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Tag - Ali Khamenei

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mardi 8 janvier 2008

Repères 08/01/08 - Mauvais temps pour Mahmoud Ahmadinejad ?

Repères 08/01/08 - Mauvais temps pour Mahmoud Ahmadinejad ?

A President’s Defender Keeps His Distance
New York Times January 8, 2008

"A rift is emerging between President Mahmoud Ahmadinejad and Iran’s supreme religious leader, Ayatollah Ali Khamenei, suggesting that the president no longer enjoys the ayatollah’s full backing, as he did in the years after his election in 2005...

...There are numerous possible reasons for Mr. Ahmadinejad’s loss of support, but analysts here all point to one overriding factor: the United States National Intelligence Estimate last month, which said Iran had suspended its nuclear weapons program in 2003 in response to international pressure. The intelligence estimate sharply reduced the threat of a military strike against Iran, allowing the Iranian authorities to focus on domestic issues, with important parliamentary elections looming in March...

...Relations between the United States and Iran will always be difficult — as the encounter between Iranian speed boats and three United States Navy warships in the Strait of Hormuz on Monday made clear — but perhaps not impossible, many here are saying.

Liberal commentators, here and abroad, have long argued that hard-line policies in the West only strengthen hard-line politicians in Iran, and conversely that lowering the threat level enhances the position of moderates. With conservative politicians who supported Mr. Ahmadinejad in 2005 increasingly turning into his fiercest critics, and with Ayatollah Khamenei saying recently that Iran’s lack of contacts with the United States “does not mean that we will not have relations indefinitely,” the pundits would seem, for now, to be on the right track.


Lire également :

Analyses 28/10/07 - Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin - Par Jean-Philippe Miginiac 28 octobre 2007

 

dimanche 28 octobre 2007

Analyses 28/10/07 - Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin

Analyses 28/10/07 -  Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin 

Il faut, sur l'Iran et à quelques jours d'une visite de Nicolas Sarkozy à Washington, écouter et ré-écouter Dominique de Villepin.

Riposte 16/09/07 : Dominique de Villepin sur l'Iran

 

En quelques mots, tout est dit de l'impasse des négociations sur le nucléaire iranien, de la responsabilité de l'administration Bush et de la montée des tensions dans laquelle la France semble se livrer pieds et poings liés.

En 2003, L’ambassadeur Suisse en Iran informait le Département d'État américain que les Iraniens faisaient une offre de négociation sans restrictions, et que celle-ci avait l’approbation du "guide suprême" iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, ainsi que du Président d'alors, Mohammad Khatami.

"J’ai la nette impression qu’il y a une volonté forte de la part du régime de résoudre tous les problèmes avec les USA en ce moment, et que ce document est un essai pour y parvenir", écrivait M. Tim Guldimann dans la lettre d’une page qu’il avait faxé au Département d’État le 4 mai 2003. Il y joignait un document iranien nommé "Feuille de Route" listant les objectifs de la négociation.

Parmi ceux-ci, la lutte anti-terroriste, et la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël.

Il n'y eut aucune réponse des américains.

Tim Guldimann a raconté les conversations engagées à l’époque avec Sadegh Kharrazi, l’ambassadeur d’Iran à Paris, qui lui avait affirmé que le "guide suprême", l’Ayatollah Khamenei et le président Mohammad Khatami étaient engagés sur chaque mot de la proposition iranienne.

Interrogée en février dernier par le sénat, Condolezza Rice affirmait n’avoir aucun souvenir de ce document (elle dirigeait alors le Conseil National de Sécurité), niant même son existence : "si un document avait mentionné la reconnaissance d’Israël je m’en souviendrais" (Washington Post 8 février 2007).

