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lundi 1 août 2011

Analyse 01/08/11 - Obama a capitulé, les plus riches ne paieront rien, les malades, les vieux et les pauvres paieront !

Tous les titres des médias et tous les commentaires saluent ce matin l'accord trouvé sur la dette américaine. L'histoire retiendra pourtant que Barack Obama s'est laissé entrainer dans un bras de fer politique qu'il a perdu alors que le plafond de la dette américaine est pourtant une mesure purement technique, conséquence de votes antérieurs du Congrès. Le Président américain aurait d'ailleurs pu éviter toute bataille politique en s'abritant sous le 14ème amendement de la Constitution des États-Unis qui stipule que "La validité de la dette publique américaine ne doit pas être remise en question" et imposer une solution purement technique.

Les républicains ont obtenu d'importantes baisses des dépenses sociales sans céder sur une hausse des impôts des ménages les plus riches ou sur la suppression de niches fiscales, comme celle qui profite aux propriétaires d'avions d'affaires, et qui a été dénoncée à de nombreuses reprises par le président lui-même. Les républicains ont également obtenu que soit voté un amendement inscrivant la règle de l'équilibre budgétaire dans la Constitution américaine.

Une première réduction des dépenses de 1.000 milliards de $ a été décidée. Une commission spéciale composée à parts égales de républicains et de démocrates sera ensuite chargée de trouver, avant fin novembre, des baisses de dépenses supplémentaires à hauteur de 1.500 milliards de $. Dans le cas où aucun accord n'interviendrait sur des réductions budgétaires supplémentaires, un mécanisme contraignant se mettrait en place, imposant automatiquement un certain nombre de coupes, y compris pour la défense et le programme de santé Medicare pour les personnes âgées.

Les conséquences en seront désastreuses pour l'économie américaine, déjà en plein naufrage. Après des pertes de 7.000 Milliards de $, l'immobilier chute encore. L'emploi est dévasté. Le taux de chômage large -- qui comprend les personnes ayant cessé de chercher un emploi, les travailleurs à temps partiel ne trouvant pas de plein-temps, etc. -- est passé de 15,8% à 16,2% en juin. Entre 2007 et 2011, 14.4 millions de familles ont perdu leurs foyers et près de 25 millions de personnes sont au chômage ou en condition d'emploi précaire.

Les politiques mises en œuvre jusqu'à aujourd'hui ont partout été employées à soutenir et assurer la survie des institutions financières responsables de la crise économique. Au lieu de sauver l'économie, on a sauvé les banques, au lieu de sauver la Grèce, on a sauvé ses créanciers, au lieu de sauver les Etats-Unis, on sauve Wall-Street !

Les dirigeants occidentaux sont perdus sans boussole. En 2006 et 2007, ils n'ont pas vu venir la crise. En 2008, ils n'ont pas su la comprendre. En 2009-2011, ils sont totalement incapables de la résoudre, cédant jour après jours aux manœuvres de l'oligarchie financière. Celle-ci s'est approprié et a accumulé. bulle après bulle, profits, dividendes et bonus astronomiques pour, lorsqu'une bulle éclate, appeler et obliger la collectivité à rembourser les pertes... en s'endettant !

Nos dirigeants politiques se sont faits rouler dans la farine ! Au lieu de prendre le pouvoir dans les banques et les institutions financières ils ont permis à leurs actionnaires et à leurs dirigeants responsables de la crise de conserver leur mise en nous endettant pour les renflouer !

Au lieu de constater que les profits avaient été virtuels et que les dividendes, bonus etc des dernières années n'avaient pas lieu d'être et devaient donc être restitués par le biais d'une augmentation des impôts de ceux qui en avaient bénéficié, ils présentent aujourd'hui la facture aux classes moyennes et pauvres en multipliant les plans d'austérité... qui ruinent tout espoir de reprise de la croissance... qui seule permettrait de rembourser les dettes accumulées !

