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dimanche 22 novembre 2009

Analyse 22/11/09 - Guantanamo, l'échec de Barack Obama

Analyse 22/11/09 - Guantanamo, l'échec de Barack Obama

Un an après son élection et dix mois après son entrée en fonctions, Barack Obama est toujours loin de réussir à fermer Guantanamo. Dès le deuxième jour de son mandat, il avait pourtant ordonné la fermeture de la prison militaire où l'administration Bush a enfermé des "ennemis combattants" soupçonnés de terrorisme. Mais tout reste encore à faire, d'autant que Gregory Craig, le conseiller juridique de la Maison Blanche en charge du dossier a démissionné.

Bien sur on savait que la date butoir de janvier 2010 que Barak Obama s’était fixée pendant sa campagne était impossible à tenir. On le savait, mais on espérait ! Les Etats-Unis n’apureront pas facilement les très lourds passifs de l’ère Bush, les prisons secrètes, les "renditions extraordinaires", les avions secrets de la CIA : Aujourd'hui encore plus de 600 prisonniers sont détenus dans la prison sous administration américaine de Bagram en Afghanistan. Ceux là, n’ont toujours pas vu un avocat !

Dans un rapport publié par le Center for American Progress, des proches du président américain Barack Obama dessinent la genèse des "obstacles", mais aussi les "erreurs" commises par son administration dans la gestion de la fermeture de la prison située sur l'île de Cuba.

Ce groupe de réflexion à Washington présidé par John Podesta, qui a dirigé l'équipe de transition de M. Obama entre son élection, le 4 novembre 2008, et sa prise de fonctions, le 20 janvier 2009, effectue également des recommandations. Alors que l'administration a admis au plus haut niveau qu'elle ne parviendrait pas à tenir sa promesse de fermer la prison le 22 janvier 2010, l'auteur du rapport, Ken Gude, suggère qu'elle se fixe une nouvelle date butoir au mois de juillet.

L'Amérique n'en a toujours pas fini avec George W. Bush !


A lire :

Le rapport du Center for American Progress : Getting Back on Track to Close Guantanamo


Pour mémoire, mon article du 18/04/09 : Pour en finir avec George W. Bush

lundi 28 septembre 2009

Analyse 28/09/09 - Sarkozy et l'Iran : Sarkomique à l'ONU

Analyse 28/09/09 - Sarkozy et l'Iran : Sarkomique à l'ONU

Le menton en avant, notre Président de la République a donc dit son fait à Barack Obama : Je soutiens votre main tendue à l'Iran mais vos propositions de dialogue n'ont rien apporté à la communauté internationale ! Et, selon un texte distribué à la presse par l'Elysée, la France préconise donc de prendre des sanctions massives dans les domaines financier et énergétique avant la fin de l'année si l'Iran n'a pas changé de politique en matière d'armement nucléaire car, toujours selon l'Elysée, l'Iran accumulerait les centrifugeuses et l'uranium enrichi, développerait son arsenal balistique qui menacerait déjà l'Europe, y compris la Russie, et l'Iran menacerait de rayer de la carte un Etat membre des Nations unies tout en niant l'Holocauste, en allusion à Israël !

Bigre ! Sacrebleu ! Pour notre Président de la République, donc, la France (300 têtes nucléaires), la Russie (encore plusieurs milliers de têtes nucléaires) et Israel (200 têtes nucléaires) seraient menacés par les armes nucléaires d'un pays qui ne dispose pourtant pas encore de la moindre petite bombinette nucléaire !

Pour étayer de telles affirmations, notre Président de la République a certainement des éléments de renseignement en sa possession, éléments de renseignement encore inconnus des experts ! Et il ne peut évidemment s'agir de cette pseudo révélation d'un nouveau site nucléaire iranien, précédemment déclaré à l'AIEA par l'Iran, et connu de longue date par les services de renseignement : "Nous savions depuis plusieurs années" ont souligné vendredi Américains et Français en révélant soudain l’existence du nouveau site clandestin iranien. Le coup de com est raté et les Iraniens ont beau jeu de dire qu’ils ont été les premiers à révéler ce que les services occidentaux savaient et gardaient caché depuis des années.

