Ci-git l'Europe...

Pour mémoire, le 27 février 1953 21 créanciers de l'Allemagne - dont la Grèce, la France, la plupart des pays européens, la Suisse, les États-Unis, le Canada, l'Iran, l'Afrique du Sud ou la Yougoslavie - décidaient d'aider l'Allemagne de l'Ouest, alors en situation de défaut de paiement, en effaçant plus de la moitié de sa dette d'avant et d'après guerre. Les emprunts renégociés concernaient à la fois des obligations issues du traité de Versailles de la première guerre mondiale jamais honorées, des emprunts souscrits par la République de Weimar dont le paiement des intérêts avait été suspendu au début des années 1930 et des emprunts contractés après-guerre auprès des Alliés.

L'accord de Londres permettait à la République fédérale de réduire le montant initial de ses créances d'avant et d'après guerre de près de 38 milliards de Deutsche marks - avec les intérêts - à environ 14 milliards, soit une annulation de 62% de sa dette. Un moratoire de 5 ans sur les paiements et un délai de 30 ans pour les rembourser étaient également accordés ainsi qu'une réduction des taux d'intérêt.

Pour mémoire, en 1941, un montant de 476 millions de reichsmarks - la monnaie allemande de l'époque - avait notamment été directement extorqué à la Grèce par l'Allemagne nazie. En 1946, l'Allemagne avait ainsi été condamnée à payer 7 milliards de dollars à la Grèce à titre de réparation pour l'occupation. Cette dette n'était pas couverte par l'accord du 27 février 1953. En 2012, le député européen Daniel Cohn-Bendit avait estimé que cette créance vaudrait aujourd'hui l'équivalent de 80 milliards d'euros. Mais l'Allemagne rétorquait qu'en acceptant le Traité de Moscou qui entérine la réunification des deux Allemagne, la Grèce avait également accepté de tirer un trait sur cette dette.

Ce jour là, le 27 février 1953, la Grèce, pourtant martyrisée et pillée par l'armée allemande, voulait, comme la France et la plupart des pays européens, aider au redressement allemand dans une Europe nouvelle.

Jean-Philippe Miginiac