Au lieu de déclarer la guerre à la spéculation ils ont, comme aux États-Unis, créé des milliers de milliards de dollars de monnaie (5.000 Milliards de $ selon certaines estimations) qui, au lieu d'être injectés dans l'économie réelle pour relancer la croissance... ont été déposés dans les coffres des banques qui les ont utilisés immédiatement pour spéculer sur les dettes des États, leurs agences de notation estimant brusquement par exemple que la dette italienne était aussi dangereuse que les concombres espagnols, après avoir estimé que les dettes grecque et Irlandaises avaient dorénavant le statut de junk bond (obligations pourries)... permettant ainsi aux banques de s’engouffrer dans les brèches pour imposer que le taux des prêts à deux ans à la Grèce soit dorénavant de 36% !

Pendant ce temps les paradis fiscaux abritent toujours plusieurs dizaines de milliers de milliards de $ qui échappent totalement à l'impôt !
 

Jean-Philippe Miginiac 01/08/2011

jeudi 14 juillet 2011

Pour mémoire et en hommage aux morts d'Afghanistan



Cet article a été publié ici le 22 Septembre 2009 sous le titre : "Sarkozy et l'Afghanistan : la stratégie du pipeau"

Dans son discours devant les ambassadeurs, fin août, le président Nicolas Sarkozy déclarait : "En Afghanistan, je partage l’analyse de Bernard Kouchner : la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme. Aller voter, c’est aller mettre votre doigt dans l’encre indélébile quand des gens à longueur de journée vous disent que ceux qui auront de l’encre sur les doigts, on leur coupera la main… Et les talibans sont crédibles quand ils disent cela compte tenu de ce qu’est leur bilan. Et malgré cela, des millions de gens se sont rendus aux urnes. Ils méritent qu’on les aide. Dans l’attente des résultats, la France appelle les candidats et leurs partisans à faire preuve d’un très grand sens des responsabilités".

Pourtant tout le monde savait déjà que les élections afghanes avaient été massivement truquées.

Depuis, la presse internationale a souligné l’ampleur des fraudes en faveur de Hamid Karzaï, actuel président afghan. Dans le New York Times du 8 septembre un des observateurs occidentaux affirmait que 15 % des bureaux de vote n’avaient jamais ouvert, transmettant pourtant des résultats favorables à Hamid Karzaï, et 800 bureaux, ouverts ceux-là, avaient été pris en main par des partisans de Hamid Karzaï qui ont bourré les urnes. Les observateurs de l'Union européenne viennent quant à eux d'annoncer qu'environ 1,5 million de votes (soit un quart des suffrages), glissés dans l'urne le 20 août lors de la présidentielle afghane, pourraient être frauduleux.

A la veille d'une semaine chargée en rencontres diplomatiques, le président américain, Barack Obama, a lui-même clairement évoqué des doutes sur la validité des élections afghanes, déclarant que la consultation "ne s'est pas déroulée aussi bien que je l'aurais espéré, et le déroulement du scrutin dans certaines régions du pays pose de graves questions... Des fraudes ont été signalées, cela ne fait pas de doute, et cela semble plutôt grave à première vue". De son côté, Dianne Feinstein, la Démocrate californienne qui préside la commission du renseignement du Sénat, déclarait : "Je ne crois pas que nous puissions construire un État démocratique en Afghanistan... Je crois que cela restera une entité tribale".

Mais si l’ampleur des fraudes soulève débat dans l’administration américaine, la France, elle, reste silencieuse. Le 7 septembre, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait : "Alors que les élections en cours devraient permettre de franchir une nouvelle étape dans l’histoire de l’Afghanistan, il est naturel de faire évoluer les modalités de la relation entre la communauté internationale et les prochaines autorités afghanes. Celles-ci devront assumer progressivement davantage de responsabilités dans la stabilisation et le développement du pays". Quelques jours plus tard, Paris confirmait la tenue d’une conférence internationale sur l’Afghanistan pour consolider les succès !

