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dimanche 2 décembre 2007

La phrase du jour 02/12/07 - Joe Biden

La phrase du jour 02/12/07 - Joe Biden

" The President has no authority to unilaterally attack Iran and ... if he does, as foreign relations committee chairman and former chairman of judiciary, I will move to impeach him " (Raw Story 30/11/07)

 

" Le Président n'a pas autorité pour attaquer unilatéralement l'Iran et ... s'il le fait, en tant que Président du Comité des affaires étrangères et ancien Président du Comité judiciaire, j'agirai pour [lancer une procédure] d'empeachment contre lui "

Joe Biden est le très puissant Sénateur démocrate, Président du Comité des affaires étrangères du Sénat des Etats-Unis

 

mercredi 11 juillet 2007

Analyse 11/07/07 - Etats-Unis : Nouvelle veillée d’armes au Congrès

Analyse 11/07/07 - Etats-Unis : Nouvelle veillée d’armes au Congrès

Le président Bush en est resté muet et la Maison Blanche a refusé de commenter un sondage réalisé par l’institut ARG selon lequel 45% des Américains sont aujourd’hui prêts à soutenir la Chambre des représentants en cas de procédure de destitution contre leur président (46% y sont encore opposés). Si l' " impeachement " concernait le Vice-Président Dick Cheney ce sont 54% des Américains qui soutiendraient l’action de la Chambre des représentants, seuls 40% s'y opposeraient.

La côte de popularité de George W. Bush a, dans le même temps, atteint son plus bas historique avec, selon un sondage CBS News, seulement 27 % des américains approuvant la façon dont il remplit ses fonctions de Président. La côte de popularité de Dick Cheney a, elle aussi, atteint son plus bas historique avec, selon le même sondage CBS News, seulement 28 % des américains approuvant la façon dont il remplit ses fonctions de Vice-Président.

La côte de popularité de George W. Bush était tombée sous le cap critique des 50% après sa réélection de Novembre 2004 et n’a cessé, depuis, de s’effondrer, lui valant, selon le Washington Post, le record du " plus long rejet par le public américain " dans toute l’histoire moderne des Etats-Unis.

Les temps sont décidément durs pour Georges W. Bush qui vient de perdre ses pouvoirs spéciaux de négociation commerciale. Ces pouvoirs, dits de " fast-track ", avaient été votés par le précédent Congrès pour une période de cinq ans et lui permettaient de négocier directement des accords commerciaux, sans possibilité d’amendement par le Congrès. Ils viennent d’expirer et la Chambre des Représentants, aujourd’hui majoritairement Démocrate, a refusé de les renouveler, remettant même en cause les accords en cours de négociation avec la Corée du Sud et la Colombie.

Le malaise est aussi ancré au sein du parti républicain partagé entre devoir de soutien au Président et crainte de futur désastre électoral ! 37 des 49 Sénateurs Républicains viennent de choisir de lâcher Bush et d’enterrer par leur vote le projet présidentiel de réforme de l’immigration, projet pourtant annoncé comme la plus importante des priorités de politique intérieure de George W. Bush au cours de son second mandat, et aussi la plus facile à réaliser ! Qu’en sera t-il des trois autres priorités de politique intérieure annoncées, réforme du système de sécurité sociale, baisse des impôts et loi pour décourager les procédures en justice et les " class actions " ?

George W. Bush semble d’ailleurs ne plus vouloir combattre que sur le dossier irakien où les pressions s’accentuent pour exiger un retrait des troupes US et où il résiste encore pied à pied et tente d’éviter la panique et la division des Républicains. Quelques chiffres, tirés du même sondage CBS News ou d’un sondage de Newsweek magazine mesurent l’évolution de l’opinion publique : Seuls 23% des américains approuvent aujourd’hui la manière dont George W. Bush conduit la guerre en Irak tandis que 70%, incluant un tiers des sondés s’identifiant eux-mêmes comme Républicains, la désapprouve et 77% disent que la guerre évolue mal (30%) ou très mal (47%). Un nouveau record, 40% des américains disent aujourd’hui que les troupes américaines doivent être retirées d’Irak et 26% disent que les effectifs doivent en être diminués. Un sondage CNN donnait déjà à très peu près les mêmes résultats quelques jours auparavant.

