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Tag - Abu Musab Al-Zarqawi

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samedi 18 mars 2006

Repères 18/03/06 - Secrets d'état sur Zarqawi

Deux journalistes inculpés en Allemagne pour divulgation de secret d'Etat
AFP 15/03/06

"Deux journalistes allemands ont été inculpés de "complicité de divulgation de secret d'Etat" pour avoir utilisé dans un article paru en 2005 des informations contenues dans un rappport confidentiel de la police allemande, a annoncé mercredi le parquet de Potsdam (est).

Bruno Schirra, un journaliste indépendant auteur en avril 2005 d'un article sur les liens présumés entre l'Iran et le chef d'Al-Qaïda en Irak Abou Moussab al-Zarqaoui, publié par le magazine Cicero, a été inculpé pour avoir divulgué des éléments de ce rapport du service étranger de la police criminelle (BKA).

Johannes von Dohnanyi, chef du service étranger de l'hebdomadaire suisse Sonntagsblick, a été inculpé pour avoir transmis ce rapport à Schirra..."


Two Journalists Charged in Germany Over Secret Zarqawi Report
Deutche Welle 16/03/06

"Two journalists were charged with exposing German state secrets on al Qaeda's frontman in Iraq, Abu Musab al-Zarqawi, in a case their defenders called a blow to press freedom..."


Voir, See :

Histoires de Al-Zarqawi : Les routes de Téhéran
Par Jean-Philippe Miginiac, Strategic-Road.com Analysis 05/11/05

"...En Septembre la police allemande effectuait un véritable raid au siège du magazine et au domicile privé de Bruno Schirra, son disque dur étant recopié et quinze boîtes de documents saisis. Objectif du raid, découvrir qui au sein du BKA était l’informateur de Bruno Schirra. Devant le tollé soulevé par une telle opération et une telle atteinte à la liberté de la presse, le Ministre de l’Intérieur allemand, Otto Schily, dû s’expliquer devant le Bundestag, déclarant que le rapport du BKA était un document d’Etat classé " secret ". On ne pouvait mieux faire pour authentifier et valider les dires de Bruno Schirra !..."

 

samedi 5 novembre 2005

Analyse 05/11/05 - Histoires de Al-Zarqawi : Les routes de Téhéran

Analyse 05/11/05 - Histoires de Al-Zarqawi : Les routes de Téhéran

Novembre 2001, quelques heures avant la chute de la garnison d’Herat en Afghanistan, la rumeur se répand : un convoi de quelques 50 véhicules tout-terrain transportant environ 250 membres d’Al Qaeda a été vu prenant la route de contrebandiers qui s’échappe vers l’Iran dans les collines 20 miles au nord de la ville. Un " ancien " de l’importante communauté chiite locale le sait bien, la ligne dure des Gardes de la Révolution, qui contrôle la frontière iranienne, a un agenda différent de celui du Président réformateur Mohammad Khatami qui a condamné les attentats du 11 Septembre et apporté aux Etats-Unis le soutien de l’Iran dans la guerre contre le terrorisme commencée en Afghanistan.

L’ " ancien " le sait d’ailleurs d’autant plus qu’il est lui-même un conseiller très bien informé du chef de guerre Ismail Khan et qu’il a appris que peu avant que ne débute la campagne des bombardements US, en Octobre, un officiel de haut rang dans l’entourage du leader suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khameini, avait été envoyé en secret à Kaboul pour proposer un sanctuaire secret aux fugitifs d’Al Qaeda.


Bases secrètes d’Al Qaeda en Iran

Deux mois plus tard, le 10 Janvier 2002, Georges W. Bush déclarait " espérer " que le Gouvernement iranien ne permettrait pas à des meurtriers d’Al Qaeda de se cacher en Iran et que " si c’était le cas " il les remettrait dans les mains des autorités américaines. A la surprise générale, le 29 Janvier 2002, dans son discours sur l’Etat de l’Union, il incluait brusquement l’Iran dans l’ " Axe du mal " sans référence cependant à un éventuel accueil de membres d’Al Qaeda en Iran. Mais quelques jours après le discours de Georges W. Bush, le Secrétaire à la Défense Donald H. Rumsfeld accusait nommément l’Iran d’avoir permis à des éléments d’Al Qaeda de s’être échappés d’Afghanistan : " Nous avons un certain nombre de rapports selon lesquels l’Iran a été permissif et a autorisé le transit à travers son territoire d’éléments d’Al Qaeda, "

