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vendredi 19 octobre 2012

Analyse 19/10/2012 - Même le pire des terroristes a droit à être jugé et défendu devant un tribunal civil



Même le pire des terroristes a droit à être jugé et défendu devant un tribunal civil. Là sont nos valeurs !

Khaled Sheikh Mohammed, considéré comme le cerveau des attentats du 11-Septembre et toujours en attente de son procès, est brièvement apparu le 17 Octobre 2012 lors d'une audience préliminaire à un tribunal militaire à Guantanamo.

Le cerveau du 11-Septembre dénonce le droit du gouvernement américain "d'assassiner légalement"

  

Pour mémoire, je republie ci-dessous l'article que j'écrivais le 25/03/07 :

Khalid Sheikh Mohammed… la falsification de l’histoire

Vous vous souvenez des procès staliniens ? Vous vous souvenez quand les accusés, préalablement torturés pendant des mois dans le Goulag, s’accusaient volontairement de tous les crimes possibles et imaginables contre la révolution, contre les soviets, contre le plan et contre le glorieux peuple soviétique ? Vous vous souvenez quand quelques dissidents, qui avaient réussi malgré les tortures à garder un minimum de raison, s’accusaient même de crimes absurdes et inimaginables pour tenter de porter leurs voix désespérées et alerter le monde contre la manipulation et la falsification de l’histoire ?

C’est à un procès stalinien qu’on assiste à Guantanamo, avec la publication, par le Pentagone, d’extraits des aveux d’un homme que l’on dit être Khalid Sheikh Mohammed, dit " mastermind ", l’ancien numéro trois des criminels d’Al Qaeda, arrêté peut-être en Février, ou en Mars 2003, ou bien avant, qui a sans doute imaginé la stratégie de l’avion suicide et les attentats contre les tours du World Trade Center, ce qu’il confirmerait aujourd’hui, s’accusant en outre, devant un Tribunal Militaire et sans l’assistance d’un avocat civil, d’avoir personnellement planifié, financé, organisé et assuré le suivi d’une liste inimaginable de trente et un attentats partout dans le monde. Khalid Sheikh Mohammed aurait, dit-il lui-même, ainsi décapité de sa propre main le journaliste Daniel Pearl à Karachi, profitant sans doute de ses moments de détente pour aller personnellement identifier comme cibles des bases américaines un peu partout dans le monde et quelques boîtes de nuit fréquentées par les soldats américains, pour imaginer et organiser des opérations destinées à détruire des bateaux militaires américains et des tankers dans le détroit d’Ormuz, dans celui de Gibraltar, dans le port de Singapour et dans le Canal de Panama qu’il envisageait de bombarder, pour faire un saut aux Philippines et y préparer un attentat contre le Pape Jean-Paul II, pour imaginer, planifier et organiser " de A à Z " les attentats du 11 Septembre (et celui de 1993) contre le World Trade Center, pour passer quelque temps à Bali en Indonésie, le temps d’y superviser les attentats qui ont décimé nombre d’australiens et de britanniques, pour préparer l’assassinat des Présidents Carter, Clinton, Musharraf et faire exploser pas moins que la Library Tower en Californie, la Sears Tower à Chicago, l’Empire State Building, le New York Stock Exchange et quelques ponts de New York, la Plaza Bank à Washington, l’aéroport d’Heathrow et Big Ben à Londres, le siège de l’OTAN à Bruxelles, pour participer à l’assassinat de deux soldats américains au Kowait et à la destruction de nombreuses boîtes de nuit en Thailande, pour planifier la destruction d’immeubles à Eilat, en Israël, en utilisant des avions saoudiens, pour planifier, organiser et financer la destruction d’ambassades israéliennes et américaines en Indonésie, Australie et Japon, de quelques centrales nucléaires aux Etats-Unis et d’un hôtel à Mombasa, pour préparer la destruction de douze avions américains remplis de passagers etc… un palmarès à faire pleurer de honte et re-mobiliser dans la compétition tous les autres terroristes de par le Monde.