Les services de renseignement français ont-ils des éléments qui démentent les dernières estimations américaines ? En Février dernier, en effet, Dennis Blair, Directeur du Renseignement National américain et à ce titre grand chef des services de renseignement, estimait dans un rapport écrit au Comité spécialisé sur le renseignement du Sénat américain que l'Iran ne serait pas capable de produire assez d'uranium hautement enrichi pour produire une première bombe atomique avant 2013. Et Dennis Blair d'insister sur le fait que l'estimation de ses services ne signifiait en rien que l'Iran avait déjà pris la décision politique de produire de l'uranium hautement enrichi mais qu'elle voulait simplement indiquer que l'Iran aurait en 2013 la capacité fonctionnelle de produire de l'uranium hautement enrichi si elle en prenait la décision politique. Et Dennis Blair d'ajouter encore, pour bien se faire comprendre, qu'il n'est en possession d'aucune preuve qui indiquerait que l'Iran ait déjà pris la décision de produire de l'uranium hautement enrichi, et que ses experts évaluent qu'il est peu probable que l'Iran prenne une telle décision pendant que la surveillance internationale et les pressions persistent.

La presse française a beau, en effet, pour accompagner et justifier les rodomontades de notre Président de la République, multiplier les citations sur les tonnages d'uranium enrichi déjà produits par l'Iran. Elle devrait cependant expliquer à ses lecteurs que ces tonnages d'uranium cités ne sont actuellement enrichi qu'à 3,5%, grade nécessaire à un usage civil, que, pour produire une bombe atomique, il est nécessaire de disposer d'uranium enrichi à au moins 90% et que l'Iran est encore très loin d'être capable d'enrichir de l'uranium à 90%.

Autres estimations américaines, d'après Newsweek (16 Septembre 2009), les services de renseignement américains auraient aussi, et de nouveau, confirmé à la Maison Blanche que les iraniens n'auraient toujours pas repris les développements d'une arme nucléaire abandonnés en 2003. Cette estimation rendue publique en Novembre 2007 (NIE 2007) avait été vivement critiquée par la ligne dure des néoconservateurs américains et israéliens qui y voyaient un refus de constater les efforts de l'Iran pour produire de l'uranium hautement enrichi. Beaucoup d'experts américains et européens de la contre prolifération pensent cependant également que, si l'Iran a déjà produit assez d'uranium faiblement enrichi pour servir de base à un enrichissement ultérieur de grade militaire, le processus menant à de l'uranium hautement enrichi est particulièrement ardu et compliqué techniquement et qu'il faudra à l'Iran plusieurs années avant d'y parvenir.

Il existe cependant d'autres estimations que celles des services de renseignements américains. L'ancien inspecteur des Nations Unies, l'expert David Albright, déclarait il y a peu que les estimations du gouvernement américain faisaient débat et, selon les services de renseignement allemands, des travaux de développement d'une arme nucléaire pourraient être observés en Iran, même après 2003, au travers d'achats suspects d'équipements pouvant servir au développement d'une telle arme. En Israel, Meir Dagan, le patron du Mossad, déclarait en Juin dernier que l'Iran serait capable de lancer une première bombe atomique en 2014 et, plus récemment, John Bolton, l'ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'ONU, bien connu pour son extrémisme néoconservateur et ses liens avec Israel, estimait que l'Iran disposerait d'une telle arme dans les six ou huit mois ! John Bolton voulait ainsi justifier un article qui venait de paraître le 3 Août dernier dans le Times (Iran is ready to build an N-bomb - it is just waiting for the Ayatollah's order, The Times August 3, 2009) mais dont le journal israélien Haaretz avait vite remarqué qu'il était écrit en des termes identiques à ceux employés par le patron de la Brigade de Recherche du Renseignement Militaire israélien et que le timing de l'article indiquait que quelqu'un, dans les milieux militaires israéliens, voulait ainsi faire une déclaration explicite dans les médias ! Enfin, le 30 Août dernier, le ministre israélien des affaires étrangères, l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, accusait l'IAEA de cacher les informations en sa possession concernant le programme nucléaire militaire de l'Iran.