Flint Leverett, employé au Conseil National de Sécurité lorsqu’il était dirigé par Condolezza Rice, avait à l’époque considéré la proposition Iranienne comme étant d’une importance comparable à celle de l’offre Chinoise de 1972 qui avait conduit à la reprise des relations entre Pékin et Washington. Pour lui, il est certain que ce document a été vu par Condolezza Rice et Colin Powell, alors à la tête du Département d'État. Flint Leverett rapporte une discussion qu’il aurait eu avec Colin Powell, ou celui ci affirmait qu’il ne "pouvait pas 'vendre' cette offre à la maison Blanche", preuve selon lui que ce document avait bien été discuté au Département d’État. S’exprimant devant l’auditoire d’une conférence organisée par la New America Foundation, il déclarait : "L’administration Bush, jusque et y compris Mme Rice trompent le Congrès et les américains au sujet de cette proposition iranienne".

Le Président Mohammad Khatami, réformiste, prônait alors la détente et le "dialogue des civilisations" et Téhéran agréait à l'extension des inspections de l'IAEA (International Atomic Energy Agency) et à la suspension de l'enrichissement de l'uranium. Les ministres des Affaires Étrangères britannique, Allemand et Français se rendaient à Téhéran en Octobre 2003 et, pour la première fois dans l'histoire de la République Islamique, le terrain était prêt pour des négociations d'ouverture avec l'Ouest. Même s'ils estimaient que l'enrichissement de l'uranium était un "droit naturel" du peuple iranien, les réformistes pensaient en effet ne pas devoir engager un bras de fer avec l'ouest, bras de fer qui aurait pu mettre en péril leur sécurité et leur développement économique. Pour eux, l'enrichissement de l'uranium pouvait être réalisé dans le cadre d'un processus de négociation et de construction de rapports de confiance avec l'Ouest.

Exit Mohammad Khatami. L’ancien président réformateur ne s’est pas représenté à l’élection Présidentielle de Juin 2005, laissant le conservateur "pragmatique" Ali Akbar Rafsandjani, à qui il avait lui même succédé en 1997, apparaître comme réformateur face à l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui sera élu à la surprise des occidentaux. Mahmoud Ahmadinejad, ultra-islamiste populiste et dur parmi les durs du régime, n’avait quant à lui aucune considération pour les accords internationaux et encore moins pour un dialogue avec le "Grand Satan". Avec la crise nucléaire et ses déclarations fracassantes sur Israël il a même, en très peu de temps, mis fin à toute velléité iranienne de négociation ou de rapprochement et réussi l’exploit de rassembler dans la surenchère les plus hauts caciques du régime des mollahs avec qui il dispute pourtant un pouvoir contesté (voir Guerres de palais à Téhéran).

La rupture des négociations avec la troïka européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni) et la reprise du programme de recherche nucléaire iranien ouvraient-elles pour autant un boulevard obligé vers la guerre ? (voir Quelles options sur l'Iran ?).

En Octobre 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei étendait les pouvoirs d’Ali Akbar Rafsandjani, président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime (appelé aussi le Conseil de Discernement), qui avait été largement battu par Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles. Le conseil supervisait désormais la politique du régime. Ali Akbar Rafsandjani devenait ainsi, malgré sa défaite, le numéro deux du régime iranien et en supervisait trois des quatre branches. L’Ayatollah Ali Khamenei et Ali Akbar Rafsandjani soutenait dorénavant la position "ultra" de Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce qu’ils ne pouvaient apparaître comme moins nationalistes que lui, mais l’une des premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une fois ses pouvoirs renforcés, a été de nommer le président sortant, le réformateur Mohammad Khatami, comme principal conseiller du Conseil, le ramenant ainsi sur le devant de la scène. Tous deux ont cherché à adoucir les propos tenus par Mahmoud Ahmadinejad sur Israël (voir Guerres de palais à Téhéran).