Au Congrès, des Républicains de poids, jusqu’ici loyaux, lâchent aujourd’hui ouvertement George W. Bush. C’est le cas du Sénateur Richard Lugar, le Républicain le plus haut placé dans la hiérarchie du Foreign Relations Committee dont il est l’ancien Président, immédiatement suivi par George Voinovich, Sénateur Républicain de l’Ohio (qui avait déjà fait dérailler la nomination de l’ultra-néocon John Bolton comme Ambassadeur à l’ONU) et John Warner, Sénateur de Virginie, ancien Président du Senate Armed Services Committee. Dans un discours remarqué, Richard Lugar a clairement indiqué que George W. Bush a tout au plus 75 jours, soit au plus tard mi-Septembre, pour faire marche arrière et entamer un retrait d’Irak, au risque d’une véritable fronde du Congrès. Richard Lugar a, depuis, confirmé, demandant un retrait des forces US d’Irak " dans les prochains mois ". John Warner a salué les déclarations de Richard Lugar, déclarant qu’il s’attendait à ce qu’un certain nombre de Sénateurs Républicains soutiennent ses positions au cours de l’examen du budget de la défense pour l'exercice 2008-2009.

Au cours des dernières semaines, également, le Sénateur Républicain du Nouveau Mexique, Pete Dominici, a ouvertement rompu avec George W. Bush sur la guerre en Irak : " J’appelle à une nouvelle stratégie qui amène nos troupes en dehors des opérations de combat et sur le chemin du retour à la maison " et la Sénatrice républicaine Olympia Snowe a expliqué qu'elle ne pouvait plus attendre, " Nous avons donné une marge de manœuvre au président, mais il faut maintenant changer de direction… Franchement, le président doit reconnaître la réalité ".

La Maison Blanche a eu beau arguer que le législateur ne pouvait faire pression à un changement de la politique américaine avant que le Commandant en chef des forces américaines, le Général David Petraeus, et l’Ambassadeur en Irak, Ryan Crocker, ne rendent, mi-Septembre, un rapport d’évaluation sur l’efficacité de la nouvelle stratégie, le " surge ", décidée en Février par George W. Bush, le Sénat a commencé, lundi 9 juillet, l'examen du budget de la défense pour l'exercice 2008-2009 en manifestant une volonté de plus en plus bi-partisane d’accentuer les pressions au retrait (Fin mai, les démocrates avaient abandonné leurs efforts, faute de posséder les 60 voix nécessaires pour contrer le veto de M. Bush).

Le chef de file de la majorité, le démocrate Harry Reid, a ainsi indiqué qu'il entendait se servir des débats pour faire pression sur la Maison Blanche et tenter d'obtenir un vote favorable à un calendrier de retrait. Parmi les amendements déjà déposés ou en projet, celui du Sénateur Démocrate de Virginie, Jim Webb, qui propose d'imposer un temps de repos minimum avant que les soldats ne puissent repartir vers l'Irak. Le sénateur Jack Reed suggère de son côté un " redéploiement graduel "dans les 120 jours et le Républicain John Warner a fait annoncer par son bureau qu’il déposerait un amendement détaillé obligeant à un changement de stratégie en Irak et que le Sénat entendrait " nombre de déclarations [dans le même sens] venant de ses collègues Républicains ". Autre amendement en vue, celui du Sénateur démocrate du Colorado, Ken Salazar, qui souhaite inscrire dans la loi les recommandations de l’Iraq Study Group, publiées en décembre 2006 et largement ignorées par le président Bush.