Nicolas Sarkozy partage t-il la paranoïa des dirigeants israéliens actuels qui pourrait amener une intervention israélienne après l'ultimatum de Décembre et un bombardement des installations nucléaires iraniennes ? Va t-on envoyer notre unique porte-avion nucléaire attaquer l'Iran et ses 70 millions d'habitants ? Il faut certes empêcher l'Iran de se doter d'armes nucléaires, il faut aussi empêcher Israël de mettre le feu au moyen-Orient et l'administration américaine semble, heureusement, beaucoup plus réfléchie que notre va-t-en-guerre national.

Déjà, au mois de mai dernier, Rose Gottemoeller, déléguée de l'Administration Obama à une session préparatoire pour la conférence mondiale sur le Traité de Non Prolifération nucléaire qui se tiendra en mai 2010 à New York, rappelait que l'adhésion au Traité de Non Prolifération nucléaire de l'Inde, d'Israël, du Pakistan et de la Corée du Nord "demeurait un objectif fondamental des Etats-Unis".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est félicitée samedi à New York de la décision iranienne d'autoriser l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à inspecter son nouveau site d'enrichissement d'uranium. "Toute décision de l'Iran de se conformer aux règles et régulations internationales, et particulièrement celles concernant l'AIEA, est toujours bienvenue", a dit Mme Clinton à des journalistes. Le Secrétaire d'Etat américain à la Défense, Robert gates, a quant à lui déclaré qu'il estimait que l’Iran voulait une arme nucléaire mais n’en avait pas encore pris la décision.

Un officiel de l'administration américaine insistait il y a peu sur le fait qu'il n'y avait pas de désaccord significatif entre les agences de renseignements et les experts américains et que ceci encourageait les efforts de la Maison Blanche à continuer d'essayer d'engager un dialogue diplomatique avec l'Iran, incluant des discussions sur ses ambitions nucléaires. Au sommet du G20 de Pittsburgh, le Président américain a refusé d'écarter l'option militaire tout en continuant à privilégier la diplomatie face à l'Iran alors que lui et ses partenaires britannique et français venaient d'accuser Téhéran d'avoir développé un site nucléaire secret. Au cours de son allocution hebdomadaire, il a exhorté à nouveau Téhéran à coopérer pleinement avec l'AIEA sur le dossier nucléaire et à donner la preuve de ses "intentions pacifiques". "Mon offre d'un dialogue sérieux et significatif pour résoudre ce problème tient toujours", a-t-il déclaré. "Mais l'Iran doit maintenant coopérer pleinement avec l'Agence internationale de l'énergie atomique et agir pour faire la preuve de ses intentions pacifiques". "Les dirigeants iraniens doivent désormais choisir: il peuvent assumer leurs responsabilités et parvenir à s'intégrer dans la communauté des nations. Ou bien ils seront confrontés à une isolation et une pression croissantes, et refuseront cette occasion à leur propre peuple".

En Octobre 2007, Dominique de Villepin expliquait sa position sur l'Iran dans l'émission Ripostes. En quelques mots, tout était dit de l'impasse des négociations sur le nucléaire iranien, de la responsabilité de l'administration Bush et de la montée des tensions dans laquelle la France semblait déjà se livrer pieds et poings liés au moment où Nicolas Sarkozy rendait visite à George W. Bush à Washington (Lire : Iran : Il faut écouter et ré-écouter Dominique de Villepin : http://www.strategic-road.com/pays/analysis/281007_iran_ecouter_villepin.htm ).