Au cours de l'année 2006, une nouvelle opportunité d'engager des négociations directes entre Téhéran et Washington est apparue. Ali Akbar Rafsandjani, numéro deux du régime, Ali Larijani, qui présidait alors le Conseil National de Sécurité iranien et était connu pour être très proche du "guide suprême", l’Ayatollah Ali Khamenei, tout comme le Dr Hasan Rowhani, autre membre du Conseil de Sécurité iranien également nommé par l’Ayatollah Ali Khameini, ou Javad Zarif, représentant iranien à l'ONU, ont multiplié les signaux indiquant que l’Ayatollah Ali Khameini souhaitait des négociations directes avec Washington sur le dossier nucléaire (voir Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad).

Ali Larijani, dorénavant chargé des négociations sur le nucléaire avec la troïka européenne, s'était immédiatement fait remarquer par ses reproches à l'équipe de négociation précédente, sous le mandat de l'ex-Président Mohammad Khatami, l'accusant d'être trop conciliante et d'être prête à céder "la perle" nucléaire contre "le bonbon" proposé par les Européens, c'est-à-dire une coopération nucléaire civile, économique et politique. Au cours des négociations il s'est en fait montré plus conciliant et ses rencontres avec Javier Solana, le porte-parole de la diplomatie européenne, et Mohammed El Baradei, le directeur de l'AIEA, l'ont révélé ouvert au dialogue. Le 16 Mars 2006, il annonçait que Téhéran était prêt à des discussions avec les Etats-Unis, suggérant que les deux pays travaillent à surmonter leur mutuelle défiance (voir Négociations USA-Iran : Trop tard pour les pragmatiques ?).

La première réaction officielle du Secrétaire d’Etat américain, Condolezza Rice, aura été de relever, le 17 Mars 2006, que "cela pourrait être utile", notant que l’Ambassadeur US en Irak, Zalmay Khalilzad, avait été autorisé (par elle et par Georges W. Bush) à discuter de l’Irak avec l’Iran depuis la fin de l’année 2005. Un mois auparavant, elle affirmait devant la Commission Budgétaire du Sénat, que l’Iran était "la banque centrale du terrorisme dans le monde", propos réitérés à maintes reprises depuis, ajoutant le 10 Mars, devant le même Sénat, qu’il n’y avait pas pour les Etats-Unis de plus grand défi "que celui de l’Iran dont les agissements mènent à développer un Moyen Orient qui serait à 180 degrés différent du Moyen Orient que nous voulons voir se développer… Nous n’avons pas de problème avec le peuple iranien. Nous voulons que le peuple iranien soit libre. Notre problème est avec le régime iranien".

Le 18 Mars, dès le lendemain de l’appréciation plus que négative de Condolezza Rice sur l'opportunité d'une prochaine ouverture de négociations avec l’Iran, Stephen J. Hadley, Conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, relevait avec force que Zalmay Khalilzad avait été autorisé à discuter avec les iraniens uniquement sur leur ingérence en Irak et sur le fait qu’ils apportent "confort et, dans certains cas, équipement aux terroristes qui tuent des irakiens et qui tuent des membres des forces de la coalition", et s’empressait de dénigrer ces négociations, affirmant qu’elles étaient "simplement un truc des iraniens pour tenter de détourner la pression qu’ils ressentent à New York". Hadley suggérait de plus qu’il n’était aucun besoin de négocier avec l’Iran puisque "nous discutons en permanence : nous faisons des déclarations et ils font des déclarations".