Richard Lugar et les Sénateurs Républicains qui le suivent sont d’ailleurs exactement sur la même ligne, rejetant l’option d’un retrait total, affirmant qu’un retrait " tactique " associé à une focalisation diplomatique sur les problèmes régionaux, incluant un effort crédible pour résoudre le conflit israélo-arabe, était une nécessité urgente et alertant avec insistance sur les risques de la stratégie actuelle du " surge ": " une telle direction présente des risques extrêmes pour la Sécurité Nationale… Elle augmenterait considérablement les risques d’un piètre retrait d’Irak, voire peut-être du Moyen Orient, ce qui porterait préjudice aux intérêts US pendant des décennies ".

Au sein même de l’administration Bush, le Secrétaire à la Défense, Robert Gates, professe lui aussi de plus en plus ouvertement un retrait progressif des troupes de combat, en accord avec les recommandations faîtes en Décembre 2006 par l’Iraq Study Group dont il faisait lui-même partie avant sa nomination comme Secrétaire à la Défense en Novembre, anticipant ainsi un rapport très pessimiste du Général David Petraeus sur les résultats de la stratégie présidentielle.

Le projet d’amendement de Ken Salazar fait donc d’ores et déjà les cauchemars des partisans du " surge " qui craignent qu’il ne recueille les 60 votes nécessaires à contrer tout veto de George W. Bush et ne fasse des recommandations de l’Iraq Study Group la politique officielle des Etats-Unis ! Le Conseiller à la Sécurité, Stephen Hadley, passe aujourd’hui le plus clair de son temps à tenter désespérément d’éviter la désertion des sceptiques et les néocons viennent de se mobiliser en force dans un forum de l’American Enterprise Institute, ou avec Bill Kristol dans l’hebdomadaire Weekly Standard, pour supplier le Président de ne pas céder " aux conseils de certains membres de son entourage "et être tenté de " passer un compromis avec les opposants à la guerre ", accusant Richard Lugar et ceux qui voulaient le suivre d’être " des Républicains d’avant le 9/11 " ou des " pseudo-penseurs " !

George W. Bush les a entendus, rejetant le 10 Juillet les appels des Sénateurs républicains opposés à la stratégie en cours : " Le niveau des effectifs sera décidé par nos commandants sur le terrain et non par des personnalités politiques à Washington ", a-t-il prévenu, peu disposé à déposer les armes.

 

Jean-Philippe Miginiac 11/07/07

 

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jeudi 9 novembre 2006

Analyse 09/11/06 - Etats-Unis : la période de tous les dangers ?

Analyse 09/11/06 - Etats-Unis : la période de tous les dangers ?

La débâcle de George W. Bush aux élections de Mid-Term devrait, en toute bonne logique démocratique, le convaincre de changer le cap de sa stratégie et de sa politique étrangère. Le peuple américain a en effet mis la guerre en Irak au cœur des justifications de son vote pour signifier à son Président qu’il entendait que soit notamment donnée une nouvelle direction à la stratégie qui lie guerre d’Irak, guerre contre la terreur et invocations de l’ " axe du mal ".

La détermination de la majorité du peuple américain semble ainsi entièrement inscrite dans la formule employée à dessein par Christopher Preble, directeur des études diplomatiques au Cato Institute, qui reprend en l’inversant la détermination préalablement affichée par le Président : " Il n’est plus possible de garder le cap pour Bush, ni stratégiquement, ni politiquement ".

Le nouveau Congrès dispose de moyens importants pour contraindre la Maison Blanche. Les démocrates tiennent ainsi dorénavant les cordons de la bourse et peuvent lancer toute commission d’enquête parlementaire " dure " sur des sujets qui fâchent, tels les mensonges sur les armes de destruction massive, les dépenses du Pentagone, les marchés de reconstruction et la corruption en Irak, ou encore l’affaire Palme. Pour affaiblir l’administration Bush et contraindre le Président, ils pourraient même aller jusqu’à lancer une procédure d’impeachment.