Dominique de Villepin vient de rappeler sa position, autrement plus réfléchie que celle de notre Président de la République, sur son site http://www.clubvillepin.fr/ : "Le durcissement n'est pas une solution. Nous devons offrir une perspective au peuple et aux dirigeants iraniens, nous devons offrir une alternative à la politique dans laquelle s'enferment les autorités de Téhéran et qui permette d'améliorer le sort des iraniens. Le rôle de la France n'est pas de faire la leçon, c'est bien sur de rappeler des principes mais ce n'est pas de se situer à la pointe des pays les plus durs vis à vis de l'Iran. Le rôle de la France, son rôle historique, sa mission de peuple ami de l'Iran, c'est bien de faire les propositions, de proposer, parfois avec beaucoup de discrétion, la diplomatie c'est aussi l'art de faire passer des messages sans toujours taper du poing sur la table, avec conviction, avec amitié, pour être utile à la communauté internationale. Ce rôle là c'est le rôle de la France et je crois qu'aucun autre pays dans le monde n'est mieux placé que la France pour débloquer la situation, pour faire comprendre aux autorités iraniennes qu'aujourd'hui leur intérêt c'est d'avancer pour répondre à la pression qui s'exprime en Iran et qui doit conduire ce pays à s'ouvrir. Oui, que l'Iran renonce, que nous ayons un temps de latence qui permette aux iraniens de constater tout le bénéfice qu'ils peuvent tirer de l'ouverture, et je crois qu'alors la France aura changé la donne, et je crois que c'est sa mission".

Avant de faire son show devant l'ONU, notre Président de la République aurait été bien inspiré d'appeler Dominique de Villepin à le conseiller sur l'Iran !

mardi 22 septembre 2009

Analyse 22/09/09 - Sarkozy et l'Afghanistan : la stratégie du pipeau

Analyse 22/09/09 - Sarkozy et l'Afghanistan : la stratégie du pipeau

Dans son discours devant les ambassadeurs, fin août, le président Nicolas Sarkozy déclarait : "En Afghanistan, je partage l’analyse de Bernard Kouchner : la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme. Aller voter, c’est aller mettre votre doigt dans l’encre indélébile quand des gens à longueur de journée vous disent que ceux qui auront de l’encre sur les doigts, on leur coupera la main… Et les talibans sont crédibles quand ils disent cela compte tenu de ce qu’est leur bilan. Et malgré cela, des millions de gens se sont rendus aux urnes. Ils méritent qu’on les aide. Dans l’attente des résultats, la France appelle les candidats et leurs partisans à faire preuve d’un très grand sens des responsabilités".

Pourtant tout le monde savait déjà que les élections afghanes avaient été massivement truquées.

Depuis, la presse internationale a souligné l’ampleur des fraudes en faveur de Hamid Karzaï, actuel président afghan. Dans le New York Times du 8 septembre un des observateurs occidentaux affirmait que 15 % des bureaux de vote n’avaient jamais ouvert, transmettant pourtant des résultats favorables à Hamid Karzaï, et 800 bureaux, ouverts ceux-là, avaient été pris en main par des partisans de Hamid Karzaï qui ont bourré les urnes. Les observateurs de l'Union européenne viennent quant à eux d'annoncer qu'environ 1,5 million de votes (soit un quart des suffrages), glissés dans l'urne le 20 août lors de la présidentielle afghane, pourraient être frauduleux.

A la veille d'une semaine chargée en rencontres diplomatiques, le président américain, Barack Obama, a lui-même clairement évoqué des doutes sur la validité des élections afghanes, déclarant que la consultation "ne s'est pas déroulée aussi bien que je l'aurais espéré, et le déroulement du scrutin dans certaines régions du pays pose de graves questions... Des fraudes ont été signalées, cela ne fait pas de doute, et cela semble plutôt grave à première vue". De son côté, Dianne Feinstein, la Démocrate californienne qui préside la commission du renseignement du Sénat, déclarait : "Je ne crois pas que nous puissions construire un État démocratique en Afghanistan... Je crois que cela restera une entité tribale".

Mais si l’ampleur des fraudes soulève débat dans l’administration américaine, la France, elle, reste silencieuse. Le 7 septembre, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait : "Alors que les élections en cours devraient permettre de franchir une nouvelle étape dans l’histoire de l’Afghanistan, il est naturel de faire évoluer les modalités de la relation entre la communauté internationale et les prochaines autorités afghanes. Celles-ci devront assumer progressivement davantage de responsabilités dans la stabilisation et le développement du pays". Quelques jours plus tard, Paris confirmait la tenue d’une conférence internationale sur l’Afghanistan pour consolider les succès !