Succès ? Parmi les "succès", la poursuite des bavures. "L’OTAN admet que le raid dans la région de Kunduz a tué des civils" titre lemonde.fr le 8 septembre. Ce raid, ordonné par un officier allemand, a fait une centaine de morts, dont un nombre indéterminé de civils.

Les massacres répétés de populations civiles sous les bombardements de la coalition en Afghanistan réduisent pourtant à néant toutes les prétentions morales qui sont avancées pour justifier cette guerre. le droit international interdit aux armées de tirer sauvagement sur les bâtiments où s’entassent les civils et de bombarder sauvagement les villages, même lorsque des forces ennemies y sont présentes. Une armée en campagne qui prend le risque de tuer des dizaines de civils en écrasant des villages sous les bombes pour ne pas avoir à exposer la vie de ses soldats dans un affrontement rapproché avec les rebelles ne vaut pas mieux que ceux qu’elle prétend combattre.

Succès ? Tous les trois mois, les autorités canadiennes publient un tableau de bord sur leurs "progrès" militaires en Afghanistan, un document qui est infiniment plus honnête et plus détaillés que tout ce qui est publié par le Pentagone ou le ministère français de la Défense et qui prouve indéniablement que l'échec est patent ! Le dernier rapport montre ainsi que la province de Kandahar est de plus en plus en proie à la violence, moins stable et moins sûre, et que les attaques dans tout le pays sont plus fréquentes qu’à aucun autre moment depuis la chute du régime taliban en 2001. La fréquence des attentats au printemps a été "exceptionnellement élevée" par rapport à 2008. Le nombre d’attentats avec des mines artisanales a augmenté de 108%. Les Afghans estiment qu’ils sont moins satisfaits de l’enseignement et de la situation de l’emploi, principalement en raison de la sécurité qui est faible ou inexistante. Le Canada se concentre maintenant uniquement sur la sécurité de la ville de Kandahar, abandonnant toute tentative réelle de contrôle de la province.

L’armée canadienne quittera l’Afghanistan en 2011, mais jusqu’à présent, seules 5 des 50 écoles de son programme de construction ont été achevées, 28 autres étant seulement "en construction". Et sur les 364 écoles de la province de Kandahar, 180 ont été contraintes de fermer !

Concernant les progrès dans la "gouvernance démocratique" à Kandahar, le rapport canadien indique que la capacité du gouvernement afghan est "chroniquement déficiente et [qu’il est] miné par la corruption généralisée". Au sujet de la "réconciliation", on lit que le "début de la saison d’été des combats, et la focalisation des politiques et des militants sur les élections du mois d’août ont découragé les attentes d’initiatives dignes d’attention ... ". Même l’objectif basique de l’éradication de la poliomyélite, le projet d’assistance civile le plus important pour Ottawa en Afghanistan, a eu raison de l’International Development Agency canadienne. Et même cet aveu se dissimule derrières des mensonges véritablement dignes d’un Bush ou d'un Blair comme l’a révélé le Toronto Star en effectuant un travail sérieux de journalisme d’investigation. L’objectif d’ "éradiquer" la polio avec l’aide des fonds de l’ONU et de l’Organisation Mondiale de la Santé a ainsi été discrètement modifié pour devenir "la prévention de la transmission" de la polio. Et au lieu de mesurer le nombre d’enfants "immunisés" contre la polio, la cible a été modifiée pour se référer uniquement au nombre d’enfants "vaccinés" alors que les enfants doivent être vaccinés à plusieurs reprises avant qu’ils ne soient effectivement immunisés.

