
Tous les titres des médias et tous les commentaires saluent ce matin
l'accord trouvé sur la dette américaine. L'histoire retiendra pourtant que
Barack Obama s'est laissé entrainer dans un bras de fer politique qu'il a perdu
alors que le plafond de la dette américaine est pourtant une mesure purement
technique, conséquence de votes antérieurs du Congrès. Le Président américain
aurait d'ailleurs pu éviter toute bataille politique en s'abritant sous le
14ème amendement de la Constitution des États-Unis qui stipule que "La validité
de la dette publique américaine ne doit pas être remise en question" et imposer
une solution purement technique.
Les républicains ont obtenu d'importantes baisses des dépenses sociales sans
céder sur une hausse des impôts des ménages les plus riches ou sur la
suppression de niches fiscales, comme celle qui profite aux propriétaires
d'avions d'affaires, et qui a été dénoncée à de nombreuses reprises par le
président lui-même. Les républicains ont également obtenu que soit voté un
amendement inscrivant la règle de l'équilibre budgétaire dans la Constitution
américaine.
Une première réduction des dépenses de 1.000 milliards de $ a été décidée. Une
commission spéciale composée à parts égales de républicains et de démocrates
sera ensuite chargée de trouver, avant fin novembre, des baisses de dépenses
supplémentaires à hauteur de 1.500 milliards de $. Dans le cas où aucun accord
n'interviendrait sur des réductions budgétaires supplémentaires, un mécanisme
contraignant se mettrait en place, imposant automatiquement un certain nombre
de coupes, y compris pour la défense et le programme de santé Medicare pour les
personnes âgées.
Les conséquences en seront désastreuses pour l'économie américaine, déjà en
plein naufrage. Après des pertes de 7.000 Milliards de $, l'immobilier chute
encore. L'emploi est dévasté. Le taux de chômage large -- qui comprend les
personnes ayant cessé de chercher un emploi, les travailleurs à temps partiel
ne trouvant pas de plein-temps, etc. -- est passé de 15,8% à 16,2% en juin.
Entre 2007 et 2011, 14.4 millions de familles ont perdu leurs foyers et près de
25 millions de personnes sont au chômage ou en condition d'emploi
précaire.
Les politiques mises en œuvre jusqu'à aujourd'hui ont partout été employées à
soutenir et assurer la survie des institutions financières responsables de la
crise économique. Au lieu de sauver l'économie, on a sauvé les banques, au lieu
de sauver la Grèce, on a sauvé ses créanciers, au lieu de sauver les
Etats-Unis, on sauve Wall-Street !
Les dirigeants occidentaux sont perdus sans boussole. En 2006 et 2007, ils
n'ont pas vu venir la crise. En 2008, ils n'ont pas su la comprendre. En
2009-2011, ils sont totalement incapables de la résoudre, cédant jour après
jours aux manœuvres de l'oligarchie financière. Celle-ci s'est approprié et a
accumulé. bulle après bulle, profits, dividendes et bonus astronomiques pour,
lorsqu'une bulle éclate, appeler et obliger la collectivité à rembourser les
pertes... en s'endettant !
Nos dirigeants politiques se sont faits rouler dans la farine ! Au lieu de
prendre le pouvoir dans les banques et les institutions financières ils ont
permis à leurs actionnaires et à leurs dirigeants responsables de la crise de
conserver leur mise en nous endettant pour les renflouer !
Au lieu de constater que les profits avaient été virtuels et que les
dividendes, bonus etc des dernières années n'avaient pas lieu d'être et
devaient donc être restitués par le biais d'une augmentation des impôts de ceux
qui en avaient bénéficié, ils présentent aujourd'hui la facture aux classes
moyennes et pauvres en multipliant les plans d'austérité... qui ruinent tout
espoir de reprise de la croissance... qui seule permettrait de rembourser les
dettes accumulées !
Au lieu de déclarer la guerre à la spéculation ils ont, comme aux États-Unis,
créé des milliers de milliards de dollars de monnaie (5.000 Milliards de $
selon certaines estimations) qui, au lieu d'être injectés dans l'économie
réelle pour relancer la croissance... ont été déposés dans les coffres des
banques qui les ont utilisés immédiatement pour spéculer sur les dettes des
États, leurs agences de notation estimant brusquement par exemple que la dette
italienne était aussi dangereuse que les concombres espagnols, après avoir
estimé que les dettes grecque et Irlandaises avaient dorénavant le statut de
junk bond (obligations pourries)... permettant ainsi aux banques de
s’engouffrer dans les brèches pour imposer que le taux des prêts à deux ans à
la Grèce soit dorénavant de 36% !
Pendant ce temps les paradis fiscaux abritent toujours plusieurs dizaines de
milliers de milliards de $ qui échappent totalement à l'impôt !
Jean-Philippe Miginiac 01/08/2011