Le même jour, Scott McClellan, attaché de presse de la Maison Blanche, insistait sur le fait que les négociations resteraient cantonnées à la situation en Irak et ne concerneraient pas le programme nucléaire iranien tandis qu’un officiel US de haut niveau, discutant avec des journalistes sous le sceau de l’anonymat, traitait l’offre iranienne de "coup", ajoutant que Washington ne participerait à ces discussions que pour éviter les critiques affirmant que les Etats-Unis ne font pas tout ce qu’ils peuvent pour éviter les sanglantes confrontations entres irakiens. Un autre officiel de la Maison Blanche poursuivait au même moment d’autres journalistes pour leur affirmer que l’offre iranienne était "de la réclame" et Zalmay Khalilzad déclarait au journal Le Monde "Nous sommes prêts à parler avec tous les voisins de l'Irak, l'Iran inclus. Mais, soyons clairs, il ne s'agit pas de négocier l'avenir de l'Irak avec eux. Nous avons quelques soucis concernant la politique qu'ils mènent et le rôle qu'ils entendent jouer en ce qui concerne l'Irak. Nous allons en parler avec eux, nous sommes ouverts à une discussion sur toutes les questions à propos de ce pays. Ils ont les leurs, nous avons les nôtres, nous en parlerons. Vous savez, ce n'est pas la première fois que je fais cela avec les Iraniens, ce n'est pas nouveau pour moi" (voir Négociations USA-Iran : Trop tard pour les pragmatiques ?).

Le parti réformateur de Mohammad Khatami appelait le 20 Mars 2006, à un "gel" du programme nucléaire et à un "dialogue" avec les Etats-Unis. Le même jour, Georges W. Bush confirmait son accord pour des négociations en les limitant au seul cadre irakien, excluant ainsi, de facto, toutes possibilités de négociations directes entre Téhéran et Washington sur le programme nucléaire iranien, sur la guerre contre le terrorisme et sur la sécurité du Moyen-Orient.

Depuis 2003, l'extrémisme de Washington n'a cessé de renforcer l'extrémisme de Téhéran qui n'a cessé lui même de renforcer l'extrémisme de Washington et la montée continue des tensions marque tragiquement les renoncements des occasions définitivement perdues par l'administration Bush et son obstination à refuser toute négociation directe avec l'Iran.

Aujourd'hui, cependant, les extrémistes de Téhéran voient de nouveau l'ex-Président Mohammad Khatami comme une menace et la possibilité que les réformistes reviennent au pouvoir semble attiser de plus en plus la peur de l'entourage du Président Mahmoud Ahmadinejad à quelque mois des prochaines élections au Parlement prévues pour Mars 2008 (les prochaines élections présidentielles sont, elles, prévues en 2009). Ali Akbar Rafsandjani, le "conservateur modéré" qui pourrait soutenir les réformistes, a récemment consolidé ses pouvoirs en gagnant les élections à la tête de l'Assemblée des Experts. La démission surprise d'Ali Larijani de ses fonctions de négociateur du dossier nucléaire, immédiatement réintégré comme conseil du "guide suprême", l’Ayatollah Ali Khamenei, témoigne enfin de la persistance d'âpres luttes de pouvoir entre le "guide suprême" et le Président Mahmoud Ahmadinejad et pourrait signifier l'affaiblissement définitif de ce dernier. Il faut d'ailleurs noter la relation évidente entre la visite de Vladimir Poutine, qui semble inviter fermement le pouvoir iranien au compromis tout en essayant de maintenir les "durs" de Washington et de Paris à distance, avec la démission d'Ali Larijani.

A Washington, la récente victoire des Démocrates au Congrès aurait pu ouvrir la brèche du changement stratégique majeur prôné par le rapport Baker (Irak Study Group) qui préconisait notamment un début de retrait majeur des troupes américaines d’Irak dès 2007 et l’ouverture de négociations avec l’Iran et la Syrie (voir Etats-Unis : la période de tous les dangers ?). Après le refus de Georges W. Bush d'appliquer le rapport Baker, la victoire attendue des Démocrates à l'élection Présidentielle de 2008 pourrait changer radicalement, s'il en est encore temps, la stratégie américaine au Moyen-Orient. Beaucoup de responsables politiques, aux Etats-Unis, pensent aujourd'hui qu'un tel revirement stratégique pourrait totalement changer les rapports de force à Téhéran, au profit des conservateurs pragmatiques et des réformistes.