Succès ?  Ce n'est certainement pas l'avis de Zbigniew Brzezinski, éminent stratège géopoliticien, spécialiste incontesté des plans complexes de subversion et de maîtrise des zones géopolitiques et ancien conseiller de sécurité nationale de Jimmy Carter, à qui on prête une influence considérable sur l’actuel président des Etats-Unis et sur sa politique étrangère. Zbigniew Brzezinski vient en effet de déclarer, lors d’une intervention qu’il a faite à une conférence stratégique à Genève (organisée par l’International Institute for Strategic Studies de Londres), que les Etats-Unis et l'OTAN risquent, en Afghanistan, un échec équivalent à celui qu’a connu l’URSS en 1980-1988. Pour mémoire, Brzezinski sait de quoi il parle puisque c’est lui-même qui a été en grande partie responsable de l'échec soviétique en organisant, préventivement à l’intervention de l’URSS de décembre 1979, la constitution de la guérilla islamiste en Afghanistan. Et ce sont justement, d'après Brzezinski, les héritiers de cette guérilla islamiste qui affrontent aujourd’hui les Etats-Unis et l'OTAN et les confrontent à la possibilité d’un destin fatal.

Succès ? Rendant hommage aux deux soldats français tués en Afghanistan la semaine dernière, le président Nicolas Sarkozy a répété vendredi 11 septembre que la France y poursuivrait son "combat contre la barbarie", et "restera le temps nécessaire à l'avènement d'un Etat afghan souverain et librement choisi par les Afghans".

A quand un débat en France où une voix, qu'on cherche à faire taire, s'élève, seule, pour combattre la stratégie du pipeau du Président de la République. Dominique de Villepin martelait encore le 2 Septembre dernier : "La politique américaine en Afghanistan est dans l'impasse, et nous n'avons pas suffisamment joué notre rôle en renonçant à une révision stratégique profonde. J'avais insisté auprès de Jacques Chirac, avant la fin de sa présidence, pour que nous amorcions un désengagement de nos troupes, en particulier des Forces spéciales. Il faut d'urgence envoyer un signal fort: une stratégie de coopération économique et sociale ambitieuse sur le terrain, assortie d'un calendrier de retrait pour montrer que notre visée n'est pas militaire. Tirons les leçons de l'Histoire et refusons les oeillères idéologiques qui font le jeu des extrémistes".


Jean-Philippe Miginiac

vendredi 6 mai 2011

Analyse 06/05/11 - La mort d’Ossama Ben Laden, ou un magistral coup de billard à trois bandes

Analyse 06/05/11 - La mort d’Ossama Ben Laden, ou un magistral coup de billard à trois bandes

Si nombre d'experts, dont les services secrets français, avaient acté une forte probabilité de décès d'Ossama Ben Laden en 2006, le scénario d'un abri « protégé » au Pakistan restait cependant envisagé.

C'est donc cette dernière hypothèse qui semble confirmée avec la localisation de l'ex leader d'Al Qaeda à Abbottabat, ville de garnison située à 65 kilomètres d’Islamabad, au cœur du système militaire de l'ISI, le fameux service de renseignement pakistanais. Abbottabat est aussi un lieu de résidence de l'élite militaire pakistanaise et, une semaine avant l'assaut, le général Ashfaq Kiayani, commandant des forces armées pakistanaise, avait même prononcé un discours à l'Académie militaire du Pakistan, à moins d'un kilomètre de la villa fortifiée où résidait Ben Laden, annonçant que « la colonne vertébrale du terrorisme était brisée » !

Quelles que soient les belles histoires délivrées pour l'occasion, imaginer que quatre hélicoptères américains, même furtifs, aient pu pénétrer dans des lieux aussi sensibles sans provoquer aucune réaction est une hypothèse hautement burlesque et les forces spéciales américaines n'ont donc pu intervenir que grâce à un accord « tacite » de l'ISI et de l'armée pakistanaise.

Et d'ailleurs, le 23 février dernier, dans une station balnéaire pakistanaise, le général Ashfaq Kiyani, assisté d'un autre général pakistanais représentant peut-être l'ISI, rencontrait l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmées américain, assisté de son côté par le général David Petraeus, commandant en chef en Afghanistan (mais aussi le futur directeur de la C.I.A. désigné par le Président Obama le 28 avril dernier), ainsi que de trois autres hauts responsables. Officiellement cette rencontre avait pour objectif de trouver une solution au « cas Davis », du nom d'un « agent consulaire » américain, arrêté à Lahore le 27 janvier dernier après avoir tué deux jeunes pakistanais. Ce citoyen américain, qui séjournait dans ce pays sous une couverture consulaire, travaillait vraisemblablement pour la C.I.A. 