George W. Bush l’a bien compris qui, reconnaissant sa défaite, a immédiatement démissionné Donald Rumsfed, Secrétaire à la Défense qui symbolise plus que tout autre la descente aux enfers des Etats-Unis en Irak, et a annoncé qu’il souhaitait travailler avec le nouveau Congrès à majorité démocrate. Robert Gates, le nouveau patron du Pentagone désigné par le Président, a, et ce n’est sans doute pas une coïncidence, participé aux débats bipartisans sur l'Irak en tant que membre du Groupe d'étude sur l'Irak (Irak Study Group) présidé par l'ancien secrétaire d'Etat républicain James Baker et par le démocrate Lee Hamilton.

L’idée est souvent affichée qu’un compromis pourrait en effet intervenir autour des conclusions attendues pour Janvier de ce Groupe d’étude bipartisan installé par le Congrès avec l’accord de la Maison Blanche, et dont il se dit avec insistance qu’il pourrait préconiser un certain retrait d’Irak, une conférence régionale incluant Syrie et Iran, et un découpage de-facto de l’Irak selon ses composantes sectaires. Joseph Biden, qui va certainement occuper le poste très influent de Président du Foreign Affairs Committee du Sénat estime que le groupe Baker permettra de faire évoluer la stratégie américaine et que George W. Bush acceptera d’autant plus ses propositions qu’elles ne viendront pas des seuls démocrates. Nancy Pelosi, qui va devenir la présidente speaker de la Chambre des représentants et le troisième personnage des Etats-Unis, a déjà fait savoir que les démocrates ne sabreraient pas dans les crédits de guerre pour faire pression sur l'exécutif et Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, s'est quant à lui félicité de la nomination de Robert Gates au Pentagone.

La nomination de Robert Gates pourrait traduire, d’ailleurs, une reprise en main, voire un dictat, de l’entourage du père de George W. Bush, l’ex-Président George H.W. Bush. Robert Gates a été le bras droit, au Conseil National de Sécurité, de Brent Scowcroft, adversaire de l’invasion de l’Irak, et a fait partie d’une task force du Council on Foreign Relations qui a recommandé l’ouverture de pourparlers directs avec l’Iran. Brent Scowcroft travaillait pour le père de George W. Bush quand il était Président tout comme James Baker qui en était le Secrétaire d’Etat.

Flexibilité ? Le vrai signe en aurait été les départs conjoints du Vice-Président Dick Cheney et de Donald Rumsfeld. Croire en effet que, les démocrates tenant le Congrès et Bush père tenant son fils, la stratégie et la politique moyen-orientale de Georges W. Bush vont radicalement " changer de direction " est encore totalement hypothétique. Georges W. Bush l’a d’ailleurs immédiatement réaffirmé, il n’est pas question pour lui que les Etats-Unis se retirent d’Irak avant la " victoire " et Dick Cheney, immédiatement re-confirmé à son poste par le Président, avait déjà lancé, quelques jours avant les élection, un tonitruant " En avant à pleine vitesse… Nous avons la bonne stratégie… " ajoutant : " On ne peut pas construire une politique de sécurité nationale sur la base [des élections]… Ce n’est peut-être pas populaire [mais] cela n’a pas d’importance dans la conscience que nous avons de continuer notre mission et de faire ce que nous pensons être juste ".

La Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, s’est elle même exprimée sur l’Irak au lendemain des élections : " Les électeurs américains ont clairement voté pour un changement, comme le Président l’a dit… Ils n’ont pas voté pour quelque chose de moins qu’un succès en Irak… L’engagement américain aux objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak reste absolument ferme et c’est ce qui est important… Les Etats-Unis se retireront certainement quand les objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak [seront atteints], parce que c’est trop important pour notre propre sécurité. L’Irak doit être un succès pour que l’Amérique soit sécurisée. Et nous maintiendrons cette direction ".

