Analyse 23/01/08 - Sauvez le noyé !

La FED en intervenant a évité pour un temps le krach. C'est un nouveau message adressé aux institutions et acteurs financiers, poursuivez, on vous refinancera, et un nouveau mensonge délivré aux acteurs économiques, voyez comme les marchés s'autorégulent et comme le système financier international fonctionne bien ! Poursuivez donc sans contraintes, titrisez, dérégulez, laissez circuler les capitaux, spéculez, spéculez, et spéculez encore (les arbres montent bien jusqu'au ciel)... et, surtout, gelez toujours les bas salaires au profit des mauvaises gouvernances actionnariales, attribuez les fautes aux pauvres et faîtes que l'état n'intervienne pas.

Tout le paradoxe de la crise est là, la solution doit d'abord se parer d'immoralité car l'économie réelle (vos emplois, votre épargne) ne résisterait pas à la révélation des cadavres encore dissimulés dans les coffres des banques.

La crise des subprimes ne fait que mettre en lumière les dérives incontrôlées de l'utilisation de la titrisation des créances immobilières aux États-Unis. Le marché des subprimes en a gonflé à des niveaux jamais vus grâce à à cette technique financière qui consiste à transformer des créances (et autres actifs) illiquides en titres liquides, à en transférer les risques à une cascade d'investisseurs (c'est à dire au marché mondial virtuellement infini des capitaux) et à noyer (à maquiller) la valeur et la solvabilité réelle de ces titres sous une avalanche opaque d'agences de notation et de sociétés d'assurances.

Pour éviter le gouffre, il n'y a pas d'autres solutions que de maintenir au moins pour un temps la tête du noyé hors de l'eau. Il faut donc d'abord abreuver le marché et les spéculateurs de liquidités, ce que font très bien les banques centrales et la FED en particulier.

Mais pour éviter le gouffre il faut aussi intervenir de toute urgence pour stopper la crise de solvabilité initiale et remettre les wagons pourris du subprime sur les rails. C'est ce que proposait la candidate démocrate, Hillary Clinton, le 5 Décembre 2007 avec un "package" immédiat de 110 milliards de dollars (gel des taux d'intérêt pour les emprunteurs immobiliers, moratoire sur les saisies, aides aux familles les plus démunies etc...). George W. Bush semble, lui, ne pas avoir un seul instant pris conscience du problème, oubliant le volet risques financiers, ne prévoyant aucune mesure agissant directement sur la crise immobilière  et ne proposant qu'une réduction d'impôt à ceux qui en payent (salauds de pauvres !) alors qu'il est urgent que le gouvernement américain apporte sa garantie totale à la solvabilité des emprunteurs du subprime.

Et une fois le noyé étendu, sauf, sur la plage et le train vérolé de la finance remis sur ses rails, il faudra bien, s'il n'est pas trop tard, garantir la solvabilité des cadavres encore dissimulés et s'attaquer au fond du problème en encadrant drastiquement, pour l'avenir, le système financier dans son ensemble.

Jean-Philippe Miginiac