Mohammed El Baradei, lui même, directeur général de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (IAEA) et qui est à ce titre celui qui connaît sans doute le mieux les jeux et enjeux du dossier nucléaire iranien, affirme et ré-affirme qu'il n'existe actuellement aucune preuve d'un quelconque programme nucléaire militaire iranien. Il martèle aussi que la montée des tensions et les menaces américaines ne font que jeter "de l'huile sur le feu" alors qu'il reste, selon lui, du temps et de l'espoir pour la négociation.

La France a donc sans doute choisi le pire moment pour sembler rejoindre et renforcer, sans gloire et sans aucune pression nouvelle sur Téhéran (où sont nos porte-avions ?), le clan des extrémistes de Washington au lieu d'affirmer encore son indépendance, de tenter de convaincre l'ami américain de changer ses obstinations qui ne font que renforcer les extrêmes à Téhéran, et de pousser à de nouvelles opportunités de dialogue direct. Plus qu'une erreur, c'est une véritable faute.

Jean-Philippe Miginiac

 

 

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vendredi 16 juin 2006

Repères 16/06/06 - La lutte de pouvoir s'intensifie en Iran

AN INTENSIFYING LEADERSHIP STRUGGLE

With elections for Iran's powerful Assembly of Experts just months away - and with the post of Supreme Leader potentially hanging in the balance - the political jockeying between the contenders is heating up. During an early-June speech in the Iranian center of Qom, Expediency Council chairman (and former president) Ali Akbar Hashemi Rafsanjani was publicly heckled by supporters of the Ayatollah Mohammad Taghi Mesbah-Yazdi. The disruption, which resulted in the arrest of several of Mesbah-Yazdi's followers, appears to have everything to do with politics; observers say that Mesbah-Yazdi, the spiritual mentor of Iranian president Mahmoud Ahmadinejad, could be positioning himself for a power grab in the Assembly elections.

Mesbah-Yazdi may be in for a serious fight, however. In a thinly-veiled threat against the firebrand cleric, the Jomhiuri Islami newspaper, which is affiliated with the regime's security forces, has warned that unless he is careful Mesbah-Yazdi could end up meeting the same fate as previous political opponents of the regime, such as the Ayatollahs Shariatmadari and Montazeri. (Tehran Rooz, June 15, 2006)

 

dimanche 30 avril 2006

Analyse 30/04/06 - Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad

Analyse 30/04/06 - Le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad

Les paroles incendiaires et définitives du Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, font depuis bientôt un an la une de la presse internationale et leur rhétorique rythme les comptes-rendus journalistiques et académiques des confrontations Iran-Europe et Iran-Etats-Unis sur le dossier nucléaire. Mahmoud Ahmadinejad n’est pourtant pas en charge des politiques étrangères, de sécurité et nucléaire de l’Iran et ses paroles extrêmes ne doivent pas masquer les positions plus nuancées des véritables pouvoirs encore en charge à Téhéran.

C’est en effet le « Guide suprême » iranien, l’Ayatollah Ali Khameini, qui prends les décisions ultimes en matière de sécurité et de politique étrangère, incluant la politique nucléaire iranienne, étant toutefois lié au consensus du « Conseil Suprême de Sécurité Nationale » qui détermine les politiques de sécurité et de défense nationale dans le cadre fixé par le Guide Suprême et dont le Secrétaire, Ali Larijani, est nommé par le Guide Suprême et ne réponds qu’à lui. C’est d’ailleurs Ali Larijani qui est en charge des négociations avec la communauté internationale concernant le dossier nucléaire, et non Mahmoud Ahmadinejad, et ce dernier ne dispose pas de la majorité des voix des douze membres du Conseil de Sécurité iranien.