Les démocrates en tant que tels n’ont par ailleurs encore proposé aucune stratégie nouvelle et aucune sortie de crise en Irak. Ils sont en effet eux-mêmes profondément divisés entre ceux, anti-guerre, qui envisagent un retrait rapide des troupes américaines piégées en Irak et ceux, plus ou moins néo-conservateurs bien que démocrates, qui soutenaient sans défaillir la stratégie présidentielle. Le poids de ces derniers est tout sauf négligeable, à l’image des 30 représentants de la " coalition des chiens bleus ", fondée en 1994, qui se positionnent très à droite sur l’échiquier du parti démocrate.

Côté républicains, l’imbroglio est devenu total avec la révélation surprise, sur le site du journal Vanity Fair, des opinions actuelles de certains parmi les plus éminents des néo-conservateurs : Richard Perle, Kenneth Aldeman, David Frum, Frank Gaffney, Michael Leeden, etc… qui étaient, hier, les plus enragés et les plus engagés en faveur des stratégies de guerres préemptives et surtout en faveur de l’invasion de l’Irak. Les mêmes cèdent aujourd’hui, semble t-il, à la panique devant de possibles convocations devant les commissions du Congrès en affirmant juste avant les élections qu’ils n’auraient pas soutenu la guerre si ils avaient su où " une des équipes les plus incompétentes d’un après-guerre " mènerait les Etats-Unis. Le Président lui-même est directement visé par David Frum qui a pourtant rédigé certains de ses discours : " Si le président dit les mots, il ne saisit tout simplement pas les idées ".

Côté républicains, encore, l’échec des tentatives de compromis était déjà patent avant les élections avec l’incapacité des plus pragmatiques à faire changer la politique de George W. Bush. Ainsi le très puissant Président du Senate Armed Service Committee, John Warner, avait-il déclaré clairement que la politique irakienne actuelle ne fonctionnait pas et qu’il fallait en changer, sans réussir pourtant à ébranler la détermination d’un George W. Bush certain de la " victoire ". Obstination ? Bob Woodward n’écrit-il pas, dans son dernier livre " State of Denial ", que le Président aurait déclaré que, même s’il n’était plus soutenu que par sa femme, Laura, et par son chien, Barney, il ne changerait pas de direction sur l’Irak !

Le nouveau Congrès dominé par les démocrates n’entrera en fonction qu’au mois de Janvier 2007 et, d’ici là, Georges W. Bush gardera, avec ses amis républicains, une confortable maîtrise de tout acte législatif et du travail des commissions qui divergeraient par trop de sa propre volonté. Quand le nouveau Congrès entrera en fonction, il disposera encore du droit de veto présidentiel et de " l’executive order " qui lui permet de passer outre le Congrès. Il restera aussi, comme Président, l’arbitre-en-chef de la politique étrangère et de la politique de sécurité nationale et le commandant-en-chef des forces armées.

Une politique d’opposition systématique du nouveau Congrès, utilisant tous ses pouvoirs d’investigations, de citation, d’interrogation et de contrôle direct de l’administration Bush, pourrait d’ailleurs se révéler, comme toute tentative d’impeachment, plus contre-productive que vraiment utile aux intérêts de la nouvelle majorité du Congrès dans une période où démocrates comme républicains vont se focaliser sur la prochaine échéance présidentielle en évitant soigneusement tout risque de discrédit auprès des électeurs.

C’est d’ailleurs ce que laissait entendre au lendemain des élection Robert Kagan, du Carnegie Endowment, qui relevait que pour ce qui concerne la politique étrangère, " le scénario préféré des européens – un Bush entravé – est moins probable que son alternative – un Bush libéré.  Le Président Bush n’a pas le souci d’être élu en 2008 et va apparaître comme ne pensant plus qu’à sa place dans l’histoire. Cela peut l’amener à agir dans la voie que souhaitent les européens, une diplomatie multilatérale vigoureuse sur l’Iran et la Corée du Nord. Mais il peut aussi aller dans une direction qu’ils trouveront inquiétante si cette diplomatie échoue ".

