Comment transformer une visite avant tout protocolaire, occasion de
célébrer le lien qui unit la France à Israel, en affirmation de la nouvelle
[im]puissance internationale sarko-française ?
"plus sioniste que Sarkozy, tu meurs" ! La réflexion est
d'un journaliste israélien qui ajoute : "Il y a plus de vingt ans que l'on
n'avait entendu autant d'éloges à la Knesset". Véritable panégyrique du
peuple juif et de la nation juive, louant "la force de son caractère, la
puissance de sa pensée, la profondeur de sa culture, la vitalité de sa
foi", le discours sarkozien aura tenté de s'inscrire au côté de
celui, récent, de George W.
Bush.
Sur le conflit israélo-palestinien, Nicolas Sarkozy n'a pas d'autre
choix que de faire entendre la position traditionnelle de la France : inciter
Israël à geler les colonisations, inciter au départ des colons par des
compensations, réaffirmer que Jérusalem doit être la capitale de deux Etats,
résoudre l'épineux problème des réfugiés palestiniens et proposer l'envoi d'une
force européenne d'interposition à Gaza, négocier les frontières sur "la
base de la ligne de 1967".
Mais, pour sa première visite dans les territoires occupés, Nicolas
Sarkozy a rejeté, s'adressant au Mouvement de la résistance islamique (Hamas),
"toute discussion avec les poseurs de bombes" tout en rendant,
mardi 24 juin, un hommage appuyé à Mahmoud Abbas, président de l'Autorité
palestinienne. "Il faut séparer ceux qui veulent la paix d'avec les
terroristes", a-t-il insisté, ajoutant "Moi je n'ai pas peur de dire
les choses telles que je les pense. Quand on se comporte comme un terroriste,
on est un terroriste. On ne répare pas une injustice par le terrorisme... La
France discute avec les femmes et les hommes courageux qui font de la politique
et non pas du terrorisme"...
Le Hamas a répondu à ces déclarations en affirmant qu'il maintenait
des contacts avec plusieurs puissances européennes, dont la France (En mai, le
ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait confirmé l'existence
de contacts entre Yves Aubin de La Messuzière, ancien haut diplomate français,
et le Hamas, tout en démentant qu'il s'agisse d'une initiative de la diplomatie
française). "M. Sarkozy, qui décrit le Hamas comme un mouvement terroriste,
sait très bien qu'il existe des contacts à haut niveau qui ont lieu entre la
France et le mouvement Hamas, ainsi que d'autres parties européennes
importantes", a expliqué Sami Abou Zouhri, porte-parole de l'organisation.
"Il sait que dans la pratique, on ne peut court-circuiter le Hamas ou ne
pas tenir compte de sa légitimité".
"Il faut que nous puissions parler [avec le Hamas] si nous
voulons jouer un rôle, si nous voulons d'abord que nos émissaires puissent
passer à Gaza", avait lui même dit M. Kouchner.
Mais le Président français ne peut proposer aucune ouverture vers le
Hamas sans s’attirer les foudres, en France, en Israël, et
aux Etats-Unis de ses amis néoconservateurs et aucun
"Moi je" n'est plus à même de combler la régression actuelle d'une
diplomatie française qui ne compte presque plus dans la région.
Ce n'est pas la diplomatie française qui a obtenu un règlement
(provisoire) du conflit libanais - mais le Qatar.
Ce n'est pas la diplomatie française qui permettra la paix entre
Israel et la Syrie. Les envoyés spéciaux français et les invitations de
dictateurs à Paris n'y changeront rien, seule la diplomatie américaine a
(peut-être encore) pouvoir de paix comme le laissait entendre ouvertement, il y a peu, le
ministre israélien de la Défense, Ehud Barak.
Ce n'est pas la diplomatie française qui a la main sur l'Iran.
Nicolas Sarkozy a beau dire et répèter que la crise nucléaire iranienne est la
menace principale pour la paix du monde, il n'a pas obtenu que l'Union
Européenne prenne des sanctions contre Téhéran plus dures que celles adoptées
par le Conseil de Sécurité. Il n'a pas obtenu, non plus, que la Russie
soutienne l'adoption d'une quatrième résolution contre l'Iran. Il n'a aucune
prise, enfin, sur l'extraordinaire confusion qui règne aujourd'hui dans
l'administration de Georges W. Bush entre les faiseurs de guerre à tout prix
(dont le Vice-Président Dick Cheney) et les explorateurs d'une discussion
encore possible (dont le chef du Pentagone, Robert M.
Gates, et le Département d'Etat qui réfléchirait à
l'ouverture d'une section des intérêts américains à Téhéran).