S’agit-il d’ailleurs vraiment de Khalid Sheikh Mohammed dont personne ne pourrait vraiment dire si il est mort, si il a bien été capturé ou si il est encore en liberté quelque part au Pakistan tant la confusion et la manipulation entretenue des annonces et des rumeurs a nourrit les unes de la presse en 2002 et 2003 ? Souvenez-vous, quelques jours à peine avant le premier anniversaire du 11 Septembre, la presse indienne avait révélé que Khalid Sheikh Mohammed avait été arrêté le 16 Juin 2002 à Karachi et remis aux autorités américaines. C’est en ce même mois de Juin 2002 que le journaliste d’Al Jazeera, Yosri Fouda, avait dit avoir secrètement interviewé Khalid Sheikh Mohammed à Karachi (Yosri Fouda affirmera plus tard que l’interview aurait été réalisée en Avril 2002) et ce seraient des indices tirés de l’interview et la voix enregistrée de Khalid Sheikh Mohammed qui auraient sans doute permis son arrestation. Khalid Sheikh Mohammed a ensuite été annoncé comme mort le 11 Septembre 2002 dans une attaque sanglante au cœur de Karachi après avoir été cerné par plus d’un millier d’hommes (plus de 2.000 diront même certains), membres des services secrets pakistanais (ISI), Rangers paramilitaires, hommes de la police de Karachi et officiels du FBI. Tous les détails avaient été abondamment fournis par les représentants de l’ISI et repris dans la presse, jusqu’à l’histoire de cette représentante du FBI qui, se penchant sur les corps des deux terroristes abattus, se serait soudainement exclamée : " vous avez tué Khalid Sheikh Mohammed " avant de donner l’ordre qu’on coupe un doigt de la victime pour des analyses ultérieures. A la une des journaux de l’époque, aussi, l’histoire de la femme de Khalid Sheikh Mohammed qui, devant les représentants du FBI, aurait reconnu le corps de son mari. Mais finalement, comme le révélait Time en Janvier 2003, le doigt coupé de la victime de l'assaut du 11 Septembre 2002 n’aurait pas porté les empreintes digitales du véritable Khalid Sheikh Mohammed !

Entre temps la rumeur avait couru, selon laquelle, le FBI ayant intercepté de nouveaux appels téléphoniques de Khalid Sheikh Mohammed, un nouveau raid avait été organisé, cette fois-ci dans la banlieue de Gulshan-I-Maymar, et plusieurs arabes avaient été arrêtés. Dans les jours qui suivirent la presse avait repris les paroles d’officiels pakistanais qui avaient déclaré que Khalid Sheikh Mohammed, bien que blessé, aurait réussi cette fois-ci à s’enfuir. Des témoins avaient pourtant assuré qu’il y avait au moins 600 policiers sur place et que personne n’aurait pu trouver le moindre petit espace pour s’enfuir. Et puis, souvenez-vous, le 1er Mars 2003, l’annonce, confirmée par la Maison Blanche, de la capture de Khalid Sheikh Mohammed au cours d’un nouveau raid, cette fois-ci dans un appartement de Rawalpindi, et de son extradition immédiate en mains américaines vers la base de Diego Garcia. L’arrestation était curieusement contestée par la sœur du médecin habitant des lieux : " les seules personnes présentes dans l’appartement étaient mon frère, sa femme et ses enfants " et par des anciens membres du gouvernement Taliban, réfugiés et cachés au Pakistan, qui démentiront la capture de Khalid Sheikh Mohammed. Certains experts estimeront quant à eux que Khalid Sheikh Mohammed avait déjà été capturé bien avant le 1er Mars 2003 et que l’annonce de sa capture à Rawalpindi n’était qu’un " écran de fumée " servant les intérêts immédiats des pakistanais et des américains. Le journaliste réputé Robert Fisk ira lui aussi dans la même voie d’une histoire totalement fabriquée dans un article intitulé " Was ‘Mastermind’ Really Captured? ".