Succès ? Parmi les "succès", la poursuite des bavures. "L’OTAN admet que le raid dans la région de Kunduz a tué des civils" titre lemonde.fr le 8 septembre. Ce raid, ordonné par un officier allemand, a fait une centaine de morts, dont un nombre indéterminé de civils.

Les massacres répétés de populations civiles sous les bombardements de la coalition en Afghanistan réduisent pourtant à néant toutes les prétentions morales qui sont avancées pour justifier cette guerre. le droit international interdit aux armées de tirer sauvagement sur les bâtiments où s’entassent les civils et de bombarder sauvagement les villages, même lorsque des forces ennemies y sont présentes. Une armée en campagne qui prend le risque de tuer des dizaines de civils en écrasant des villages sous les bombes pour ne pas avoir à exposer la vie de ses soldats dans un affrontement rapproché avec les rebelles ne vaut pas mieux que ceux qu’elle prétend combattre.

Succès ? Tous les trois mois, les autorités canadiennes publient un tableau de bord sur leurs "progrès" militaires en Afghanistan, un document qui est infiniment plus honnête et plus détaillés que tout ce qui est publié par le Pentagone ou le ministère français de la Défense et qui prouve indéniablement que l'échec est patent ! Le dernier rapport montre ainsi que la province de Kandahar est de plus en plus en proie à la violence, moins stable et moins sûre, et que les attaques dans tout le pays sont plus fréquentes qu’à aucun autre moment depuis la chute du régime taliban en 2001. La fréquence des attentats au printemps a été "exceptionnellement élevée" par rapport à 2008. Le nombre d’attentats avec des mines artisanales a augmenté de 108%. Les Afghans estiment qu’ils sont moins satisfaits de l’enseignement et de la situation de l’emploi, principalement en raison de la sécurité qui est faible ou inexistante. Le Canada se concentre maintenant uniquement sur la sécurité de la ville de Kandahar, abandonnant toute tentative réelle de contrôle de la province.

L’armée canadienne quittera l’Afghanistan en 2011, mais jusqu’à présent, seules 5 des 50 écoles de son programme de construction ont été achevées, 28 autres étant seulement "en construction". Et sur les 364 écoles de la province de Kandahar, 180 ont été contraintes de fermer !

Concernant les progrès dans la "gouvernance démocratique" à Kandahar, le rapport canadien indique que la capacité du gouvernement afghan est "chroniquement déficiente et [qu’il est] miné par la corruption généralisée". Au sujet de la "réconciliation", on lit que le "début de la saison d’été des combats, et la focalisation des politiques et des militants sur les élections du mois d’août ont découragé les attentes d’initiatives dignes d’attention ... ". Même l’objectif basique de l’éradication de la poliomyélite, le projet d’assistance civile le plus important pour Ottawa en Afghanistan, a eu raison de l’International Development Agency canadienne. Et même cet aveu se dissimule derrières des mensonges véritablement dignes d’un Bush ou d'un Blair comme l’a révélé le Toronto Star en effectuant un travail sérieux de journalisme d’investigation. L’objectif d’ "éradiquer" la polio avec l’aide des fonds de l’ONU et de l’Organisation Mondiale de la Santé a ainsi été discrètement modifié pour devenir "la prévention de la transmission" de la polio. Et au lieu de mesurer le nombre d’enfants "immunisés" contre la polio, la cible a été modifiée pour se référer uniquement au nombre d’enfants "vaccinés" alors que les enfants doivent être vaccinés à plusieurs reprises avant qu’ils ne soient effectivement immunisés.

