La FED en intervenant a évité pour un temps le krach. C'est un nouveau
message adressé aux institutions et acteurs financiers, poursuivez, on vous
refinancera, et un nouveau mensonge délivré aux acteurs économiques, voyez
comme les marchés s'autorégulent et comme le système financier international
fonctionne bien ! Poursuivez donc sans contraintes, titrisez, dérégulez,
laissez circuler les capitaux, spéculez, spéculez, et spéculez encore (les
arbres montent bien jusqu'au ciel)... et, surtout, gelez toujours les bas
salaires au profit des mauvaises gouvernances actionnariales, attribuez les
fautes aux pauvres et faîtes que l'état n'intervienne pas.
Tout le paradoxe de la crise est là, la solution doit d'abord se parer
d'immoralité car l'économie réelle (vos emplois, votre épargne) ne résisterait
pas à la révélation des cadavres encore dissimulés dans les coffres des
banques.
La crise des subprimes ne fait que mettre en lumière les dérives
incontrôlées de l'utilisation de la titrisation des créances immobilières aux
États-Unis. Le marché des subprimes en a gonflé à des niveaux jamais vus grâce
à à cette technique financière qui consiste à transformer des créances (et
autres actifs) illiquides en titres liquides, à en transférer les risques à une
cascade d'investisseurs (c'est à dire au marché mondial virtuellement infini
des capitaux) et à noyer (à maquiller) la valeur et la solvabilité réelle de
ces titres sous une avalanche opaque d'agences de notation et de sociétés
d'assurances.
Pour éviter le gouffre, il n'y a pas d'autres solutions que de maintenir au
moins pour un temps la tête du noyé hors de l'eau. Il faut donc d'abord
abreuver le marché et les spéculateurs de liquidités, ce que font très bien les
banques centrales et la FED en particulier.
Mais pour éviter le gouffre il faut aussi intervenir de toute urgence pour
stopper la crise de solvabilité initiale et remettre les wagons pourris du
subprime sur les rails. C'est ce que proposait la candidate démocrate, Hillary
Clinton, le 5 Décembre 2007 avec un "package" immédiat de 110 milliards de
dollars (gel des taux d'intérêt pour les emprunteurs immobiliers, moratoire sur
les saisies, aides aux familles les plus démunies etc...). George W. Bush
semble, lui, ne pas avoir un seul instant pris conscience du problème, oubliant
le volet risques financiers, ne prévoyant aucune mesure agissant
directement sur la crise immobilière et ne proposant qu'une réduction
d'impôt à ceux qui en payent (salauds de pauvres !) alors qu'il est urgent que
le gouvernement américain apporte sa garantie totale à la solvabilité des
emprunteurs du subprime.
Et une fois le noyé étendu, sauf, sur la plage et le train vérolé de la
finance remis sur ses rails, il faudra bien, s'il n'est pas trop tard, garantir
la solvabilité des cadavres encore dissimulés et s'attaquer au fond du problème
en encadrant drastiquement, pour l'avenir, le système financier dans son
ensemble.
Jean-Philippe Miginiac