Nous n'avons rien à faire en Irak sauf à y intervenir avec l'ONU pour sécuriser des couloirs humanitaires qui permettent aux civils et aux minorités menacées de fuir les zones de combats. Nous n'avons rien à faire en Irak sauf à y frapper éventuellement des vecteurs d'armes chimiques, si elles devaient être utilisées. 

 

Nous n'avons rien à faire dans une coalition rassemblée par les Etats-Unis pour une troisième guerre en Irak ! La situation actuelle résulte des échecs des précédentes interventions militaires et les Etats-Unis en portent une totale responsabilité pour avoir installé et soutenu l'ex-Premier ministre chiite Nouri al-Maliki dont le premier objectif a été de discréminer les sunnites qui constituent 20 % de la population et qui sont devenus après la chute de Saddam Hussein des citoyens de seconde zone. Ce sont d'ailleurs ces sunnites, dont les manifestations pacifiques dans le nord de l'Irak pour réclamer le départ de Nouri al-Maliki ont été violemment réprimées (en avril 2013, près de 240 manifestants ont périt à Houweijah), qui ont accueilli en "libérateurs" les combattants de l'État islamique (EI) ! Et l'État islamique est parvenu à conclure de précieuses alliances avec d'influentes tribus sunnites qui n'ont pas été intégrées à l'appareil d'État irakien, mais également avec d'anciens officiers baasistes de Saddam Hussein ! Et malgré le spectaculaire revirement d'importantes tribus sunnites de la province d'al-Anbar après la démission du Premier ministre Nouri al-Maliki en août, le nouveau gouvernement, où ne résident que des élites corrompues opposées à tout renouvellement politique, ne répond toujours pas aux attentes des sunnites et le problème de fond en Irak reste l'absence de réconciliation entre chiites et sunnites.

 

La situation actuelle est aussi l’expression d’un conflit régional plus large, à la fois stratégique et religieux, qui oppose la majorité sunnite du monde arabe et sa minorité chiite qu’appuie la puissance de l’Iran. Les Etats-Unis ont refusé d'inclure l'Iran dans la coalition qu'ils forment mais y ont accepté les états sunnites du Qatar et de l'Arabie Saoudite dont on sait pourtant qu'ils soutiennent et financent l'État islamique en Syrie ! La nouvelle guerre pourrait se transformer rapidement en un véritable chaos moyen-oriental si l'Iran décidait de renforcer encore son soutien aux Alaouites de Syrie et aux Chiites d'Irak !

 

L’Etat islamique que l'on veut combattre en Irak est certes un mouvement terroriste puissant, porteur d’une idéologie totalitaire et ne reculant devant aucune violence et aucune terreur que l'on se complait à médiatiser ! Mais qui relève qu'en Arabie Saoudite, qui serait donc notre alliée dans cette nouvelle guerre, plus de 2.000 personnes souvent innocentes ont été mises à mort entre 1985 et 2013, la plupart du temps par décapitation au sabre et en public à l'image exacte des décapitations de l'État islamique, et qu'au moins 22 personnes ont été exécutées pour la seule période comprise entre les 4 et 22 août 2014, soit plus d'une par jour !

 

Beaucoup plus qu'une intervention militaire qui ne peut que nous entraîner dans un conflit religieux où nous n'avons rien à faire, la France doit prendre la tête d'un investissement diplomatique massif dans le cadre de l'ONU pour forcer Bagdad à faire la paix avec ses minorités, pour mettre un terme à la tragédie syrienne, et pour obliger les puissances régionales à forcer les antagonismes à la paix et à la coexistance religieuse ! Les guerres n'en finiront plus sinon de se succéder et les foyers de terrorisme de se multiplier !

  

Jean-Philippe Miginiac 15/09/14