Même le pire des terroristes a droit à être jugé et défendu devant un tribunal civil. Là sont nos valeurs !

Khaled Sheikh Mohammed, considéré comme le cerveau des attentats du 11-Septembre et toujours en attente de son procès, est brièvement apparu le 17 Octobre 2012 lors d'une audience préliminaire à un tribunal militaire à Guantanamo.

Le cerveau du 11-Septembre dénonce le droit du gouvernement américain "d'assassiner légalement"

  

Pour mémoire, je republie ci-dessous l'article que j'écrivais le 25/03/07 :

Khalid Sheikh Mohammed… la falsification de l’histoire

Vous vous souvenez des procès staliniens ? Vous vous souvenez quand les accusés, préalablement torturés pendant des mois dans le Goulag, s’accusaient volontairement de tous les crimes possibles et imaginables contre la révolution, contre les soviets, contre le plan et contre le glorieux peuple soviétique ? Vous vous souvenez quand quelques dissidents, qui avaient réussi malgré les tortures à garder un minimum de raison, s’accusaient même de crimes absurdes et inimaginables pour tenter de porter leurs voix désespérées et alerter le monde contre la manipulation et la falsification de l’histoire ?

C’est à un procès stalinien qu’on assiste à Guantanamo, avec la publication, par le Pentagone, d’extraits des aveux d’un homme que l’on dit être Khalid Sheikh Mohammed, dit " mastermind ", l’ancien numéro trois des criminels d’Al Qaeda, arrêté peut-être en Février, ou en Mars 2003, ou bien avant, qui a sans doute imaginé la stratégie de l’avion suicide et les attentats contre les tours du World Trade Center, ce qu’il confirmerait aujourd’hui, s’accusant en outre, devant un Tribunal Militaire et sans l’assistance d’un avocat civil, d’avoir personnellement planifié, financé, organisé et assuré le suivi d’une liste inimaginable de trente et un attentats partout dans le monde. Khalid Sheikh Mohammed aurait, dit-il lui-même, ainsi décapité de sa propre main le journaliste Daniel Pearl à Karachi, profitant sans doute de ses moments de détente pour aller personnellement identifier comme cibles des bases américaines un peu partout dans le monde et quelques boîtes de nuit fréquentées par les soldats américains, pour imaginer et organiser des opérations destinées à détruire des bateaux militaires américains et des tankers dans le détroit d’Ormuz, dans celui de Gibraltar, dans le port de Singapour et dans le Canal de Panama qu’il envisageait de bombarder, pour faire un saut aux Philippines et y préparer un attentat contre le Pape Jean-Paul II, pour imaginer, planifier et organiser " de A à Z " les attentats du 11 Septembre (et celui de 1993) contre le World Trade Center, pour passer quelque temps à Bali en Indonésie, le temps d’y superviser les attentats qui ont décimé nombre d’australiens et de britanniques, pour préparer l’assassinat des Présidents Carter, Clinton, Musharraf et faire exploser pas moins que la Library Tower en Californie, la Sears Tower à Chicago, l’Empire State Building, le New York Stock Exchange et quelques ponts de New York, la Plaza Bank à Washington, l’aéroport d’Heathrow et Big Ben à Londres, le siège de l’OTAN à Bruxelles, pour participer à l’assassinat de deux soldats américains au Kowait et à la destruction de nombreuses boîtes de nuit en Thailande, pour planifier la destruction d’immeubles à Eilat, en Israël, en utilisant des avions saoudiens, pour planifier, organiser et financer la destruction d’ambassades israéliennes et américaines en Indonésie, Australie et Japon, de quelques centrales nucléaires aux Etats-Unis et d’un hôtel à Mombasa, pour préparer la destruction de douze avions américains remplis de passagers etc… un palmarès à faire pleurer de honte et re-mobiliser dans la compétition tous les autres terroristes de par le Monde.

S’agit-il d’ailleurs vraiment de Khalid Sheikh Mohammed dont personne ne pourrait vraiment dire si il est mort, si il a bien été capturé ou si il est encore en liberté quelque part au Pakistan tant la confusion et la manipulation entretenue des annonces et des rumeurs a nourrit les unes de la presse en 2002 et 2003 ? Souvenez-vous, quelques jours à peine avant le premier anniversaire du 11 Septembre, la presse indienne avait révélé que Khalid Sheikh Mohammed avait été arrêté le 16 Juin 2002 à Karachi et remis aux autorités américaines. C’est en ce même mois de Juin 2002 que le journaliste d’Al Jazeera, Yosri Fouda, avait dit avoir secrètement interviewé Khalid Sheikh Mohammed à Karachi (Yosri Fouda affirmera plus tard que l’interview aurait été réalisée en Avril 2002) et ce seraient des indices tirés de l’interview et la voix enregistrée de Khalid Sheikh Mohammed qui auraient sans doute permis son arrestation. Khalid Sheikh Mohammed a ensuite été annoncé comme mort le 11 Septembre 2002 dans une attaque sanglante au cœur de Karachi après avoir été cerné par plus d’un millier d’hommes (plus de 2.000 diront même certains), membres des services secrets pakistanais (ISI), Rangers paramilitaires, hommes de la police de Karachi et officiels du FBI. Tous les détails avaient été abondamment fournis par les représentants de l’ISI et repris dans la presse, jusqu’à l’histoire de cette représentante du FBI qui, se penchant sur les corps des deux terroristes abattus, se serait soudainement exclamée : " vous avez tué Khalid Sheikh Mohammed " avant de donner l’ordre qu’on coupe un doigt de la victime pour des analyses ultérieures. A la une des journaux de l’époque, aussi, l’histoire de la femme de Khalid Sheikh Mohammed qui, devant les représentants du FBI, aurait reconnu le corps de son mari. Mais finalement, comme le révélait Time en Janvier 2003, le doigt coupé de la victime de l'assaut du 11 Septembre 2002 n’aurait pas porté les empreintes digitales du véritable Khalid Sheikh Mohammed !