Il est en effet probable que toutes ces histoires, la mort de Khalid Sheikh Mohammed le 11 Septembre 2002 et l’arrestation du même Khalid Sheikh Mohammed le 1er Mars 2003, ont été " fabriquées " pour servir les intérêts américains et pakistanais au moment où elles étaient le plus utiles et que Khalid Sheikh Mohammed a été sans doute, dès Juin 2002, parmi les premiers détenus des prisons secrètes de la CIA. Le 1er Mars 2003, par exemple, Georges W. Bush était englué dans les prémisses de la guerre d’Irak, refus du Parlement Turc d’autoriser le stationnement des troupes américaines, rejet par la Ligue Arabe de toute agression contre l’Irak, menace de veto français au Conseil de Sécurité, manifestation anti-guerre un peu partout dans le monde, révélation de l’espionnage américain au sein de l’ONU etc… Quelle meilleure nouvelle que l’arrestation de Khalid Sheikh Mohammed pour dériver les unes de la presse et faire taire toutes les critiques contre sa politique (la guerre cognitive est sensée viser ses ennemis mais pourquoi ne s’en servirait-on pas contre l’opinion publique) !

Le 12 Octobre 2004, Human Rights Watch révélait que Khalid Sheikh Mohammed faisait partie d’une liste de onze suspects ayant disparu et se trouvant très probablement dans une prison secrète de la CIA en Jordanie, prison dans laquelle ils étaient torturés. Amnesty International confirmera que des personnes victimes de " restitutions " ou de disparition forcées, dont Khalid Sheikh Mohammed, ont été détenues en Jordanie à un moment ou à un autre pour y être soumises à la torture. Khalid Sheikh Mohammed réapparaîtra à Guantanamo en Septembre 2006 et ses aveux extraordinaires ont été enregistrés le 10 Mars dernier, devant un Tribunal Militaire chargé de lui attribuer, ou non, le statut d’ " ennemi combattant ". Avec une rapidité très inhabituelle le Pentagone a rendu public, le 14 Mars, une partie de ces aveux, juste au moment où Georges W. Bush, malmené par le Congrès, a absolument besoin de démontrer qu’il est toujours à la pointe de la lutte contre le terrorisme.

Les citoyens des Etats-Unis feraient honneur à leur Démocratie et aux victimes d’Al Qaeda en exigeant que les crimes et les responsabilités de Khalid Sheikh Mohammed soient jugés devant un Tribunal Fédéral et non devant la supercherie d’un Tribunal Militaire digne des pires totalitarismes, recueillant des aveux risibles accumulés sous la torture, et dont l’affichage risque de creuser encore un peu plus l’artifice de la guerre des civilisations.

Jean-Philippe Miginiac


 

dimanche 18 mars 2012

Repères 18/03/12 - Sauvons nos océans


Avaaz.org - Sauvons nos océans

http://www.avaaz.org/fr/save_the_coral_sea_fr/

lundi 1 août 2011

Analyse 01/08/11 - Obama a capitulé, les plus riches ne paieront rien, les malades, les vieux et les pauvres paieront !

Tous les titres des médias et tous les commentaires saluent ce matin l'accord trouvé sur la dette américaine. L'histoire retiendra pourtant que Barack Obama s'est laissé entrainer dans un bras de fer politique qu'il a perdu alors que le plafond de la dette américaine est pourtant une mesure purement technique, conséquence de votes antérieurs du Congrès. Le Président américain aurait d'ailleurs pu éviter toute bataille politique en s'abritant sous le 14ème amendement de la Constitution des États-Unis qui stipule que "La validité de la dette publique américaine ne doit pas être remise en question" et imposer une solution purement technique.

Les républicains ont obtenu d'importantes baisses des dépenses sociales sans céder sur une hausse des impôts des ménages les plus riches ou sur la suppression de niches fiscales, comme celle qui profite aux propriétaires d'avions d'affaires, et qui a été dénoncée à de nombreuses reprises par le président lui-même. Les républicains ont également obtenu que soit voté un amendement inscrivant la règle de l'équilibre budgétaire dans la Constitution américaine.

Une première réduction des dépenses de 1.000 milliards de $ a été décidée. Une commission spéciale composée à parts égales de républicains et de démocrates sera ensuite chargée de trouver, avant fin novembre, des baisses de dépenses supplémentaires à hauteur de 1.500 milliards de $. Dans le cas où aucun accord n'interviendrait sur des réductions budgétaires supplémentaires, un mécanisme contraignant se mettrait en place, imposant automatiquement un certain nombre de coupes, y compris pour la défense et le programme de santé Medicare pour les personnes âgées.

