3) ACLU : The Bush Administration's Secret Legal Memos

(4) Justice Department Memos on Interrogation Techniques

(5) Explaining and Authorizing Specific Interrogation Techniques

(6) Statement of President Barack Obama on Release of OLC Memos

(7) Center for Constitutional Rights

(8) Amnesty International

(9) Prison de Guantanamo: L'ONU veut poursuivre Bush et Rumsfeld, Radio-Canada 2009-01-20

 

vendredi 17 avril 2009

Repères 17/04/09 - Torture à la Bush, mode d'emploi

Repères 17/04/09 - Torture à la Bush, mode d'emploi

Insectes, nudité, simulation de noyade : l'éventail des supplices sous Bush
NOUVELOBS.COM 17.04.2009

"L'éventail des méthodes d'interrogatoire détaillées avec une précision quasi-scientifique dans quatre mémos secrets rédigés par les avocats du département de la Justice Jay Bybee en 2002 et Steven Bradbury en 2005 est "graduée", de l'intimidation du suspect en l'attrapant brusquement par le col à la simulation de noyade, comme le précise le premier mémo datant d'août 2002.

TECHNIQUE DU MUR : La technique du mur (walling) consiste à placer la personne interrogée contre un mur flexible. L'enquêteur tire la personne vers lui, puis la repousse violemment contre le mur.

GIFLE : Vient ensuite la frappe au visage "avec les doigts légèrement écartés", recommande le texte. Son but est de "provoquer la surprise et/ou l'humiliation".

CONFINEMENT : Le confinement est également recommandé: "pas plus de deux heures" quand le détenu peut seulement être assis et "jusqu'à 18 heures" quand il est dans un espace plus grand lui permettant de se tenir debout.

FATIGUE MUSCULAIRE : Le prisonnier "est placé de 1,20 à 1,50 mètre d'un mur" et il lui est ordonné de ne pas bouger.

PRIVATION DE SOMMEIL : La privation de sommeil constitue une étape supérieure. Selon un mémo de mai 2005, elle a été utilisée jusqu'à 96 heures d'affilée, bien que 180 heures constitue la durée maximale autorisée.

INSECTES : L'utilisation d'insectes est recommandée dès le premier mémo de 2002, dans lequel les enquêteurs sont encouragés à dire à un détenu, en l'occurence le Palestinien Abou Zubaida, qu'il s'agit d'un "insecte qui pique". En réalité, l'utilisation d'un insecte inoffensif comme la chenille est conseillée.

SIMULATION DE NOYADE : La simulation de noyade (waterboarding) vient couronner la liste. "L'individu est attaché à un banc incliné", ses pieds sont généralement surélevés. Un linge est placé "sur son front et ses yeux" et de l'eau est versée sur le linge qui est tiré sur le nez et la bouche au cours de l'opération. La respiration du détenu est "légèrement entravée pendant 20 à 40 secondes", précise le mémo. Le linge est ensuite retiré et l'opération peut recommencer après trois ou quatre inspirations. Au total, cela ne doit pas durer plus de 20 minutes, selon le mémo secret.

NUDITE : Les trois mémos de mai 2005 apportent davantage de précisions. Il est par exemple indiqué dans un document du 30 mai que "la nudité est utilisée pour provoquer un inconfort psychologique, et aussi parce que cela permet à l'enquêteur de récompenser immédiatement le détenu en lui rendant ses vêtements en cas de coopération".

MANIPULATION DIETETIQUE : La "manipulation diététique", ou remplacement du repas habituel par un "liquide fade", peut également être utilisée."

 

Voir aussi :


Obama dévoile les pratiques de torture de la CIA
NOUVELOBS.COM 17/04/09

Torture mode d'emploi, façon CIA
Libération 17/04/2009

Les agents de la CIA ne seront pas poursuivis pour des actes de torture
LEMONDE.FR 16.04.09

 

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