Flexibilité ? Obstination ? L’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder, dans les bonnes pages déjà diffusées de son autobiographie, rappelait il y a peu combien il avait été frappé, lors de ses entretiens avec George W. Bush, de ce que le Président américain affirmait se situer en permanence en symbiose avec une instance divine et semblait ne prendre ses décisions politiques qu’après discussion avec Dieu. Le problème pourrait donc être juste de savoir quelles sont aujourd’hui, entre flexibilité et obstination, les intentions divines !

George W. Bush l’a déjà dit, il ne laissera pas l’Iran au prochain Président des Etats-Unis et solutionnera le problème iranien avant de quitter la présidence. La période à venir pourrait donc s’avérer être celle de tous les dangers avec un Président des Etats-Unis peut-être de plus en plus isolé de la scène politique américaine, toujours persuadé que sa propre intelligence, en symbiose avec celle de Dieu, dépasse celle de tous les experts réunis et n’ayant plus d’autres objectifs que celui de prouver, y compris à son père, qu’il est bien infaillible !

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vendredi 30 juin 2006

Analyse 30/06/06 - Bush, Condi… et les autres…

Analyse 30/06/06 - Bush, Condi… et les autres…

La logique stratégique de l’administration Bush est d’une limpidité totale et est acceptée aussi bien par les néo-conservateurs, les conservateurs modérés, les réalistes et les libéraux : Les Etats-Unis sont, veulent et doivent rester la première puissance mondiale, au besoin par la force militaire. Une des deux puissances rivales, la Chine, a une dépendance vitale vis à vis de ses approvisionnements énergétiques actuels et futurs en provenance du golfe persique et d’Asie centrale. L’autre puissance rivale, la Russie est profondément engagée en Iran, en Asie centrale et dans le Caucase. Les Etats-Unis auraient donc un avantage stratégique majeur s’ils s’assurent une position dominante dans le golfe persique et en Asie centrale. Cette idée est la pierre angulaire de la politique américaine des dernières décennies, quelque soit l’administration, républicaine ou démocrate, au pouvoir à Washington.

L’administration Bush a cependant innové dans la méthode en occupant militairement deux pays de la région au nom de la guerre contre le terrorisme, en menaçant directement un troisième au prétexte d’une menace nucléaire imminente, et en annonçant fort son objectif d’imposer changements de régime, démocratie et marché libre style USA dans la région. Depuis le début de l’année 2006, la pression de Washington sur le problème nucléaire iranien s’est ainsi sensiblement accrue, aboutissant, le 8 Mars, au renvoi du dossier de l’International Atomic Energy Agency devant le Conseil de Sécurité. Les débats internes de l’Administration Bush s’étaient auparavant cristallisés au cours de nombre de réunions et de consultations d’experts qui, semble t-il, avaient abouti à la victoire des " durs " et à la mise en place d’une campagne soutenue contre Téhéran. Condolezza Rice n’affirmait-elle pas elle même, le 27 Février dernier devant la Commission Budgétaire du Sénat, que l’Iran était " la banque centrale du terrorisme dans le monde ", propos réitérés à maintes reprises depuis, ajoutant le 10 Mars, devant le même Sénat, qu’il n’y avait pas pour les Etats-Unis de plus grand défi " que celui de l’Iran dont les agissements mènent à développer un Moyen Orient qui serait à 180 degrés différent du Moyen Orient que nous voulons voir se développer… Nous n’avons pas de problème avec le peuple iranien. Nous voulons que le peuple iranien soit libre. Notre problème est avec le régime iranien ".

