On nous assène depuis trop longtemps que l'affaire Clearstream
n'est que la simple trame d'une rivalité politique implacable, Dominique de
Villepin (le très méchant) voulant absolument empêcher Nicolas Sarkozy (le très
gentil) d'accéder à la Présidence de la République (ou à celle de
l'UMP).
De plus en plus nombreux sont aujourd'hui les observateurs qui
pensent qu'il faudrait sans doute inverser les rôles et faire que la justice
française sorte vite des brumes honteuses de la procédure actuelle. Il est
temps de poser enfin les bonnes questions et de diligenter les enquêtes
essentielles.
En d'autres termes, qu'on cesse de nous
enfumer.
Clearstream : défense et parties civiles attaquent les
juges
Justice. La plupart des protagonistes dénoncent une enquête privilégiant
Sarkozy.
Liberation 23/04/08
"Haro sur «Zig» et «Puce». Les juges d’instruction en charge de l’affaire
Clearstream, Jean-Marie d’Huy (alias «Puce») et Henri Pons (alias «Zig»),
concentrent un tir nourri de critiques sur leur façon de mener l’enquête,
exclusivement centrée sur la rivalité Villepin-Sarkozy. A lire un rapport de
synthèse, la seule victime des faux listings bancaires serait l’actuel
président de la République ; le principal commanditaire du faux serait l’ancien
Premier ministre. La plupart des protagonistes de l’affaire Clearstream (mis en
examen ou parties civiles) se disent estomaqués par une enquête menée au
bénéfice exclusif de Sarkozy - dont le nom n’est pourtant apparu qu’en dernière
ligne droite dans les faux listings. Leur heure est enfin venue : l’instruction
des juges étant bouclée depuis fin février, ils peuvent demander une enquête
complémentaire, passer outre le veto des juges devant la chambre de
l’instruction, et ne s’en privent pas.
Poux. Dominique de Villepin a dégainé avant-hier dans une note de 140 pages
rédigée par ses avocats, Mes Olivier d’Antin et Luc Brossolet, aux fins de
non-lieu. Ils couchent noir sur blanc ce que tout le monde murmure depuis
longtemps : la dénonciation calomnieuse ne tient pas la route.
Tout délit supposant une intention délictuelle, il faudrait que Villepin eût
connaissance de la fausseté des listings avant de donner son feu vert à leur
mise en circulation. Or, tout démontre au contraire qu’il a (trop ?) longtemps
cru à leur véracité. Une faute politique, peut-être, mais pas un délit pénal.
Ses avocats en veulent pour preuve l’enquête que Villepin avait confiée en
juillet 2004 à la Direction de la surveillance du territoire (DST), deux mois
après les premiers envois anonymes : «Cette mission consiste notamment à
découvrir le corbeau. Est-il un instant crédible que celui qui serait son
"mandant" prendrait ainsi le risque d’être découvert ? Les limites de l’absurde
sont ici dépassées […]. Sauf à en faire un devin, Dominique de Villepin ne sait
pas que les listings sont faux.»..."
...Trappe. Les plus remontés sont les parties civiles (autres que Sarkozy
lui-même) passées à la trappe. Leurs noms sont pourtant apparus mi-2003, six
mois avant l’actuel Président. Mais pour les juges, l’affaire Clearstream
commence en janvier 2004 dans le bureau de Villepin… Allain Guilloux, avocat
poursuivi dans l’Angolagate, n’entend pas en rester là. C’est sur son
insistance que d’Huy et Pons ont été contraints, en dernière ligne droite,
d’entendre l’ancien directeur des RG, Yves Bertrand, et sa fidèle enquêtrice,
Brigitte Henri. Guilloux exige de relancer l’enquête sur les RG : «Un survol
des cahiers Bertrand et des notes Henri permet de constater qu’y figurent des
noms mentionnés également sur le listing Clearstream. Ces patronymes ont un
point commun : tous ont été soupçonnés d’appartenir au réseau de financement
occulte, réel ou supposé, de monsieur Pasqua.» Bien loin d’une simple bagarre
Villepin-Sarkozy."
Voir aussi :
Repères 18/04/08 - " A défaut du voleur… il faut
bien, n'est-ce pas, arrêter quelqu'un ?… "
et, pour mémoire, Extrait du Canard enchainé du 6 février
Clearstream : le mystère de la « branloire
pérenne » de Villepin
Depuis des mois, les juges Jean-Marie d’Huy et Philippe Pons, de l’affaire
Clearstream, s’acharnent à faire « parler » un mystérieux DVD crypté
saisi en juillet 2007 au bureau de Dominique de Villepin, avenue Kléber à
Paris. Ce disque leur avait expliqué Villepin, avait été remis par un inconnu à
son assistante au Quai d’Orsay en mars 2004. « Je ne l’ai jamais
ouvert » avait-il ajouté, un peu énervé, et « je ne sais pas ce qu’il
contient »... Le disque était crypté à un niveau tel que même l’expert
informatique Philippe Joliot - qui avait réussi à reconstituer les fichiers
effacés de l’ordinateur d’Imad Lahoud - déclare forfait le 23 octobre. Pas
découragés pour autant, les juges transmettent alors le DVD à l’Institut de
recherche criminelle de la gendarmerie nationale, réputé pour être le meilleur
en France en la matière. Nouvel échec... Les magistrats décident alors de
saisir un troisième organisme qui dépend du ministère de la Défense. Mais,
entre-temps d’Huy et Pons, déchainés, ont fait fouiller de
fond en comble les scellés entreposés au greffe et découvert, dans le coffret
d’un autre DVD, un autocollant sur lequel étaient tracés 17 caractère et
chiffres ressemblant furieusement à un mot de passe. Bingo : le sésame
marche et le DVD livre enfin ses secrets. Stupéfaction : il ne contient
que des œuvres littéraires du ministre : « les cent jours », le
« cri de la gargouille », « Eloge des voleurs de feu », etc
sans compter quelques morceaux de choix dont un intitulé « La branloire
pérenne », d’après un texte de Montaigne »... "