Trois mois ont passé. Le 19 Février 2002, l’agence de presse Anadolu Agency révélait qu’un palestinien et deux jordaniens avaient été capturés le 15 Février à Van, à la frontière iranienne, alors qu’ils tentaient de pénétrer en Turquie. Les trois hommes étaient en possession de faux passeports, fausses cartes d’identité et de documents expliquant la fabrication de bombes. Les trois hommes, Firas Fuleiman, Mustafa Hasan et Ahmet Mahmud, étaient, selon le porte parole des services de sécurité en Turquie, des membres de l’organisation " Beyyiat El Imam ", dirigée par un certain " Abu Mus'ab ", un religieux ayant des liens avec Al Qaeda. Selon les informations données à la presse, les trois hommes, après avoir été entraînés en Afghanistan, étaient entrés en Iran en 2001 et y avaient été entraînés, sous les ordres d’" Abu Mus'ab ", à préparer une attaque à la bombe à Tel Aviv ou Ramat Gan en Israël. Les services secrets américains et israéliens avaient été informés des interrogatoires des trois hommes mais ne demandaient pas leur extradition.

Le 13 Mars 2002, l’envoyé spécial en Afghanistan du Président George. W. Bush, Zalmay Khalilzad, déclarait que " des éléments du régime iranien " facilitaient la fuite de membres d’Al Qaeda, refusant de les arrêter pour les livrer à la coalition ou à l’administration intérimaire afghane.

Le 24 Mars 2002, le New York Times reprenait l’information de l’agence de presse Anadolu Agency, affirmant que les services secrets américains et israélien avaient identifié " Abu Mus'ab " comme étant " Abu Musaab Zarqawi, un des leaders d’Al Qaeda qui a fuit la ville d’Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan, après le début de la campagne militaire américaine, et a gagné Téhéran sous la protection des forces de sécurité iraniennes ". Les officiels américains, selon le New York Times, estimaient que Abu Musaab Zarqawi était le leader d’Al Qaeda de plus haut rang actuellement en Iran et que sa présence à Téhéran soulevait des questions sur ses actions et sur les activités des autres terroristes d’Al Qaeda entrés récemment en Iran. Parmi les interrogations, le fait qu’Al Qaeda, une organisation sunnite, puisse être soutenue par un Iran chiite ne manquait pas d’intriguer mais la CIA estimait que les vieilles divisions religieuses n’excluaient pas une coopération sur le terrorisme contre les Etats-Unis et contre Israël et qu’à l’évidence la ligne dure religieuse iranienne avait repris le dessus sur la ligne réformatrice.

Le 26 Mars 2002, Hadi Nejad-Husseinian, représentant permanent de l’Iran, indiquait au Conseil de Sécurité de l’ONU qu’il avait donné au Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan, les identités des étrangers arrêtés après être entré illégalement en Iran à partir de sa frontière Est. L’officiel iranien expliqua que Téhéran avait renvoyé un certain nombre de ces personnes dans leur pays d’origine et que le reste était en détention dans l’attente de procédures en cours.

En Avril 2002, un militant islamiste turc, Ali Uzum, était arrêté à Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie, avec trois autres hommes. Tous étaient suspectés d’appartenir à la branche turque du groupe islamiste " Beyyiat El Imam " dirigé par Abu Musaab Zarqawi. Cette arrestation était révélée le 22 Juin 2002 par l’agence de presse Anadolu Agency qui indiquait qu’après l’interrogatoire d’Ali Uzum, la police turque recherchait 50 autres personnes suspectées d’appartenir au même groupe, " basé en Iran ".