Ali Akbar Rafsandjani, numéro deux du régime, Ali Larijani, tout comme le Dr Hasan Rowhani, autre membre du Conseil de Sécurité iranien également nommé par l’Ayatollah Ali Khameini, ou Javad Zarif, représentant iranien à l'ONU, ont récemment multiplié les signaux indiquant que l’Ayatollah Ali Khameini souhaitait des négociations directes avec Washington sur le dossier nucléaire. Le Président « élu » Mahmoud Ahmadinejad n’a donc certainement pas les pouvoirs de ses menaces et il n’est, pour s’en convaincre,  que de rappeler que le système institutionnel iranien combine les éléments d’une théocratie islamique, dont n’est pas Mahmoud Ahmadinejad, avec un semblant de démocratie. Un réseau d’institutions non-élues, dominé par le pouvoir tout puissant d’un « Guide Suprême » est contrebalancé par un Président et un Parlement élus par le peuple mais dont les pouvoirs sont fortement limités.

A la tête de l’Etat est en effet le « Guide suprême », membre premier de la théocratie islamique et des institutions élues ou non élues qui dirigent l’Iran. Son rôle constitutionnel est fondé sur les idées de l’Ayatollah Khomeini qui l’a placé au sommet de la structure du pouvoir. Le Guide Suprême, actuellement l’Ayatollah Ali Khameini, désigne et nomme les membres du « Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime » (appelé aussi le Conseil de discernement ou Expediency Council), la tête du « Pouvoir Judiciaire », six des membres du très puissant « Conseil des Gardiens », le Secrétaire du « Conseil Suprême de Sécurité Nationale », les Commandants de l’ensemble des « Forces Armées », les Chefs de la Prière du Vendredi et les Dirigeants de la Radio et de la Télévision. Il confirme également le Président élu. Le Guide Suprême est choisi par le « Conseil des Experts » parmi ses membres.

Le « Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime » est un corps consultatif pour le Guide Suprême avec un pouvoir de décision ultime en cas de désaccord sur la législation entre le Parlement et le Conseil des Gardiens. Le Guide Suprême désigne et nomme ses membres qui sont d’éminentes personnalité du monde religieux, social ou politique. En Octobre 2005, le Guide Suprême a donné au Conseil des pouvoirs de surveillance sur toutes les branches du Gouvernement, lui déléguant une partie de sa propre autorité et faisant de son chef, l’ancien Président Ali Akbar Rafsandjani (battu aux dernières élections présidentielles par Mahmoud Ahmadinejad), le numéro deux dans la hiérarchie du régime.

Les membres du « Conseil des Gardiens » sont nommés pour six ans et par moitié tous les trois ans. Ils consistent en six théologiens désignés par le Guide Suprême et six juristes désignés par le Pouvoir Judiciaire et approuvés par le Parlement. Le Conseil des Gardiens doit approuver tous les projets de loi votés par le Parlement et a un pouvoir de veto s’il considère qu’ils sont incompatibles avec la constitution et la Loi islamique. Le Conseil des Gardiens peut aussi refuser tout candidat aux élections au Parlement, à la Présidence ou au Conseil des Experts. Le Conseil des Gardiens est actuellement contrôlé par les conservateurs proches du Guide Suprême.

Le « Pouvoir Judiciaire » iranien n’est pas indépendant du politique. Précédemment tenu par le clergé, il a été sécularisé, mais après la révolution la Court Suprême a révoqué toutes les lois précédentes considérées comme non-islamiques. Les nouvelles lois sont basées sur la Sharia. Le Pouvoir Judiciaire s’assure que les lois sont respectées et définit la politique légale. Il désigne et nomme également les six membres juristes du Conseil des Gardiens. La tête du Pouvoir Judiciaire, actuellement l’Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, est désigné et nommé par le Guide Suprême et ne répond que du Guide Suprême auquel il rapporte.