Les conséquences en seront désastreuses pour l'économie américaine, déjà en plein naufrage. Après des pertes de 7.000 Milliards de $, l'immobilier chute encore. L'emploi est dévasté. Le taux de chômage large -- qui comprend les personnes ayant cessé de chercher un emploi, les travailleurs à temps partiel ne trouvant pas de plein-temps, etc. -- est passé de 15,8% à 16,2% en juin. Entre 2007 et 2011, 14.4 millions de familles ont perdu leurs foyers et près de 25 millions de personnes sont au chômage ou en condition d'emploi précaire.

Les politiques mises en œuvre jusqu'à aujourd'hui ont partout été employées à soutenir et assurer la survie des institutions financières responsables de la crise économique. Au lieu de sauver l'économie, on a sauvé les banques, au lieu de sauver la Grèce, on a sauvé ses créanciers, au lieu de sauver les Etats-Unis, on sauve Wall-Street !

Les dirigeants occidentaux sont perdus sans boussole. En 2006 et 2007, ils n'ont pas vu venir la crise. En 2008, ils n'ont pas su la comprendre. En 2009-2011, ils sont totalement incapables de la résoudre, cédant jour après jours aux manœuvres de l'oligarchie financière. Celle-ci s'est approprié et a accumulé. bulle après bulle, profits, dividendes et bonus astronomiques pour, lorsqu'une bulle éclate, appeler et obliger la collectivité à rembourser les pertes... en s'endettant !

Nos dirigeants politiques se sont faits rouler dans la farine ! Au lieu de prendre le pouvoir dans les banques et les institutions financières ils ont permis à leurs actionnaires et à leurs dirigeants responsables de la crise de conserver leur mise en nous endettant pour les renflouer !

Au lieu de constater que les profits avaient été virtuels et que les dividendes, bonus etc des dernières années n'avaient pas lieu d'être et devaient donc être restitués par le biais d'une augmentation des impôts de ceux qui en avaient bénéficié, ils présentent aujourd'hui la facture aux classes moyennes et pauvres en multipliant les plans d'austérité... qui ruinent tout espoir de reprise de la croissance... qui seule permettrait de rembourser les dettes accumulées !

Au lieu de déclarer la guerre à la spéculation ils ont, comme aux États-Unis, créé des milliers de milliards de dollars de monnaie (5.000 Milliards de $ selon certaines estimations) qui, au lieu d'être injectés dans l'économie réelle pour relancer la croissance... ont été déposés dans les coffres des banques qui les ont utilisés immédiatement pour spéculer sur les dettes des États, leurs agences de notation estimant brusquement par exemple que la dette italienne était aussi dangereuse que les concombres espagnols, après avoir estimé que les dettes grecque et Irlandaises avaient dorénavant le statut de junk bond (obligations pourries)... permettant ainsi aux banques de s’engouffrer dans les brèches pour imposer que le taux des prêts à deux ans à la Grèce soit dorénavant de 36% !

Pendant ce temps les paradis fiscaux abritent toujours plusieurs dizaines de milliers de milliards de $ qui échappent totalement à l'impôt !
 

Jean-Philippe Miginiac 01/08/2011

jeudi 14 juillet 2011

Pour mémoire et en hommage aux morts d'Afghanistan



Cet article a été publié ici le 22 Septembre 2009 sous le titre : "Sarkozy et l'Afghanistan : la stratégie du pipeau"

Dans son discours devant les ambassadeurs, fin août, le président Nicolas Sarkozy déclarait : "En Afghanistan, je partage l’analyse de Bernard Kouchner : la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme. Aller voter, c’est aller mettre votre doigt dans l’encre indélébile quand des gens à longueur de journée vous disent que ceux qui auront de l’encre sur les doigts, on leur coupera la main… Et les talibans sont crédibles quand ils disent cela compte tenu de ce qu’est leur bilan. Et malgré cela, des millions de gens se sont rendus aux urnes. Ils méritent qu’on les aide. Dans l’attente des résultats, la France appelle les candidats et leurs partisans à faire preuve d’un très grand sens des responsabilités".