En ce même mois d’Avril 2002, la police allemande arrêtait neuf militants islamistes, jordaniens, égyptiens, irakiens et palestiniens. Selon le Procureur fédéral, Kay Nehm, le groupe constituait une branche locale du mouvement islamiste jordanien " Al Tawhid " et était sur le point de commettre des attentats en Allemagne. Six d’entre eux étaient identifiés dans la presse comme étant Mohammed Abu Dhess, Shadi Abdullah, Ashraf al-Dagma, Ismail Shalabi, Djamel Mustafa et Yasser H.

Fin Novembre 2003, Shadi Abdullah était condamné à quatre ans de prison pour son rôle dans le complot terroriste, une peine minorée pour coopération active avec le Procureur et les enquêteurs. Les quatre autres hommes seront condamnés en Octobre 2005 à des peines comprises entre cinq et huit ans de prison.

Interrogatoires des suspects et confessions de Shadi Abdullah permirent aux enquêteurs de reconstituer l’histoire du groupe dont les membres, dirigés par Mohammed Abu Dhess, avaient été formés en Afghanistan. Le commandement central de l’organisation Al Tawhid était basé au Royaume Uni et les membres de la cellule Al Tawhid en Allemagne y étaient en contact régulier avec le palestinien Shaykh Abu Qatadah qui était leur guide spirituel. Le chef opérationnel d’Al Tawhid était Abu Mussab al-Zarqawi qui avait dirigé le camp d’entraînement des membres d’Al Tawhid basé à Herat, en Afghanistan. Des cellules d’Al Tawhid opéraient en Allemagne à Munich, Hamburg, Berlin, Nuremberg, et Wiesbaden, en Grande Bretagne, au Danemark et en République Tchèque. Les cellules transféraient des fonds collectés dans les divers pays à Abu Mussab al-Zarqawi, basé en Iran. L’organisation des attentats avait été dessinée au cours d’une réunion organisée en Iran le 12 Septembre 2001, réunion au cours de laquelle Abu Dhess avait été chargé par Abu Mussab al-Zarqawi d’attaquer des cibles juives et israéliennes en Allemagne. Shadi Abdullah avait enfin reçu, en Avril 2002, un appel téléphonique d’Abu Mussab al-Zarqawi qui lui donnait l’ordre final de préparer une attaque spectaculaire " dans un grand square où beaucoup de monde était rassemblé ".

Le 14 Juin 2002, Zalmay Khalilzad accusait l’Iran d’interférer dans les affaires afghanes, déclarant que des unités des Gardes de la Révolution avaient été envoyées en Afghanistan pour y " causer des troubles " et aider des membres d’Al Qaeda à s’échapper en Iran.

Le 11 Août 2002, le Ministre des affaires étrangères saoudien, le Prince Saud al Faisal, révélait que l’Iran avait expulsé vers l’Arabie Saoudite 16 combattants d’Al Qaeda ayant trouvé refuge en Iran. Des sources israéliennes affirmaient le lendemain que ces combattants avaient été sélectionnés parmi les sans-grade d’un groupe de plus de 400 membres d’Al Qaeda cachés dans un camp des Gardes de la Révolution dans la province de Khorasan, près de la frontière afghane. Dans le groupe se trouverait un noyau de cinq à sept saoudiens, commandants de haut rang d’Al Qaeda, qui eux n’auraient pas été livrés à l’Arabie Saoudite. Ces révélations s’ajoutaient à d’autres, divulguées fin Mai par des services secrets arabes, et selon lesquelles Saif al-Adel, un égyptien parmi les hauts dirigeants d’Al Qaeda, était abrité en Iran.

Le 13 Août 2002, Donald Rumsfeld revenait à la charge, affirmant " il n’y a aucun doute, ils ont autorisé Al Qaeda à entrer dans leur pays. Ils ont autorisé Al Qaeda à être présent dans leur pays aujourd’hui… ".

Le 19 Aout 2002, le magazine Newsweek citait anonymement le chef d’un service secret arabe selon lequel plus de mille membres d’Al Qaeda s’étaient échappés d’Afghanistan mi-décembre 2001 dont plusieurs centaines via l’Iran.