Le « Conseil Suprême de Sécurité Nationale » détermine les politiques de sécurité et de défense nationale dans le cadre fixé par le Guide Suprême, coordonne les activités politiques, de renseignement, sociales, culturelles et économiques en relation avec les politiques de sécurité et de défense nationale, et exploite les ressources matérielles et non-matérielles du pays pour faire face aux menaces internes et externes. Il est composé d’une douzaine de membres parmi lesquels deux représentants nommés directement par le Guide Suprême et les chefs des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le Secrétaire du Conseil Suprême de Sécurité Nationale est nommé par le Guide Suprême et ne répond qu’à lui.

Les « Forces Armées » comprennent les Gardiens de la Révolution et les Forces Régulières, tous deux étant sous commandement unifié. Tous les officiers dirigeants sont désignés et nommés par le Guide Suprême et ne répondent qu’à lui. Les Gardiens de la Révolution ont été créés après la révolution pour protéger les nouvelles institutions et leurs chefs et pour combattre tous les opposants à la révolution. Ils ont un pouvoir très puissant au sein des autres institutions et contrôlent les milices (Basij) présentes dans chaque ville. Mahmoud Ahmadinejad est un ancien officier des Gardiens de la Révolution et un ancien leader des Basij.

Le « Président », actuellement Mahmoud Ahmadinejad, est élu pour quatre ans et ne peut rester en fonction plus de deux termes consécutifs. Il est à la tête de la branche exécutive du pouvoir et a la responsabilité d’assurer l’application de la Constitution. En pratique, cependant, ses pouvoirs sont circonscrits par le Clergé et par l’autorité du Guide Suprême. C’est le Guide Suprême, et non le Président, qui contrôle les forces armées et prends toutes décisions en matière de sécurité de défense et de politique étrangère. Tous les candidats à l’élection présidentielle doivent obtenir l’assentiment du Conseil des Gardiens. Les membres du « Cabinet », ou Conseil des Ministres, sont désignés par le Président. Ils doivent être approuvés par le Parlement. Le Parlement peut aussi mettre en accusation les Ministres. Le Cabinet est dirigé par le Président ou son premier vice-Président qui est responsable pour les affaires du Cabinet.

Les 290 membres du « Majlis », ou « Parlement », sont élus tous les quatre ans par le peuple. Le Parlement a pouvoir de présenter et voter les Lois et de convoquer ou mettre en accusation les Ministres et le Président. Cependant, toutes les Lois votées par le Parlement doivent être approuvées par le Conseil des Gardiens.

Le « Conseil des Experts » a pour responsabilité de nommer le Guide Suprême, de contrôler ses performances et de le renvoyer si il est considéré comme incapable d’assumer ses devoirs. L’élection directe des 86 membres du Conseil des Experts se tient tous les huit ans, la prochaine ayant lieu en Octobre 2006. Ses membres sont élus pour huit ans et seul un membre du Clergé peut être élu, les candidats pouvant être rejetés par le Conseil des Gardiens. Le Conseil est actuellement dominé par les conservateurs tels son Président, l'Ayatollah Ali Meshkini, et son adjoint, Akbar Hashemi-Rafsanjani (par ailleurs Président du Conseil chargé de la sauvegarde des intérêts supérieurs du régime).

La prochaîne élection du Conseil des Experts sera cruciale car les ultra-conservateurs proches du Président Mahmoud Ahmadinejad pourraient renouveler leur succès des dernières élections présidentielles et faire élire un nouveau Guide suprême beaucoup plus proche de Mahmoud Ahmadinejad. Le Conseil des Experts est la véritable clé de voûte du système dont un ministre décrivait ainsi la circularité : « c’est un cercle… le peuple élit le Conseil des Experts mais seuls les religieux peuvent concourir. Le Conseil des Experts élit le Guide Suprême. Le Guide Suprême élit le Conseil des Gardiens. Le Conseil des Gardiens filtre les candidats aux élections présidentielles et parlementaires [et au Conseil des Experts] et le peuple croit qu’il peut élire n’importe qui ».


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