Rien n'a filtré de cette réunion, mais il est aujourd'hui probable que le cas Ben Laden fut au centre des discussions, et le cas Davis traité très en marge. Une rencontre entre militaires à un tel niveau n'est en effet aucunement justifiée par l'affaire Davis qui aurait dû logiquement être traitée entre diplomates.

Un autre pays devait cependant être au cœur des réflexions des intervenants à cette réunion américano-pakistanaise. Depuis quelques années en effet, les généraux pakistanais ne font rien sans l'assentiment de l'Arabie Saoudite. Les rumeurs de financement de l'arme nucléaire pakistanaise et de « pacte nucléaire secret » entre Islamabad et Riyad émergent régulièrement et le Pakistan et l'Arabie Saoudite développent une coopération militaire étroite (voir mon article du 11/03/2006 - L'Arabie Saoudite regarde à l'Est (II) - La tentation nucléaire - in « Pour en finir avec George W. Bush » - http://www.unegalerie.fr/geopolitiques/geopolitiques.htm).

Rien de ce qui concerne Ossama Ben Laden et Al Qaeda ne saurait d'ailleurs être étranger à l'Arabie Saoudite ! Il y a quelques mois, un mémo secret signé en Décembre 2009 par la secrétaire d'État Hillary Clinton et révélé par Wikileaks, indiquait en effet clairement que les résidents du royaume saoudien et de ses voisins - les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar - restaient les principaux soutiens financiers des organisations terroristes et des militants affiliés à Al-Qaeda, aux talibans, au Hamas et au mouvement pakistanais Lashkar-e-Taiba. Selon Hillary Clinton, la volonté politique nécessaire pour bloquer l'argent destiné à ces réseaux faisait toujours gravement défaut, notamment chez les dirigeants saoudiens. Ceci n'était pas une surprise pour les experts qui estimaient qu'après le 11 Septembre, la famille royale saoudienne avait préféré accepter de fermer les yeux sur l'aide et le soutien de certains de ses membres à Ossama Ben Laden, en échange d'une relative inaction d'Al Qaeda sur le territoire saoudien et dans le golfe persique.

Il est donc peu vraisemblable que l'Arabie Saoudite ait pu ignorer la localisation et la protection d'Ossama Ben Laden au sein du complexe militaire pakistanais et on peut même imaginer que cette protection du leader terroriste faisait partie d'un véritable deal entre celui-ci, l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

Mais au Moyen-Orient tout vient brusquement de changer avec les révolutions arabes, le renversement du président égyptien Hosni Moubarak et le quasi-renversement du président Yeminite Ali Abdullah Saleh, et l'Arabie Saoudite est de plus en plus profondément préoccupée par la déstabilisation du Yémen par Al-Qaeda et l'Iran. Dans la guerre froide qui fait rage au Yémen - une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran - Al-Qaeda a en effet agi comme allié de l'Iran et le quasi-effondrement du régime de Saleh risque de donner à l'Iran une tête de pont supplémentaire sur la frontière saoudienne.