Pourtant tout le monde savait déjà que les élections afghanes avaient été massivement truquées.

Depuis, la presse internationale a souligné l’ampleur des fraudes en faveur de Hamid Karzaï, actuel président afghan. Dans le New York Times du 8 septembre un des observateurs occidentaux affirmait que 15 % des bureaux de vote n’avaient jamais ouvert, transmettant pourtant des résultats favorables à Hamid Karzaï, et 800 bureaux, ouverts ceux-là, avaient été pris en main par des partisans de Hamid Karzaï qui ont bourré les urnes. Les observateurs de l'Union européenne viennent quant à eux d'annoncer qu'environ 1,5 million de votes (soit un quart des suffrages), glissés dans l'urne le 20 août lors de la présidentielle afghane, pourraient être frauduleux.

A la veille d'une semaine chargée en rencontres diplomatiques, le président américain, Barack Obama, a lui-même clairement évoqué des doutes sur la validité des élections afghanes, déclarant que la consultation "ne s'est pas déroulée aussi bien que je l'aurais espéré, et le déroulement du scrutin dans certaines régions du pays pose de graves questions... Des fraudes ont été signalées, cela ne fait pas de doute, et cela semble plutôt grave à première vue". De son côté, Dianne Feinstein, la Démocrate californienne qui préside la commission du renseignement du Sénat, déclarait : "Je ne crois pas que nous puissions construire un État démocratique en Afghanistan... Je crois que cela restera une entité tribale".

Mais si l’ampleur des fraudes soulève débat dans l’administration américaine, la France, elle, reste silencieuse. Le 7 septembre, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait : "Alors que les élections en cours devraient permettre de franchir une nouvelle étape dans l’histoire de l’Afghanistan, il est naturel de faire évoluer les modalités de la relation entre la communauté internationale et les prochaines autorités afghanes. Celles-ci devront assumer progressivement davantage de responsabilités dans la stabilisation et le développement du pays". Quelques jours plus tard, Paris confirmait la tenue d’une conférence internationale sur l’Afghanistan pour consolider les succès !

Succès ? Parmi les "succès", la poursuite des bavures. "L’OTAN admet que le raid dans la région de Kunduz a tué des civils" titre lemonde.fr le 8 septembre. Ce raid, ordonné par un officier allemand, a fait une centaine de morts, dont un nombre indéterminé de civils.

Les massacres répétés de populations civiles sous les bombardements de la coalition en Afghanistan réduisent pourtant à néant toutes les prétentions morales qui sont avancées pour justifier cette guerre. le droit international interdit aux armées de tirer sauvagement sur les bâtiments où s’entassent les civils et de bombarder sauvagement les villages, même lorsque des forces ennemies y sont présentes. Une armée en campagne qui prend le risque de tuer des dizaines de civils en écrasant des villages sous les bombes pour ne pas avoir à exposer la vie de ses soldats dans un affrontement rapproché avec les rebelles ne vaut pas mieux que ceux qu’elle prétend combattre.

Succès ? Tous les trois mois, les autorités canadiennes publient un tableau de bord sur leurs "progrès" militaires en Afghanistan, un document qui est infiniment plus honnête et plus détaillés que tout ce qui est publié par le Pentagone ou le ministère français de la Défense et qui prouve indéniablement que l'échec est patent ! Le dernier rapport montre ainsi que la province de Kandahar est de plus en plus en proie à la violence, moins stable et moins sûre, et que les attaques dans tout le pays sont plus fréquentes qu’à aucun autre moment depuis la chute du régime taliban en 2001. La fréquence des attentats au printemps a été "exceptionnellement élevée" par rapport à 2008. Le nombre d’attentats avec des mines artisanales a augmenté de 108%. Les Afghans estiment qu’ils sont moins satisfaits de l’enseignement et de la situation de l’emploi, principalement en raison de la sécurité qui est faible ou inexistante. Le Canada se concentre maintenant uniquement sur la sécurité de la ville de Kandahar, abandonnant toute tentative réelle de contrôle de la province.