Le 29 Octobre 2002, le Washington Post rapportait qu’un nouveau leadership d’Al Qaeda avait été identifié par les services spécialisés US et européens, leadership composé de six hommes. Parmi eux, Ayman al-Zawahiri, le numéro deux d’Osama Bin Laden, Saad bin Laden, fils d’Osama, Saif al-Adel, en charge des opérations militaires d’Al Qaeda, et Abu Musab Zarqawi.

Le 2 Novembre 2002, une source gouvernementale iranienne, anonyme, affirmait qu’un des fils d’Osama Bin Laden, accompagné de deux cent membres d’Al Qaeda, avait été détenu par les forces de sécurité iraniennes et transféré aux autorités pakistanaises ou saoudiennes. Le transfert était aussitôt démenti dans le Washington Post par un officiel américain également anonyme.

Arrêt sur histoires car, en parallèle et dans le même temps, un tout autre jeu se mettait en place.


Nous irons d’abord à Bagdad

Mi-Juillet 2002, selon un diplomate anonyme basé à Téhéran, Washington a récemment adressé un message à l’Iran pour jauger les vues iraniennes sur les efforts américains pour renverser Saddam Hussein. Téhéran dément et réitère son opposition à une action militaire américaine en Irak.

15 Novembre 2002, un officiel du Département de la Défense américaine déclare que des contacts préliminaires entre Téhéran et Washington ont eu lieu dans un petit état du Golfe concernant la gestion des cas d’urgence dans le golfe persique. Des rumeurs avaient déjà couru en Août 2002 sur l’établissement à Dubaï, par un représentant du leader suprême iranien, d’un bureau destiné à faciliter les contacts clandestins entre Washington et Téhéran.

25 Novembre 2002, selon des officiels américains anonymes, Téhéran a accepté d’apporter une assistance médicale à tout aviateur américain abattu.

Double language ? Le 9 Janvier 2003, le leader suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khameini, s’interroge publiquement de savoir si les Etats-Unis vont intervenir en Irak dans le cadre de la guerre contre le terrorisme " ou est-ce pour les nombreux puits de pétrole irakiens, pour dominer la région, pour défendre Israel ou pour contrôler la République Islamique d’Iran ? ". Le même jour, le Ministre des affaires étrangères, Kharrazi, affirme que l’Iran est prête à coopérer avec l’Union Européenne pour éviter une guerre en Irak.

En ce même mois de Janvier 2003, cependant, Zalmay Khalilzad rencontre secrètement des représentants du Gouvernement iranien pour " discuter d’une coopération potentielle " en cas de conflit avec l’Irak, les américains demandant notamment à l’Iran de bloquer à ses frontières toute échappée éventuelle de dignitaires irakiens et proposant en contrepartie à l’Iran de détruire les bases irakiennes de l’organisation Mujahedin-e Khalq opposée à Téhéran. L’Iran dénie tout contact sur l’Irak mais Mohammad Javad Zarif, représentant de l’Iran auprès des Nations Unies fera de nombreux voyages à New York via Paris pour y discuter avec Zalmay Khalilzad et ce dernier finalisera secrètement des accords avec l’Iran lors d’une rencontre à Genève le 16 Mars 2003.

Et le Secrétaire d’Etat, Colin Powell, de déclarer le 5 Février 2003 devant le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies : " …L’Irak est aujourd’hui le refuge d’un réseau terroriste meurtrier dirigé par Abu Mussad Al-Zarkawi, un collaborateur d’Osama Bin Laden et de ses lieutenants d’Al Qaeda… ".


Retours vers Téhéran

Juillet 2003, Bagdad est tombé et Saddam Hussein a été déboulonné. L’Iran aurait déjà extradé 500 membres d’Al Qaeda vers leurs pays d’origine et en détiendrait encore quelques-uns que ses services n’auraient pas été capables d’identifier selon les dires du porte parole du Gouvernement iranien, Abdullah Ramezanzadeh.