Selon les confidences faites au Washington Post par des experts de la Hoover Institution, les propos du Président George W. Bush, du Vice-Président Dick Cheney et de Stephen J. Hadley, Conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, étaient alors encore plus explicites au cours de réunions tenues en leur présence, réunions desquelles émergeait le sentiment que l’Administration Bush évoluait vers une politique encore plus dure contre le régime iranien. La position des extrémistes de Washington s’était d’ailleurs exprimée avec force avec le discours de Dick Cheney, interrompu 48 fois par les applaudissements, qui déclarait le 7 Mars dernier devant le très néo-conservateur " American Israel Public Affairs Committee " (AIPAC) que " la communauté internationale est prête à infliger [à l’Iran] des conséquences significatives ", ce qui en langage diplomatique équivaut à une menace militaire, ces déclarations intervenant après celles, le 5 Mars devant le même cénacle, de l’Ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies, John Bolton, menaçant l’Iran de " tangibles et douloureuses conséquences ".

Le 8 Mars, Joseph Cirincione, alors directeur du projet non-prolifération au Carnegie Endowment for International Peace, avouait son trouble, notant que l’intervention de Dick Cheney pourrait laisser penser aux autres pays que le véritable agenda des Etats-Unis avait pour objectif un changement de régime à Téhéran et qu’ils utilisaient le problème nucléaire pour arriver à leurs fins, risquant de mettre à mal la position commune acquise entre Etats-Unis et Europe. Joseph Cirincione affirmait enfin qu’il croyait savoir que le bureau du Vice-Président américain considérait très sérieusement une option militaire contre Téhéran, ce qui pour lui conduirait les Etats-Unis au désastre.

Le 16 Mars, présentant la nouvelle doctrine, ajustée, de la National Security Strategy (NSS), Stephen Hadley affirmait " que la doctrine de pré-emption reste saine et qu’elle doit rester part intégrale de notre stratégie de sécurité nationale ". Le nouveau texte insistait cependant beaucoup plus que le précédent sur la diplomatie et l’action internationale concertée mais soulignait particulièrement le désir de George W. Bush de faire de l’extension de la démocratie la base fondamentale de la politique étrangère des Etats-Unis malgré les critiques de plus en plus affirmée de plusieurs représentants du Parti républicain. Concernant particulièrement l’Iran, le texte stigmatisait directement le régime iranien : " Les Etats-Unis ont d’importantes inquiétudes concernant l’Iran. Le régime iranien sponsorise le terrorisme, menace Israël, cherche à contrecarrer la paix au Moyen Orient, désorganise la démocratie en Irak, et refuse les aspirations de son peuple pour la liberté ". Une lecture attentive du texte, non relevée par les médias, permettait cependant d’en extraire la phrase suivante :  " Le problème nucléaire et nos autres inquiétudes peuvent finalement être résolus seulement si le régime iranien prend les décisions stratégiques de changer ces politiques, ouvre son système politique, et donne la liberté à son peuple. Ceci est le but suprême de la politique des Etats-Unis ".

" Changement de régime " ou " changement de la politique du régime " ? La politique américaine basculait brutalement, le 31 Mai, d’un objectif de changement de régime, poursuivi dans un cadre unilatéral, à un objectif de changement de la politique du régime  iranien, poursuivi dans un cadre multilatéral, avec l’annonce par Condolezza Rice de la décision des Etats-Unis de joindre la table des négociations de la troïka européenne sous condition que l’Iran " suspende " ses activités d’enrichissement de l’uranium. Ce revirement inattendu apparaît pour beaucoup d’analystes, notamment en Europe et en Russie, comme une posture temporaire destinée à affaiblir la pression des appels à la négociation directe lancés tant par Téhéran que par la troïka européenne. Il pourrait pourtant bien s’agir, au contraire, d’un revirement stratégique majeur qui verrait Georges W. Bush décidant in fine de soutenir la position du Département d’Etat et l’application d’une nouvelle stratégie multilatérale de dissuasion, d’isolation et de " containment " de l’Iran.