L’armée canadienne quittera l’Afghanistan en 2011, mais jusqu’à présent, seules 5 des 50 écoles de son programme de construction ont été achevées, 28 autres étant seulement "en construction". Et sur les 364 écoles de la province de Kandahar, 180 ont été contraintes de fermer !

Concernant les progrès dans la "gouvernance démocratique" à Kandahar, le rapport canadien indique que la capacité du gouvernement afghan est "chroniquement déficiente et [qu’il est] miné par la corruption généralisée". Au sujet de la "réconciliation", on lit que le "début de la saison d’été des combats, et la focalisation des politiques et des militants sur les élections du mois d’août ont découragé les attentes d’initiatives dignes d’attention ... ". Même l’objectif basique de l’éradication de la poliomyélite, le projet d’assistance civile le plus important pour Ottawa en Afghanistan, a eu raison de l’International Development Agency canadienne. Et même cet aveu se dissimule derrières des mensonges véritablement dignes d’un Bush ou d'un Blair comme l’a révélé le Toronto Star en effectuant un travail sérieux de journalisme d’investigation. L’objectif d’ "éradiquer" la polio avec l’aide des fonds de l’ONU et de l’Organisation Mondiale de la Santé a ainsi été discrètement modifié pour devenir "la prévention de la transmission" de la polio. Et au lieu de mesurer le nombre d’enfants "immunisés" contre la polio, la cible a été modifiée pour se référer uniquement au nombre d’enfants "vaccinés" alors que les enfants doivent être vaccinés à plusieurs reprises avant qu’ils ne soient effectivement immunisés.

Succès ?  Ce n'est certainement pas l'avis de Zbigniew Brzezinski, éminent stratège géopoliticien, spécialiste incontesté des plans complexes de subversion et de maîtrise des zones géopolitiques et ancien conseiller de sécurité nationale de Jimmy Carter, à qui on prête une influence considérable sur l’actuel président des Etats-Unis et sur sa politique étrangère. Zbigniew Brzezinski vient en effet de déclarer, lors d’une intervention qu’il a faite à une conférence stratégique à Genève (organisée par l’International Institute for Strategic Studies de Londres), que les Etats-Unis et l'OTAN risquent, en Afghanistan, un échec équivalent à celui qu’a connu l’URSS en 1980-1988. Pour mémoire, Brzezinski sait de quoi il parle puisque c’est lui-même qui a été en grande partie responsable de l'échec soviétique en organisant, préventivement à l’intervention de l’URSS de décembre 1979, la constitution de la guérilla islamiste en Afghanistan. Et ce sont justement, d'après Brzezinski, les héritiers de cette guérilla islamiste qui affrontent aujourd’hui les Etats-Unis et l'OTAN et les confrontent à la possibilité d’un destin fatal.

Succès ? Rendant hommage aux deux soldats français tués en Afghanistan la semaine dernière, le président Nicolas Sarkozy a répété vendredi 11 septembre que la France y poursuivrait son "combat contre la barbarie", et "restera le temps nécessaire à l'avènement d'un Etat afghan souverain et librement choisi par les Afghans".

A quand un débat en France où une voix, qu'on cherche à faire taire, s'élève, seule, pour combattre la stratégie du pipeau du Président de la République. Dominique de Villepin martelait encore le 2 Septembre dernier : "La politique américaine en Afghanistan est dans l'impasse, et nous n'avons pas suffisamment joué notre rôle en renonçant à une révision stratégique profonde. J'avais insisté auprès de Jacques Chirac, avant la fin de sa présidence, pour que nous amorcions un désengagement de nos troupes, en particulier des Forces spéciales. Il faut d'urgence envoyer un signal fort: une stratégie de coopération économique et sociale ambitieuse sur le terrain, assortie d'un calendrier de retrait pour montrer que notre visée n'est pas militaire. Tirons les leçons de l'Histoire et refusons les oeillères idéologiques qui font le jeu des extrémistes".


Jean-Philippe Miginiac

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