Les services secrets occidentaux laissent filtrer dans la presse les noms des membres de haut rang d’Al Qaeda qui sont toujours, selon eux, réfugiés ou peut-être assignés à résidence en Iran. Parmi ces noms Saad bin Laden, fils d’Osama, Sulaiman Abu Ghaith, porte parole d’Al Qaeda, Saif al-Adel, responsable des opérations militaires d’Al Qaeda et Abu Musab Zarqawi, de retour d’Irak. En Iran serait également réfugié Ayman al-Zawahiri, le numéro deux d’Al Qaeda, d’après les sources d’un service secret européen dont un officiel affirme, malgré les doutes américains, en être " absolument " certain. Certains analystes, minoritaires, des services secrets américains pensent même qu’Osama Bin Laden en personne se cache en Iran.

2003, 2004, 2005, Casablanca, Istanbul, Madrid, Londres etc… L’ombre d’Abu Musab Zarqawi et les routes de Téhéran tissent dorénavant les fils de toutes les enquêtes sur la terreur. Le Juge anti-terroriste espagnol Baltasar Garzon déclare ainsi le 15 Février 2004 qu’Al Qaeda s’est restructuré et dispose d’ " un conseil de direction en Iran ".

Ce que confirmait récemment un important officiel français cité par le Los Angeles Times : " Les iraniens jouent un double jeu. C’est un style classique iranien d’ambiguïté, de tromperie et de manipulation. Tout ce qu’ils peuvent faire pour ennuyer les américains, sans aller trop loin, ils le font. Ils ont arrêté d’importants membres d’Al Qaeda, mais ils ont permis à d’autres importants membres d’Al Qaeda d’agir ".

En Avril dernier, un journaliste indépendant, Bruno Schirra, publiait un article retentissant dans un magazine allemand. Dans cet article, Bruno Schirra révélait le contenu d’un rapport confidentiel du " Ausgerechnet das Bundeskriminalamt " (BKA), le bureau fédéral allemand d’investigation criminelles, qui avait compilé dans ce rapport daté du 4 Septembre 2004 toutes les informations relatives à Abu Musab Zarqawi obtenues par les divers services spécialisés allemands, européens, américains, jordaniens etc.

Une des conclusions forte émanant du rapport du BKA était que " l’Iran avait fournit à Zarqawi un support logistique sur une partie de son territoire " et que l’Iran était utilisé par Zarqawi comme une " importante base logistique ". Et Bruno Schirra d’extraire les révélations apportées par le rapport : " Après la guerre en Afghanistan, Al-Zarqawi a installé de nouveaux camps et abris surs à Zahedan, Isfahan et Téhéran. Ses partisans européens venaient à Téhéran lui apporter argent et nouvelles pièces d’identité et prendre ses instructions. Les communications étaient assurées par intermédiaires et par téléphone. Les services secrets allemands écoutaient les communications de ses lignes téléphoniques : téléphone satellite suisse avec le numéro 0041-793686306 et téléphones portables iraniens avec les numéros 0098-9135153994 et 0098-218757638. Soutenu par des groupes radicaux à l’intérieur des services secrets des Gardes de la Révolution iraniens, Al Zarqawi pouvait utiliser sans risque le numéro fixe 0098-9112311436. A Isfahan, il utilisait un téléphone avec le numéro 0098-9112399346 qui est enregistré au nom de Ahmad Abdul Salam… Dans les cas urgents, ses partisans pouvaient le joindre par fax au numéro 0098-218757638… "

Le rapport du BKA détaille également les voyages effectués par Al Zarqawi dont ceux effectués en 2002 entre Téhéran, la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Irak.

En Septembre la police allemande effectuait un véritable raid au siège du magazine et au domicile privé de Bruno Schirra, son disque dur étant recopié et quinze boîtes de documents saisis. Objectif du raid, découvrir qui au sein du BKA était l’informateur de Bruno Schirra. Devant le tollé soulevé par une telle opération et une telle atteinte à la liberté de la presse, le Ministre de l’Intérieur allemand, Otto Schily, dû s’expliquer devant le Bundestag, déclarant que le rapport du BKA était un document d’Etat classé " secret ". On ne pouvait mieux faire pour authentifier et valider les dires de Bruno Schirra !

