Politiques 27/10/09 - Discours de Dominique de Villepin à la Maison de
l’Amérique latine (extraits)
"Chers amis, quel bonheur pour moi d’être avec vous ce soir, avec Brigitte
Girardin, avec tous nos amis parlementaires et élus, et vous tous, mes amis,
réunis ici pour la première fois. Nous sommes ici pour répondre aux
préoccupations des Français, de tous les Français.
La France a besoin de vous. Elle a besoin de votre volonté, de votre énergie,
de votre lucidité.
Je voudrais, tout d’abord, répondre avec vous à quelques questions simples qui
définissent le cadre de notre réflexion et de notre action.
1-Qui sommes-nous ?
Nous sommes un rassemblement de Françaises et de Français venus de tous les
horizons, de toutes origines, de toutes sensibilités, de toutes
expériences,
C’est dire que nous partageons des valeurs communes et une même vision pour la
France faite de fidélité à un héritage commun et en même temps d’ambition parce
que nous voulons nous tourner résolument vers l’avenir.
C’est dire que nous refusons tout esprit de système et tout esprit partisan.
Nous refusons de nous enfermer dans le jeu des intérêts particuliers, des
communautés et des catégories.
2-Quelle est notre ambition pour la France ? C’est
d’agir.
Agir dans un moment fondateur.
C’est un temps de crise et de profonde remise en cause, car nous sommes à
l’heure des défis mondiaux. Nous traversons une crise majeure, une crise
économique d’une ampleur sans précédent pour nos économies développées. Nous
devons trouver notre place dans une mondialisation dans laquelle plus rien ne
sera comme avant. De nouvelles hiérarchies se mettent en place à l’échelle du
monde, de nouveaux rapports de force internationaux se cristallisent. Les
positions acquises s’érodent.
Nous sommes à l’heure des défis pour l’Europe où la France doit assumer un rôle
pionnier, le défi d’une Europe-puissance capable de défendre ses intérêts et de
peser sur le monde, le défi d’une Europe-confiance plus solide, plus efficace
et plus démocratique.
Nous sommes à l’heure des défis pour la France. Des défis très concrets, le
cercle vicieux du chômage et de la dette dont il faut sortir. Pour y répondre,
il nous faut plus de cohésion, plus de vision, plus d’action. Face à une crise
sans précédent, notre modèle social a montré sa force. Il montre aussi ses
fragilités. Nous ne pouvons accepter le sacrifice d’une génération, une
jeunesse qui est la première victime de la récession.
Agir à travers un choix fondateur qui est de conjurer le mal français.
La concentration du pouvoir ne permet pas l’efficacité du pouvoir. Elle conduit
à l’isolement, à l’esprit de cour, à la bureaucratie au jeu stérile des
polémiques. On le voit aujourd’hui : une polémique chasse l’autre sans que
les vrais problèmes des Français soient traités, sans qu’on puisse créer des
majorités d’idées, des majorités d’action.
Seul l’esprit de mission permet de casser cet engrenage parce qu’il permet de
conjuguer toutes les énergies et de les tourner vers le service des Français.
C’est la grande leçon que nous tenons de notre histoire : quand l’esprit
de mission est au rendez-vous, la France est grande, la France est forte. Nous
l’avons vu avec le général de Gaulle. Nous l’avons vu à d’autres moments de
notre histoire, sous la Convention de l’an II ou à la Libération, avec
Clémenceau comme avec Blum, sous la droite comme sous la gauche.
C’est cet esprit de mission qui a permis à la France, à certains moments au
cours des dernières décennies, d’être en initiative, de créer un élan commun et
de marquer des points, à certains moments sous la présidence de François
Mitterrand à travers des réformes de société, à certains moments sous Jacques
Chirac à travers l’affirmation de l’indépendance de la France, comme d’ailleurs
à certains moments sous Nicolas Sarkozy, au moment de la Présidence Française
de l’Union Européenne.
Mais c’est malheureusement trop souvent un esprit de mission à éclipses et les
points gagnés peuvent être vite perdus. Comment faire pour que ces moments
durent ? C’est la clé de la démocratie française pour créer continuité de
l’action et rassemblement des volontés.
Il faut le respect d’un équilibre institutionnel. Dans un pays complexe comme
la France, on a besoin de cette répartition du pouvoir. C’est pour cela que
j’ai toujours plaidé pour un équilibre respectueux des pouvoirs de chacun au
sein de l’exécutif entre le Président, le Premier ministre et le Gouvernement,
pour un équilibre entre législatif et exécutif, pour une véritable indépendance
de la justice.