Succès ?  Ce n'est certainement pas l'avis de Zbigniew Brzezinski, éminent stratège géopoliticien, spécialiste incontesté des plans complexes de subversion et de maîtrise des zones géopolitiques et ancien conseiller de sécurité nationale de Jimmy Carter, à qui on prête une influence considérable sur l’actuel président des Etats-Unis et sur sa politique étrangère. Zbigniew Brzezinski vient en effet de déclarer, lors d’une intervention qu’il a faite à une conférence stratégique à Genève (organisée par l’International Institute for Strategic Studies de Londres), que les Etats-Unis et l'OTAN risquent, en Afghanistan, un échec équivalent à celui qu’a connu l’URSS en 1980-1988. Pour mémoire, Brzezinski sait de quoi il parle puisque c’est lui-même qui a été en grande partie responsable de l'échec soviétique en organisant, préventivement à l’intervention de l’URSS de décembre 1979, la constitution de la guérilla islamiste en Afghanistan. Et ce sont justement, d'après Brzezinski, les héritiers de cette guérilla islamiste qui affrontent aujourd’hui les Etats-Unis et l'OTAN et les confrontent à la possibilité d’un destin fatal.

Succès ? Rendant hommage aux deux soldats français tués en Afghanistan la semaine dernière, le président Nicolas Sarkozy a répété vendredi 11 septembre que la France y poursuivrait son "combat contre la barbarie", et "restera le temps nécessaire à l'avènement d'un Etat afghan souverain et librement choisi par les Afghans".

A quand un débat en France où une voix, qu'on cherche à faire taire, s'élève, seule, pour combattre la stratégie du pipeau du Président de la République. Dominique de Villepin martelait encore le 2 Septembre dernier : "La politique américaine en Afghanistan est dans l'impasse, et nous n'avons pas suffisamment joué notre rôle en renonçant à une révision stratégique profonde. J'avais insisté auprès de Jacques Chirac, avant la fin de sa présidence, pour que nous amorcions un désengagement de nos troupes, en particulier des Forces spéciales. Il faut d'urgence envoyer un signal fort: une stratégie de coopération économique et sociale ambitieuse sur le terrain, assortie d'un calendrier de retrait pour montrer que notre visée n'est pas militaire. Tirons les leçons de l'Histoire et refusons les oeillères idéologiques qui font le jeu des extrémistes".


Jean-Philippe Miginiac

samedi 18 avril 2009

Analyse 18/04/09 - Pour en finir avec George W. Bush

Analyse 18/04/09 - Pour en finir avec George W. Bush

On pourrait appeler celà de la déconstruction. Le nouveau Président des Etats-Unis déconstruit, horreur après horreur, les affres de l’ère Bush.

En décidant tranquillement, au premier jour de sa présidence, de la fermeture du camp de Guantanamo et des prisons de la CIA à l'étranger, en décidant que les Etats-Unis se conformeront dorénavant, dans le traitement des prisonniers, aux Conventions de Genève, et en décidant d'interdire dorénavant la torture et les écoutes extrajudiciaires, le Président des Etats-Unis avait déjà fait beaucoup plus que respecter ses promesses électorales. Il est pourtant condamné à aller encore plus loin.

La revue "New York Review of Books" publiait en effet, dans son édition du 15 Mars, un très long article de Marl Danner, le seul journaliste qui avait eu accès au rapport secret de la Croix Rouge sur les techniques d'interrogatoires utilisées par la CIA à Guantanamo et dans ses "sites noirs" éparpillés dans huit pays du monde - rapport écrit en 2007 et dont il n'existait que sept copies (1).

Pour la Croix Rouge il n'y avait aucun doute: la CIA pratiquait bien la "torture", et "des traitements cruels, inhumains et dégradants" contraires aux conventions internationales(2). Le rapport secret se basait sur les conclusions de responsables de la Croix Rouge qui avaient pu rencontrer des détenus de la CIA après leur transfert en 2006 dans le camp de prisonniers de Guantanamo, sur l'île de Cuba. Les 14 détenus interrogés par la Croix Rouge avaient indiqué avoir subi des mauvais traitements, tels que des coups, une privation de sommeil, des températures extrêmes et, dans certains cas, des simulations de noyade.