Bruno Schirra vient de récidiver dans un nouvel article dans lequel il révèle que vingt-cinq membres de haut rang dans la hiérarchie d’Al Qaeda ont trouvé refuge en Iran, protégés par les services secrets des Gardes de la Révolution, dont trois des fils d’Osama Bin Laden. Il cite un membre de haut rang d’un service secret occidental : " Ils ne sont pas en détention ou aux arrêts dans leurs maisons. Ils vont et viennent comme ils veulent ".


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samedi 15 octobre 2005

Analyse 15/10/05 - Irak : Une lettre subliminale de Ayman Al-Zawahiri

Analyse 15/10/05 - Irak : Une lettre subliminale de Ayman Al-Zawahiri

"… Les réseaux [terroristes] veulent utiliser le vide créé par une retraite américaine pour prendre le contrôle d’un pays, une base à partir de laquelle lancer des attaques et conduire leur guerre contre les gouvernements musulmans non-radicaux… Les terroristes voient l’Irak comme le front central de leur guerre contre l’humanité. Et nous devons reconnaître l’Irak comme le front central de notre guerre contre la terreur…  Les activistes pensent que contrôler un pays leur permettra d'attirer les masses musulmanes, de renverser tous les gouvernements modérés de la région et d'établir un empire islamique radical de l'Espagne à l'Indonésie… "

 

Le 6 Octobre dernier, devant le très néo-conservateur National Endowment for Democracy, le Président G.W. Bush rejetait ainsi vivement tout retrait des forces américaines d’Irak et cherchait à retrouver l’image du commandant de guerre qui lui a permis d’être réélu il y a moins d’un an.

Au même moment, un haut responsable de l’administration révélait à la presse (Washington Post 07 Octobre 2005) qu’une lettre de 13 pages, " authentifiée " comme écrite par le numéro deux d’Al Qaeda, Ayman Al-Zawahiri, et " adressée " au chef d’Al Qaeda en Irak, Abu Musab Al-Zarqawi, avait été trouvée en Irak lors d’une opération anti-terreur. Datée de début Juillet, elle donnait, selon le même haut responsable de l’administration, un " aperçu clair de la stratégie d’Al Qaeda en Irak et ailleurs " et contenait des instructions et requêtes esquissant un plan en quatre phases : Premièrement, expulser les forces américaines d’Irak. Deuxièmement, établir un Califat sur la plus grande partie possible de l’Irak. Troisièmement, étendre le Jihad aux pays voisins, avec des références spécifiques à l’Egypte, la Syrie et le Liban. Quatrièmement, faire la guerre à Israël.

Dès le lendemain, l’information faisait la une de la presse, en parallèle au discours de G.W. Bush, et la révélation de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri fondait les commentaires sur la " stratégie " d’Al Qaeda et les risques du désengagement irakien.

Le 11 Octobre, la lettre, en arabe et traduite en anglais, était publiée sur le site web du Director of National Intelligence, John D. Negroponte (http://www.dni.gov/). Le fait et la mise en avant sont exceptionnels puisque, ce 11 Octobre, seuls deux documents étaient accessibles sur le site du DNI, " Letter from al-Zawahiri to al-Zarqawi - October 11, 2005 " et " CIA IG Report - October 5, 2005 " !

Dès le lendemain, l’information faisait de nouveau la une de la presse, surenchérissant sur la " stratégie " d’Al Qaeda et les risques du désengagement irakien.

Le 7 Octobre, le Washington Post insistait sur le fait que le ou les hauts responsables de l’administration qui avaient, la veille, révélé l’existence de la lettre de Ayman Al-Zawahiri avaient déclaré " qu’ils étaient impressionnés par l’accent mis dans la lettre sur la centralité de l’Irak dans le plan à long terme d’Al Qaeda "

Dans la traduction anglaise de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri, ce plan est ainsi explicité :

 

" So we must think for a long time about our next steps and how we want to attain it, and it is my humble opinion that the Jihad in Iraq requires several incremental goals:

The first stage: Expel the Americans from Iraq.