L'Arabie Saoudite est également de plus en plus profondément préoccupée par l'instrumentalisation croissante d'Al-Qaeda par l'Iran ! Un certain nombre de responsables d'Al-Qaeda, qui étaient réfugiés en Iran - sous un régime de liberté surveillée - suite à l'intervention américaine en Afghanistan fin 2001, viennent d'être libérés et autorisés à quitter le pays. A l'époque de leur fuite vers l'Iran, le passage de la frontière avait été facilité par les troupes d'Ismaël Khan, le gouverneur de la province d'Herat en Afghanistan. Ce dernier est considéré comme inféodé à Téhéran. Ils avaient ensuite été accueillis dans la région de Quetta, au Baloutchistan, par l'organisation sunnite iranienne Al Sunna Wal Jama'a, contrôlée en sous-main par les Pasdarans, Gardiens de la Révolution iranienne (voir mon article du 05/11/2005 - Histoires de Al-Zarqawi : Les routes de Téhéran - in « Pour en finir avec George W. Bush » - http://www.unegalerie.fr/geopolitiques/geopolitiques.htm)

L'aide ainsi apportée par Téhéran aux combattants d'Al-Qaeda (ainsi qu'aux talibans) n'est pas nouvelle. Le corps Ansar de la force al-Qods des Pasdaran encadre depuis des années les activistes internationalistes sunnites. Le chef de cette unité est le général Hossein Mussavi, qui est inscrit depuis le 6 août 2010 sur la liste des personnes accusées de terrorisme par le département du Trésor américain. Les villes de Mashad (qui accueille l'état-major du corps Ansar), Tayyebat, Birjan, Maibod, Zahedan et la région de Shamsabad, près de Téhéran, abritent des camps où se trouvent des militants sunnites qui, une fois entraînés, repassent en Afghanistan. Des cellules d'Al-Qaeda ont été repérées dans les districts de Barkwah, Balu Barak, Frah, Gulistan et Pusht-e Rod de la province de Farah (soit 5 des 11 districts de cette région située au sud-ouest de l'Afghanistan). Parallèlement, l'Iran utilise aussi les compétences du Saoudien Abdullah al Qarawi, qui est responsable d'Al-Qaeda dans le Golfe persique. A ce titre, il y recrute de nombreux volontaires locaux pour aller mener la guerre sainte en Afghanistan.

Une partie des dernières troupes d'Ossama Ben Laden parait donc être désormais de plus en plus instrumentalisées par Téhéran qui les utilise pour ses propres desseins. L'Iran souhaite ainsi jouer un rôle dans les bouleversements qui se déroulent actuellement dans le monde arabe. SI les populations chiites au Bahreïn peuvent être épaulées directement  mais discrètement, ce n'est pas le cas ailleurs et la manipulation d'activistes d'Al-Qaeda semble donc une des solutions adoptées par les mollahs pour étendre leur influence. L'Arabie Saoudite, qui est à la fois terrorisée par la poussée iranienne et par le développement des révolutions arabes, ne pouvait plus rester sans réagir ! La révolution islamiste iranienne avait déjà encouragé, en 1979, tous les chiites du Golfe à renverser leurs dirigeants « corrompus », et de violentes émeutes s’en étaient suivies parmi la communauté chiite d’Arabie Saoudite. Celle-ci, estimée entre 1 et 2 millions de personnes parmi 16 millions de saoudiens, est installée au cœur même de la province pétrolière du Hassa qui court sur 550 kilomètres le long du golfe Persique, à l’est des déserts d’Al-Dahna et d’Al-Sulb, et le Hassa est principale source de la richesse du royaume et son cœur économique. Pour les chiites du royaume, la difficulté de se sentir aujourd’hui « saoudites » est d’autant plus marquée qu’ils sont encore discriminés et tenus à l’écart de la fonction publique, malgré les promesses des Rois Fahd et Abdallah à réévaluer leurs droits, et que leur religion est toujours considérée comme une hérésie par les autorités sunnites .