Le rapport indiquait également que les personnes détenues dans les prisons secrètes de la CIA avaient été régulièrement frappées, arrosées à l'eau froide et projetées la tête la première contre des murs. Entre les interrogatoires, ils étaient dépouillés de leurs habits, soumis à un volume très élevé de musique, privés de sommeil et de nourriture consistante pendant plusieurs jours. Certains détenus avaient indiqué avoir été contraints de rester debout pendant plusieurs jours, les mains attachés dans le dos et portant uniquement une couche.

La puissante Association américaine de défense des libertés publiques - ACLU(3) - ayant obtenu devant les tribunaux la promesse de la publication des mémos secrets concernant ces pratiques, l’Administration de Barack Obama a donc publié le 16 Avril dernier quatre de ces mémos, en partie expurgés, rédigés par les avocats du département de la Justice Jay Bybee en 2002 et Steven Bradbury en 2005. Ces mémos, consultables(4) sur le site Internet du New York Times qui dresse en outre un tableau(5) très complet de ces différentes pratiques, confirment le rapport de la Croix rouge et détaillent avec une précision quasi-scientifique les techniques d'interrogatoire relevant de la torture utilisées pendant l'ère de George W. Bush :

TECHNIQUE DU MUR : La technique du mur (walling) consiste à placer la personne interrogée contre un mur flexible. L'enquêteur tire la personne vers lui, puis la repousse violemment contre le mur.

GIFLE : Vient ensuite la frappe au visage "avec les doigts légèrement écartés", recommande le texte. Son but est de "provoquer la surprise et/ou l'humiliation".

CONFINEMENT : Le confinement est également recommandé: "pas plus de deux heures" quand le détenu peut seulement être assis et "jusqu'à 18 heures" quand il est dans un espace plus grand lui permettant de se tenir debout.

FATIGUE MUSCULAIRE : Le prisonnier "est placé de 1,20 à 1,50 mètre d'un mur" et il lui est ordonné de ne pas bouger.

PRIVATION DE SOMMEIL : La privation de sommeil constitue une étape supérieure. Selon un mémo de mai 2005, elle a été utilisée jusqu'à 96 heures d'affilée, bien que 180 heures constitue la durée maximale autorisée.

INSECTES : L'utilisation d'insectes est recommandée dès le premier mémo de 2002, dans lequel les enquêteurs sont encouragés à dire à un détenu, en l'occurence le Palestinien Abou Zubaida, qu'il s'agit d'un "insecte qui pique". En réalité, l'utilisation d'un insecte inoffensif comme la chenille est conseillée.

SIMULATION DE NOYADE : La simulation de noyade (waterboarding) vient couronner la liste. "L'individu est attaché à un banc incliné", ses pieds sont généralement surélevés. Un linge est placé "sur son front et ses yeux" et de l'eau est versée sur le linge qui est tiré sur le nez et la bouche au cours de l'opération. La respiration du détenu est "légèrement entravée pendant 20 à 40 secondes", précise le mémo. Le linge est ensuite retiré et l'opération peut recommencer après trois ou quatre inspirations. Au total, cela ne doit pas durer plus de 20 minutes, selon le mémo secret.

NUDITE : Les trois mémos de mai 2005 apportent davantage de précisions. Il est par exemple indiqué dans un document du 30 mai que "la nudité est utilisée pour provoquer un inconfort psychologique, et aussi parce que cela permet à l'enquêteur de récompenser immédiatement le détenu en lui rendant ses vêtements en cas de coopération".

MANIPULATION DIETETIQUE : La "manipulation diététique", ou remplacement du repas habituel par un "liquide fade", peut également être utilisée."

Barack Obama a convenu dans un communiqué (6) rendu public jeudi 16 Avril que les Etats-Unis avaient traversé "un chapitre noir et douloureux" de leur histoire. Il a toutefois stipulé que les personnels de la CIA ayant participé à ces interrogatoires assimilables à de la torture dans le cadre de consignes secrètes de l'agence ne seront pas poursuivis. "Ceux qui ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la justice ne seront pas poursuivis", a-t-il indiqué. "Le moment est venu de la réflexion, pas du châtiment". Le ministre de la justice a précisé qu'il fournirait des défenseurs à ces personnels s'ils venaient à être interrogés par un tribunal.