The second stage: Establish an Islamic authority or amirate, then develop it and support it until it achieves the level of a caliphate- over as much territory as you can to spread its power in Iraq, i.e., in Sunni areas, is in order to fill the void stemming from the departure of the Americans, immediately upon their exit and before un-Islamic forces attempt to fill this void, whether those whom the Americans will leave behind them, or those among the un-Islamic forces who will try to jump at taking power.

There is no doubt that this amirate will enter into a fierce struggle with the foreign infidel forces, and those supporting them among the local forces, to put it in a state of constant preoccupation with defending itself, to make it impossible for it to establish a stable state which could proclaim a caliphate, and to keep the Jihadist groups in a constant state of war, until these forces find a chance to annihilate them.

The third stage: Extend the jihad wave to the secular countries neighboring Iraq.

The fourth stage: It may coincide with what came before: the clash with Israel, because Israel was established only to challenge any new Islamic entity. "

 

Les forums et sites internet jihadistes font pourtant depuis longtemps leur pain quotidien de cette " stratégie " que Ayman Al-Zawahari " ordonnerait " ainsi à Abu Musab Al-Zarkawi et cette " stratégie " est depuis longtemps celle attribuée au même Al-Zarkawi et à Al Qaeda en Irak !

Par exemple The Global Islamic Media Front, une organisation islamiste liée à Al Qaeda, postait le 29 Août dernier sur plusieurs forums islamistes un document concernant la politique d’Al Qaeda en Irak. Extraits :

 

" …We must clear the scene of all rivals now, before the American forces withdraw, at which point a bitter war will begin against this treacherous army [of] 'the descendants of Al-'Alqami.' [Les shiites]

Al-Qaeda in Iraq Has Taken the Place of Al-Qaeda in Afghanistan, and Jihad Will Spread Throughout the World

The targeting of the Badr Brigades aims to accomplish two goals: to avenge the Sunnis and Sunni religious scholars who were harmed by the Shiites, and to destroy this army before the area is free of Americans, so that the path will be clear for the Jihad fighters to take control of Iraq, establish Shari'a courts, suppress innovation and deviation from religious law and custom, and [put an end to] reprehensible actions.

This is the policy of the Qaedat Al-Jihad in Iraq. All the Arab and Western countries are intervening in the Iraqi war, and want to destroy the Jihad fighters there, since they know that if the Jihad fighters triumph, Jihad will spill out from the boundaries of Sykes-Picot, spread to the Arab countries adjacent to Iraq and to nearby enemies, and then spread to the other Western states [within] a global Jihad campaign… "

 

Ce post, qui est intervenu après la date présumée de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri, ne la mentionne pas et ne fait pas de Ayman Al-Zawahiri l’ordonnateur de la stratégie d’Al Qaeda en Irak.

Autre exemple avec la publication sur plusieurs forums islamistes, en Mars 2005, du premier numéro de Department of Indoctrination of the Al-Qa'ida-Iraq organization's online magazine. Extraits :

 

" …In order to make the light of the Caliphate shine once again from Baghdad, the capital of the Caliphate, so that it will spread the light of justice and prosperity around the world, as things used to be in the time of Harun Al-Rashid…

…Come, Oh descendants of Khalid [Ibn Al-Walid], Qutayba [Ibn Muslim], and Al-Muthanna [Ibn Haritha], rise up with your brothers who fight Jihad to conquer Iraq, and after that [to conquer] the rest of the Muslim lands that were conquered by the infidels. Extend a helping hand with whatever you can... to gain God's pleasure and to be saved from the fires of Hell, and in order to be worthy successors to good forefathers so as to free yourself from the guilt of shirking Jihad... "

 

Cette publication, qui est intervenue bien avant la date présumée de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri, détaille quasiment à l’identique la stratégie d’Al Qaeda en Irak.

Autre exemple encore, l’interview publiée le 10 Septembre 2004 par le journal londonien Al-Hayat d’un islamiste ayant rencontré Abu Musab Al-Zarqawi à Fallujah. Extraits :

 

" …[Al-Zarqawi said] "We are fighting in Iraq but our eyes are raised not only to Iraq but also to other places, such as Jerusalem." He added, "[Al-Zarqawi] has a strategy and an aspiration to expand the fighting to the entire region."