Peu après la visite pakistanaise des généraux américains, le Prince Bandar bin Sultan bin Abdulaziz, Chef du Conseil de sécurité nationale saoudien et émissaire spécial du Roi a lui aussi pris le chemin du Pakistan, y rencontrant les plus hautes autorités à le fin du mois de Mars 2011, dont le Président Asif Ali Zardari, le Premier Ministre Yousaf Raza Gilani, le Ministre de l'intérieur Rehman Malik et le Commandant des forces armées, le Général Ashfaq Parvez Kayani. A la suite de cette visite on apprenait que le Pakistan avait décidé de jouer un important rôle dans le Golfe en soutenant l'Arabie Saoudite contre les révolutions chiites de Bahrein et du Yemen (où l'aviation pakistanaise est déjà intervenue fin 2009, début 2010 en soutien des forces saoudiennes). L'accord passé prévoirait la mise à disposition de deux divisions pakistanaises pour intervenir en Arabie Saoudite en cas de besoin et aider l'Arabie Saoudite à combattre les déstabilisations au Bahreïn et au Yémen (avec notamment le recrutement de 1.000 soldats pakistanais dans la Garde nationale de Bahreïn).

Il semble donc bien que l'Arabie Saoudite vienne de réussir un magistral coup de billard à trois bandes pour :

- décapiter un Al Qaeda de plus en plus instrumentalisé par l'Iran,

- offrir une divine surprise à Barack Obama (et peut-être sa reélection) en échange d'une certaine bienveillance des Etats-Unis dans les efforts saoudiens de contre-révolution dans les pays du Golfe,

- achever d'enrôler l'armée et la bombe pakistanaise dans sa lutte contre Téhéran.




Jean-Philippe Miginiac 06/05/2011

mardi 5 avril 2011

Analyse 05/04/11 - Tu Quoque Obama !

Analyse 05/04/11 - Tu Quoque Obama !

Toi aussi Obama ! Le Président des États-Unis l'a donc décidé, reniant ses engagements, Le procès des cinq hommes accusés d'avoir organisé les attentats du 11-Septembre se tiendra devant un tribunal militaire d'exception sur la base navale américaine de Guantánamo, et non devant un tribunal de droit commun à New York.Les tribunaux militaires d'exception de Guantánamo ont été créés en 2006 par George W. Bush et réformés par l'administration Obama et le Congrès à l'automne 2009. Malgré des progrès, ils font toujours très peu de cas des droits de la défense !

Pour mémoire, lire mes articles suivants réunis dans mon ouvrage "Pour en finir avec George W. Bush", à télécharger sur http://www.unegalerie.fr/geopolitiques/geopolitiques.htm

page 221 - 25/03/2007 - Khalid Sheikh Mohammed… la falsification de l'histoire

Vous vous souvenez des procès staliniens ? Vous vous souvenez quand les accusés, préalablement torturés pendant des mois dans le Goulag, s’accusaient volontairement de tous les crimes possibles et imaginables contre la révolution, contre les soviets, contre le plan et contre le glorieux peuple soviétique ? Vous vous souvenez quand quelques dissidents, qui avaient réussi malgré les tortures à garder un minimum de raison, s’accusaient même de crimes absurdes et inimaginables pour tenter de porter leurs voix désespérées et alerter le monde contre la manipulation et la falsification de l’histoire ?...


page 286 - 18/04/2009 - Pour en finir avec George W. Bush

On pourrait appeler cela de la déconstruction. Le nouveau Président des États-Unis déconstruit, horreur après horreur, les affres de l’ère Bush...


page 293 - 22/11/2009 - Guantanamo, l'échec de Barack Obama

Un an après son élection et dix mois après son entrée en fonctions, Barack Obama est toujours loin de réussir à fermer Guantanamo. Dès le deuxième jour de son mandat, il avait pourtant ordonné la fermeture de la prison militaire où l'administration Bush a enfermé des "ennemis combattants" soupçonnés de terrorisme...


page 295 - 10/04/2010 - Epilogue - La preuve par l'absurde

Lawrence Wilkerson, l'ancien bras-droit de Colin Powell, a affirmé dans une déclaration datée du 24 mars 2010 et publiée dans le quotidien britannique The Times du vendredi 9 avril, que la majorité des détenus de Guantanamo étaient innocents. Selon lui, ils auraient été détenus pour des raisons politiques...


Jean-Philippe Miginiac 05/04/2011

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