Si la publication des mémos de la CIA a été unanimement saluée, la décision du président américain de n'engager aucune poursuite judiciaire a elle été contestée, l'Union Américaine pour les Libertés Civiles a ainsi regretté l'absence de poursuites, estimant que ces mémos fournissent la preuve irréfutable que des responsables de l'administration Bush ont autorisé et donné leur bénédiction légale à des actes de torture qui violent les lois internationales et nationales. le Center for Constitutional Rights – CCR(7) et Amnesty International(8) ont également contesté l'absence de poursuites.

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Manfred Nowak, a pourtant demandé récemment au nouveau gouvernement des États-Unis d'engager des poursuites judiciaires contre l'ex-président George W. Bush et son ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, pour torture et mauvais traitements de prisonniers à la prison de Guantanamo(9). Selon Manfred Nowak il est juridiquement du devoir des États-Unis d'engager ses poursuites. Le rapporteur spécial de l'ONU, lui-même auteur d'un rapport d'enquête sur la prison de Guantanamo, a expliqué que les États-Unis étant signataires de la Convention de l'ONU contre la torture, ils devaient s'y conformer. Manfred Nowak a d'ailleurs rappelé que le libellé de ce texte oblige ses signataires à recourir "à tous les moyens, en particulier ceux du droit pénal", pour poursuivre les coupables de tels actes. "Nous avons tous ces documents, aujourd'hui d'accès public, qui prouvent que ces méthodes d'interrogatoire ont été expressément ordonnées par monsieur Rumsfeld. Mais évidemment, les plus hautes autorités des États-Unis étaient au courant", a déclaré Manfred Nowak.

Le rapporteur spécial de l'ONU n'est pas le premier à préconiser des poursuites contre les membres de l'administration Bush. Plusieurs procédures judiciaires pour torture ont en effet été intentées contre Donald Rumsfeld par des groupes de défense des droits de l'homme français, allemands et américains. Dans un rapport du Sénat américain, Donald Rumsfeld figure d'ailleurs parmi les personnes désignées comme étant responsables des mauvais traitements sur des détenus dans les prisons américaines. Selon ce même rapport, l'ex-secrétaire à la Défense aurait autorisé en novembre 2002 l'utilisation de techniques d'interrogatoire musclées à la prison de Guantanamo pour faire parler les détenus. L'ex-président George W. Bush aurait également lui-même signé un document le 7 février 2002, autorisant le recours à des méthodes d'interrogatoire coercitives contre de présumés terroristes détenus à Guantanamo.

Le nouveau Président des Etats-Unis semble hélas ne pas avoir encore compris qu'il est impossible de demander l'application de telle ou telle règle de droit international à un pays, sans s'appliquer cette même règle à soi-même. Comment dès lors réaffirmer la prédominance du droit international si, aux Etats-Unis, aucune poursuite n’était engagée contre George W. Bush et Donald Rumsfeld ? S’il veut redonner un crédit moral à la première puissance mondiale et insuffler une nouvelle crédibilité et une grande force à la diplomatie américaine, Barack Obama n’a d’autre choix que de tirer toutes les conséquences de sa déconstruction et faire engager des poursuites judiciaires contre George W. Bush et Donald Rumsfeld.


Jean-Philippe Miginiac

 


Notes

(1) US Torture: Voices from the Black Sites, By Mark Danner, New York Review of Books April 9, 2009

(2) Red Cross Described 'Torture' at CIA Jails
Secret Report Implies That U.S. Violated International Law
By Joby Warrick, Peter Finn and Julie Tate, Washington Post March 16, 2009

(3) ACLU : The Bush Administration's Secret Legal Memos

(4) Justice Department Memos on Interrogation Techniques

(5) Explaining and Authorizing Specific Interrogation Techniques

(6) Statement of President Barack Obama on Release of OLC Memos

(7) Center for Constitutional Rights

(8) Amnesty International

(9) Prison de Guantanamo: L'ONU veut poursuivre Bush et Rumsfeld, Radio-Canada 2009-01-20

 

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