…[Al-Zarqawi] "came to this arena only to expel the Americans from the Muslims' country and to establish an Islamic government. This is part of the goal, because if this is not done, how will we be able to bring about coups d'etat in neighboring countries? How can we rescue Jerusalem when we have no base from which to set out? Rescuing Jerusalem and the neighboring countries will come only after the rise of an Islamic state from which the youth will set out to liberate the neighboring areas… "

 

La stratégie attribuée à Abu Musab Al-Zarqawi en Septembre 2004 est identique à celle que le numéro deux d’Al Qaeda, Ayman Al-Zawahiri, " ordonnerait " au même Abu Musab Al-Zarqawi début juillet 2005 !

La lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri ne ferait donc que confirmer, plus clairement que jamais, une stratégie déjà affirmée et attribuée depuis longtemps à Abu Musab Al-Zarqawi ! Quel intérêt pour les deux dirigeants d’Al Qaeda ?

La scénarisation de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri permet par contre opportunément à G.W. Bush de justifier l’idée, contestée par de nombreux experts, qu’un retrait américain d’Irak ne ferait que renforcer et étendre, en Irak et dans le monde, la guerre de la terreur menée par Al Qaeda.

L’idée de la " centralité " de l’Irak dans la guerre contre la terreur est d’ailleurs encore renforcée, comme si besoin était, par les aveux surprenants inscrits dans la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri. Le numéro deux d’Al Qaeda, sollicitant l’aide et le support de Abu Musab Al-Zarqawi, y confirme en effet des affirmations américaines récentes selon lesquelles l’organisation terroriste serait définitivement vaincue en Afghanistan et rencontrerait, hors d’Irak, de plus en plus de problèmes de communications et de plus en plus de problèmes de financement. On aimerait que ce soit vrai !

Dans la lettre qui lui est attribuée, Ayman Al-Zawahiri demande également à Abu Musab Al-Zarqawi de concentrer ses attaques contre les forces américaines plutôt que contre des civils irakiens et de cesser les décapitations et autres exécutions sanglantes condamnées par une partie du monde arabe. La presse américaine faisait déjà état de cette divergence de vues entre les responsables d’Al Qaeda en reportant les dires du haut responsable qui l’informait le 07 Octobre.

Cette requête du numéro deux d’Al Qaeda ne peut que renforcer la négation radicale, par G.W. Bush dans son discours du 6 Octobre, de l’existence d’une résistance patriotique irakienne et d’affrontements inter communautés dus au processus politique en cours en Irak.

 

" …With every random bombing and with every funeral of a child, it becomes more clear that the extremists are not patriots, or resistance fighters -- they are murderers at war with the Iraqi people, themselves…

…We've heard it said that the Shia, Sunnis and Kurds of Iraq are too divided to form a lasting democracy…

 

Dans un enregistrement sonore diffusé le 8 Octobre sur un forum islamique et qui lui est attribué, Abu Musab Al-Zarqawi réagissait en estimant qu’il était légitime de tuer des " infidèles " affirmant que pour l’Islam, la distinction se fait entre musulmans et infidèles et non entre civils et militaires.

Avait-il alors connaissance des termes de la lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri ? Il faudra attendre le 13 Octobre, après publication de la lettre sur le site web du Director of National Intelligence, pour qu’un communiqué d’Al Qaeda en Mésopotamie (c’est à dire le même Abu Musab Al-Zarqawi), démente l’existence de la lettre, estimant que les allégations qu’elle contenaient étaient seulement fondées sur " l’imagination des politiciens à la Maison Noire –Blanche– et de leurs esclaves ".

La lettre attribuée à Ayman Al-Zawahiri doit par conséquent être examinée avec grande suspicion. Est-elle vraiment authentique, même si scénarisée médiatiquement à Washington ? A t-elle été écrite par ceux qui voudraient justifier, auprès de l’opinion publique américaine, le maintien de la présence militaire américaine en Irak ? A t-elle été écrite par ceux qui voudraient continuer à " fixer " l’armée américaine en Irak pour lui éviter toute nouvelle aventure ailleurs ?


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