Entre temps la rumeur avait couru, selon laquelle, le FBI ayant intercepté de nouveaux appels téléphoniques de Khalid Sheikh Mohammed, un nouveau raid avait été organisé, cette fois-ci dans la banlieue de Gulshan-I-Maymar, et plusieurs arabes avaient été arrêtés. Dans les jours qui suivirent la presse avait repris les paroles d’officiels pakistanais qui avaient déclaré que Khalid Sheikh Mohammed, bien que blessé, aurait réussi cette fois-ci à s’enfuir. Des témoins avaient pourtant assuré qu’il y avait au moins 600 policiers sur place et que personne n’aurait pu trouver le moindre petit espace pour s’enfuir. Et puis, souvenez-vous, le 1er Mars 2003, l’annonce, confirmée par la Maison Blanche, de la capture de Khalid Sheikh Mohammed au cours d’un nouveau raid, cette fois-ci dans un appartement de Rawalpindi, et de son extradition immédiate en mains américaines vers la base de Diego Garcia. L’arrestation était curieusement contestée par la sœur du médecin habitant des lieux : " les seules personnes présentes dans l’appartement étaient mon frère, sa femme et ses enfants " et par des anciens membres du gouvernement Taliban, réfugiés et cachés au Pakistan, qui démentiront la capture de Khalid Sheikh Mohammed. Certains experts estimeront quant à eux que Khalid Sheikh Mohammed avait déjà été capturé bien avant le 1er Mars 2003 et que l’annonce de sa capture à Rawalpindi n’était qu’un " écran de fumée " servant les intérêts immédiats des pakistanais et des américains. Le journaliste réputé Robert Fisk ira lui aussi dans la même voie d’une histoire totalement fabriquée dans un article intitulé " Was ‘Mastermind’ Really Captured? ".

Il est en effet probable que toutes ces histoires, la mort de Khalid Sheikh Mohammed le 11 Septembre 2002 et l’arrestation du même Khalid Sheikh Mohammed le 1er Mars 2003, ont été " fabriquées " pour servir les intérêts américains et pakistanais au moment où elles étaient le plus utiles et que Khalid Sheikh Mohammed a été sans doute, dès Juin 2002, parmi les premiers détenus des prisons secrètes de la CIA. Le 1er Mars 2003, par exemple, Georges W. Bush était englué dans les prémisses de la guerre d’Irak, refus du Parlement Turc d’autoriser le stationnement des troupes américaines, rejet par la Ligue Arabe de toute agression contre l’Irak, menace de veto français au Conseil de Sécurité, manifestation anti-guerre un peu partout dans le monde, révélation de l’espionnage américain au sein de l’ONU etc… Quelle meilleure nouvelle que l’arrestation de Khalid Sheikh Mohammed pour dériver les unes de la presse et faire taire toutes les critiques contre sa politique (la guerre cognitive est sensée viser ses ennemis mais pourquoi ne s’en servirait-on pas contre l’opinion publique) !

Le 12 Octobre 2004, Human Rights Watch révélait que Khalid Sheikh Mohammed faisait partie d’une liste de onze suspects ayant disparu et se trouvant très probablement dans une prison secrète de la CIA en Jordanie, prison dans laquelle ils étaient torturés. Amnesty International confirmera que des personnes victimes de " restitutions " ou de disparition forcées, dont Khalid Sheikh Mohammed, ont été détenues en Jordanie à un moment ou à un autre pour y être soumises à la torture. Khalid Sheikh Mohammed réapparaîtra à Guantanamo en Septembre 2006 et ses aveux extraordinaires ont été enregistrés le 10 Mars dernier, devant un Tribunal Militaire chargé de lui attribuer, ou non, le statut d’ " ennemi combattant ". Avec une rapidité très inhabituelle le Pentagone a rendu public, le 14 Mars, une partie de ces aveux, juste au moment où Georges W. Bush, malmené par le Congrès, a absolument besoin de démontrer qu’il est toujours à la pointe de la lutte contre le terrorisme.

Les citoyens des Etats-Unis feraient honneur à leur Démocratie et aux victimes d’Al Qaeda en exigeant que les crimes et les responsabilités de Khalid Sheikh Mohammed soient jugés devant un Tribunal Fédéral et non devant la supercherie d’un Tribunal Militaire digne des pires totalitarismes, recueillant des aveux risibles accumulés sous la torture, et dont l’affichage risque de creuser encore un peu plus l’artifice de la guerre des civilisations.

Jean-Philippe Miginiac