Repères 23/04/08 - Clearstream : La justice aux ordres
Par Jean-Philippe Miginiac le mercredi 23 avril 2008, 22:05 - Repères - Lien permanent

Repères 23/04/08 - Clearstream : La justice aux ordres
On nous assène depuis trop longtemps que l'affaire Clearstream n'est que la simple trame d'une rivalité politique implacable, Dominique de Villepin (le très méchant) voulant absolument empêcher Nicolas Sarkozy (le très gentil) d'accéder à la Présidence de la République (ou à celle de l'UMP).
De plus en plus nombreux sont aujourd'hui les observateurs qui pensent qu'il faudrait sans doute inverser les rôles et faire que la justice française sorte vite des brumes honteuses de la procédure actuelle. Il est temps de poser enfin les bonnes questions et de diligenter les enquêtes essentielles.
En d'autres termes, qu'on cesse de nous enfumer.
Clearstream : défense et parties civiles attaquent les juges
Justice. La plupart des protagonistes dénoncent une enquête privilégiant Sarkozy.
Liberation 23/04/08
"Haro sur «Zig» et «Puce». Les juges d’instruction en charge de l’affaire Clearstream, Jean-Marie d’Huy (alias «Puce») et Henri Pons (alias «Zig»), concentrent un tir nourri de critiques sur leur façon de mener l’enquête, exclusivement centrée sur la rivalité Villepin-Sarkozy. A lire un rapport de synthèse, la seule victime des faux listings bancaires serait l’actuel président de la République ; le principal commanditaire du faux serait l’ancien Premier ministre. La plupart des protagonistes de l’affaire Clearstream (mis en examen ou parties civiles) se disent estomaqués par une enquête menée au bénéfice exclusif de Sarkozy - dont le nom n’est pourtant apparu qu’en dernière ligne droite dans les faux listings. Leur heure est enfin venue : l’instruction des juges étant bouclée depuis fin février, ils peuvent demander une enquête complémentaire, passer outre le veto des juges devant la chambre de l’instruction, et ne s’en privent pas.Poux. Dominique de Villepin a dégainé avant-hier dans une note de 140 pages rédigée par ses avocats, Mes Olivier d’Antin et Luc Brossolet, aux fins de non-lieu. Ils couchent noir sur blanc ce que tout le monde murmure depuis longtemps : la dénonciation calomnieuse ne tient pas la route.
Tout délit supposant une intention délictuelle, il faudrait que Villepin eût connaissance de la fausseté des listings avant de donner son feu vert à leur mise en circulation. Or, tout démontre au contraire qu’il a (trop ?) longtemps cru à leur véracité. Une faute politique, peut-être, mais pas un délit pénal. Ses avocats en veulent pour preuve l’enquête que Villepin avait confiée en juillet 2004 à la Direction de la surveillance du territoire (DST), deux mois après les premiers envois anonymes : «Cette mission consiste notamment à découvrir le corbeau. Est-il un instant crédible que celui qui serait son "mandant" prendrait ainsi le risque d’être découvert ? Les limites de l’absurde sont ici dépassées […]. Sauf à en faire un devin, Dominique de Villepin ne sait pas que les listings sont faux.»..."
...Trappe. Les plus remontés sont les parties civiles (autres que Sarkozy lui-même) passées à la trappe. Leurs noms sont pourtant apparus mi-2003, six mois avant l’actuel Président. Mais pour les juges, l’affaire Clearstream commence en janvier 2004 dans le bureau de Villepin… Allain Guilloux, avocat poursuivi dans l’Angolagate, n’entend pas en rester là. C’est sur son insistance que d’Huy et Pons ont été contraints, en dernière ligne droite, d’entendre l’ancien directeur des RG, Yves Bertrand, et sa fidèle enquêtrice, Brigitte Henri. Guilloux exige de relancer l’enquête sur les RG : «Un survol des cahiers Bertrand et des notes Henri permet de constater qu’y figurent des noms mentionnés également sur le listing Clearstream. Ces patronymes ont un point commun : tous ont été soupçonnés d’appartenir au réseau de financement occulte, réel ou supposé, de monsieur Pasqua.» Bien loin d’une simple bagarre Villepin-Sarkozy."
Voir aussi :Repères 18/04/08 - " A défaut du voleur… il faut bien, n'est-ce pas, arrêter quelqu'un ?… "
et, pour mémoire, Extrait du Canard enchainé du 6 février
Clearstream : le mystère de la « branloire pérenne » de VillepinDepuis des mois, les juges Jean-Marie d’Huy et Philippe Pons, de l’affaire Clearstream, s’acharnent à faire « parler » un mystérieux DVD crypté saisi en juillet 2007 au bureau de Dominique de Villepin, avenue Kléber à Paris. Ce disque leur avait expliqué Villepin, avait été remis par un inconnu à son assistante au Quai d’Orsay en mars 2004. « Je ne l’ai jamais ouvert » avait-il ajouté, un peu énervé, et « je ne sais pas ce qu’il contient »... Le disque était crypté à un niveau tel que même l’expert informatique Philippe Joliot - qui avait réussi à reconstituer les fichiers effacés de l’ordinateur d’Imad Lahoud - déclare forfait le 23 octobre. Pas découragés pour autant, les juges transmettent alors le DVD à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, réputé pour être le meilleur en France en la matière. Nouvel échec... Les magistrats décident alors de saisir un troisième organisme qui dépend du ministère de la Défense. Mais, entre-temps d’Huy et Pons, déchainés, ont fait fouiller de fond en comble les scellés entreposés au greffe et découvert, dans le coffret d’un autre DVD, un autocollant sur lequel étaient tracés 17 caractère et chiffres ressemblant furieusement à un mot de passe. Bingo : le sésame marche et le DVD livre enfin ses secrets. Stupéfaction : il ne contient que des œuvres littéraires du ministre : « les cent jours », le « cri de la gargouille », « Eloge des voleurs de feu », etc sans compter quelques morceaux de choix dont un intitulé « La branloire pérenne », d’après un texte de Montaigne »... "