La réaction des " durs " à Washington semble cependant confirmer la persistance d’un intense bras de fer idéologique au sein même et dans l’environnement proche de la Maison Blanche et la possibilité d’un nouveau revirement en fonction des rapports de force de l’instant (Georges W. Bush est-il capable de penser et de décider par lui-même ?). Dès le lendemain de l’annonce faîte par Condolezza Rice, en effet, un éditorial du Wall Street Journal exprimait clairement la crainte des " durs " à voir les Etats-Unis contraints à des concessions et montrait qu’ils n’entendaient pas abandonner la partie dans les mains du Département d’Etat : " Déjà hier l’Iran s’appropriait les négociations directes en demandant que toute négociation soit ‘sans pré condition’. Ceci était entièrement prévisible, et vous pouvez faire le pari que cette nouvelle demande iranienne trouve des échos à Paris, à Moscou et dans certains quartiers de Washington ". Le même jour, dans un article du National Review, les néo-conservateurs de l’American Enterprise Institute stigmatisaient l’" erreur " du Gouvernement : " Les dommages causés par l’offre de Rice au peuple d’Iran peuvent être irréversibles. Elle dit que ‘le Président Bush’ veut une relation nouvelle et positive entre le peuple américain et le peuple iranien’. Mais s’il en est ainsi pourquoi reconnaître et légitimer le régime non élu qui les oppresse ? ".

Depuis, le dépit, la rage et la contre-attaque des néo-conservateurs ne cessent de s’exprimer avec de plus en plus de force, Michael Ledeen (également de l’American Enterprise Institute) s’en prenant par exemple violemment à Condoleeza Rice dans National Review du 7 Juin, sous le titre " Bill Clinton est-il encore Président ? " : " De temps à autres certains clowns ont suggéré que nous envoyons Bill Clinton pour négocier avec les Mollahs en notre nom… Je suppose que c’est juste une question de temps avant que Condi n’emprunte un des chapeaux d’Albright (ndlr Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat de Bill Clinton) et n’aille à Téhéran pour danser avec leur dictateur… En ce moment la plupart de nos dirigeants essayent désespérément de se convaincre eux-mêmes qu’il existe une sortie, que nous pouvons faire un grand marchandage, que nous n’avons pas à affronter les Mollahs. C’est l’illogique de l’apaisement si bien décrite par Churchill après Munich. Chamberlain, disait-il, avait à choisir entre la guerre et le déshonneur. Chamberlain choisit le déshonneur et il eut la guerre. C’est le risque que prennent nos dirigeants aujourd’hui ".

Et pendant que Washington bruisse des rumeurs d’une liaison extraconjugale de Georges W. Bush avec Condi, c’est Richard Perle lui-même, " Prince des ténèbres " et des néocons, ancien ultra-belliciste du Defence Policy Board (aujourd’hui à l’American Enterprise Institute) qui signe le 25 Juin un retour fracassant sur la scène politique américaine dans un article publié par le Washington Post sous le titre " Pourquoi Bush clignote t-il sur l’Iran ? (Demandez à Condi) ". Dans cet article, Richard Perle s’en prend directement à Georges W. Bush  : " Comment se fait-il que Bush, qui a fait le serment que sous sa surveillance ‘les pires armes ne tomberont pas dans les pires mains’, ait choisi une si ignominieuse retraite ? ", suggérant que Georges W. Bush est aujourd’hui quasiment une marionnette dans les mains de Condoleeza Rice. Richard Perle lance aussi un appel au Président (et derrière lui à Dick Cheney) pour que la Maison Blanche retrouve le chemin de la guerre contre l’Iran : " Je sais qu’il n’est pas trop tard pour nous, qu’il n’est pas trop tard pour donner substance aux mots de Bush, qu’il n’est pas trop tard pour racheter notre honneur ".


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