Agir enfin, autour d’un projet fondateur, qui est de choisir la voie de
l’exigence pour renouer avec l’esprit de la Nation.
L’esprit de la Nation c’est quoi ?
Une France républicaine fidèle aux principes de liberté, d’égalité et de
laïcité. Une France où chacun a sa place, où chacun a sa chance. Une France
sans passe-droits, sans plafonds de verre et sans discriminations. C’est une
France où l’Etat retrouve le rôle qui est le sien. Un Etat modernisé et
davantage tourné vers le citoyen, qu’il s’agisse de la réforme territoriale, de
la modernisation des services publics ou de leur préservation sur tout le
territoire.
Une France solidaire capable de restaurer l’esprit de justice. La cohésion du
pays est menacée : parce que la solidarité est plus fragile quand son
financement n’est pas assuré, quand notre protection sociale annonce plus de 30
milliards d’euros de déficits en 2010. Parce que l’esprit républicain est plus
fragile quand 25% des jeunes sont au chômage. Parce que l’esprit de la nation
est plus fragile quand on laisse à la génération suivante un pays plus endetté,
plus pollué, plus replié sur lui-même. Il faut renouer avec la réforme,
courageuse et volontaire, grâce à une réforme fiscale assurant le partage
équitable de l’effort, pour trouver un équilibre entre justice sociale et
efficacité économique, grâce à un meilleur partage des richesses entre capital
et travail qui implique une réforme du financement de la protection sociale,
grâce encore à un pacte garantissant aux Français la pérennité des protections
sociales, tout en rendant le système plus efficace et plus juste, en
élargissant les sources de financement.
C’est une France indépendante et tournée vers l’avenir. Une indépendance qui
doit reposer sur trois piliers : une politique de compétitivité qui
défende la vitalité économique de la France dans la mondialisation à travers
une politique d’innovation et de recherche ambitieuse, le choix de secteurs
prioritaires, la mise en œuvre d’une nouvelle politique industrielle. La
préservation du rayonnement de la France, afin que la France retrouve la place
qui doit être la sienne sur la scène internationale, c’est-à-dire une politique
de trait d’union entre Est et Ouest, Nord et Sud et la défense d’idéaux
communs. La promotion de notre culture et de la francophonie qui doit être un
outil de rencontre et de partage dans le nouvel environnement global et un
atout pour établir le dialogue mondial.
3-Quelle est notre tâche ?
Ensemble nous avons choisi. Choisi de dire non à la fatalité, non au
renoncement, non à la division. Choisi de dire oui à la défense de l’intérêt
général, oui à l’esprit de mission. Aujourd’hui, plus que jamais la politique a
besoin de détermination. Plus que jamais nous avons besoin d’humilité. Plus que
jamais nous savons qu’il n’y a pas de solution miracle et que, sans relâche, il
faut persévérer. L’ardeur, l’abnégation et l’effort nous rassemblent.
Nous sommes une force de proposition, dans tous les domaines, pour engager le
débat avec l’ensemble des Français et pour construire une réflexion collective
grâce en particulier aux outils créés par l’association et à la mobilisation de
toutes les énergies.
Nous voulons offrir une alternative à la politique menée en tirant les leçons
des difficultés rencontrées aujourd’hui par notre pays, dans un esprit de large
rassemblement, et en cherchant à traiter les racines du mal français.
Nous nous mettons résolument au service des Français, en allant à leur
rencontre sur tout le territoire et en tenant compte de toute la diversité de
la France d’aujourd’hui, de ses aspirations et de son désir de
changement.
Courage, sursaut et responsabilité, voilà notre mot d’ordre. Courage, dans
notre conception d’une France indépendante. Courage de faire porter la voix de
la France et son message. Courage d’assumer notre part de responsabilité dans
l’ordre du monde. Courage de se donner les moyens d’une France forte.
Sursaut, pour notre pays, pour éviter l’immobilisme et le renoncement. Le
sursaut de notre pays pour répondre à l’urgence et à une attente immense de
renouveau. Le sursaut pour donner à la jeunesse toute sa place dans cette
société.
Responsabilité pour chacun afin de défendre les exigences de l’intérêt général,
afin de faire face au danger permanent d’une coupure entre le peuple et ses
gouvernants.
Dominique de Villepin